Rugby : les commotions cérébrales, un risque et un mal à prendre au sérieux

A la veille de l'ouverture du Tournoi des six nations, franceinfo s'intéresse à un risque qui menace bon nombre de rugbymen : les effets des chocs à la tête et des commotions cérébrales. Les études sur leurs conséquences à long terme n'existent pas.

Selon le neurologue Jean-François Chermann, environ la moitié des rugbymen français de haut niveau ont subi au moins une commotion cérébrale (illustration). 
Selon le neurologue Jean-François Chermann, environ la moitié des rugbymen français de haut niveau ont subi au moins une commotion cérébrale (illustration).  (MAXPPP)

Le Tournoi des six nations va démarrer très fort samedi 4 février avec la rencontre Angleterre-France. C'est une confrontation souvent musclée et rugueuse. L'occasion pour franceinfo de se pencher sur les risques liés aux commotions cérébrales pour les joueurs de rugby.

Un rapport dans le rugby anglais relance le débat

Une étude divulguée par la chaîne sportive ESPN, a récemment démontré ce que l'on soupçonnait déjà : les commotions cérébrales sont la première cause de blessure chez les joueurs du championnat de rugby anglais. Les chocs très violents, les "KO" sont d'ailleurs en nette augmentation avec une hausse de 7% en un an.

En France, le constat est identique : les rugbymen sont en première ligne et le plus inquiétant, c'est la répétition des chocs au cerveau tout au long de la carrière d'un joueur. Ils engendrent des risques de trouble de la mémoire, de maux de tête et de fatigue. Jean-François Chermann, neurologue, tient une comptabilité issue de son expérience auprès de joueurs blessés.

Entre 45% et 50% des rugbymen professionnels ont déjà fait au moins une commotion. Environ 30% en ont fait plus de deux.Jean-François Chermann, neurologue à franceinfo

A titre de comparaison, le médecin estime que dans le judo et le football, 30% des sportifs de haut niveau ont fait une commotion, avec une récidive plus faible que dans le rugby. 

Les effets : mal de tête, sensibilité au bruit

L'un des exemples les plus connus concerne le rugbyman Jamie Cudmore. Le solide 2e ligne d'Oyonnax a évolué pendant onze ans à Clermont en Top 14, le championnat de France de l'élite. Le joueur a vécu une décennie à plaquer et à prendre des coups, jusqu'à une demi-finale de Coupe d'Europe en avril 2015. Malgré un choc à la tête, le Canadien est retourné sur le terrain. Soutenu par sa femme, il a ensuite créé une fondation pour sensibiliser le monde du rugby aux effets des chocs. Le joueur explique qu'il avait "mal à la tête" et qu'il est devenu "très sensible à la musique, au bruit et à la lumière". Les cris des enfants lui devenaient aussi "insupportables".

Il ne semblait pas à Jamie Cudmore que "la santé était la première chose dans la tête des docteurs". "La priorité c'était plutôt de savoir s'ils pouvaient remettre le joueur en jeu pour gagner le match", déclare-t-il.

Une préoccupation en trompe-l’œil

Il y a trois ans, un protocole de détection des commotions a été mis en place en France. Mais c'est une amélioration en trompe-l’œil, selon le professeur Jean-François Chermann. Le médecin estime que "les joueurs sont mieux protégés parce que les commotions sont mieux identifiées". Mais il ajoute que, dans certains cas, on les laisse rejouer "le jour-même". "On leur fait croire qu'on a un protocole validé par des spécialistes avec des données scientifiques établies, ce qui n'est pas le cas." 

Aucune étude n'existe sur le long terme pour répondre aux interrogations sur la santé des joueurs à 50 ou 60 ans ? Aujourd'hui, personne ne le sait.

Rugby : les commotions cérébrales, un mal à prendre au sérieux - un reportage de Jérôme Val
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