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"On n’est pas programmés pour jouer le maintien" : Thomas Lombard confie sa vision et ses projets pour le Stade Français avant la rencontre face à Toulouse

Le Stade Français, bon dernier de Top 14, reçoit dimanche Toulouse, champion de France en titre, 4e au classement et invaincu depuis fin octobre. Mais le nouveau directeur général du club parisien est confiant pour l'avenir et dévoile à franceinfo ses projets pour la saison prochaine. 

Article rédigé par
Fanny Lechevestrier - franceinfo
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 10 min.
Thomas Lombard, ci-contre au Stade de France, le 18 mars 2017. (GABRIEL BOUYS / AFP)

Le Stade Français reçoit le Stade Toulousain, dimanche 5 janvier à 21h au stade Jean-Bouin, à l’occasion de la 13e journée du Top 14. Une rencontre a priori  déséquilibrée entre le dernier du classement et le champion de France de rugby en titre. Mais c’est aussi un match qui sent bon le passé, le fameux Clasico du rugby français, et qui tombe à pic pour Paris qui veut renouer avec son passé.

Thomas Lombard, ancien joueur du club, nouveau directeur général, a accordé un long entretien à franceinfo, quelques heures avant la rencontre. Cette importance du passé, la lutte pour le maintien, le départ de Jules Plisson mais aussi l’avenir avec un nouvel entraîneur la saison prochaine, il n’a éludé aucun sujet.

franceinfo : On voit désormais à Jean-Bouin, et c’est nouveau, des photos des anciens joueurs du club, des maillots des différentes époques. Pourquoi cette volonté d’afficher l'histoire du Stade Français ?

Thomas Lombard : Je ne conçois pas la construction et la projection vers l’avenir sans tenir compte du passé. Alors, cela ne doit pas être une prison mais un socle qui amène la fierté, l’inspiration, la cohésion et la possibilité de se rassembler. Pour construire une famille, il faut se voir. C’est 130 ans d’histoire le Stade Français, donc on serait bien bête de ne pas s’appuyer dessus ! 

Des anciens ont répondu présents puisque vous avez eu cette semaine la visite d’Ignacio Corleto, ancien joueur de l’équipe d’Argentine et du Stade Français de 2002 à 2009.

Évidemment que les anciens répondent présents. Ils sont même touchés, alors que cela ne devrait pas être le cas. On n’aurait jamais dû leur fermer les portes ou en tout cas ne pas leur ouvrir comme ils le méritent. Ce sont eux qui ont fait l’histoire ! "Nani", Ignacio Corleto, est venu parler aux joueurs dans le vestiaire cette semaine. Déjà pour qu’ils le connaissent car le lien avec l’histoire est aujourd’hui moins prégnant qu’il y a encore quelques années.

La jeune génération de joueurs a aujourd’hui à portée de mains toute une somme d’informations avec les smartphones, alors que nous, à notre époque, pour connaître l’histoire, il fallait qu’on lise des bouquins, qu'on regarde des cassettes. Aujourd’hui, ils ont un accès plus instantané à la culture, à l’histoire, mais ce n’est pas pour autant qu’ils vont la chercher. C’est donc à nous de leur apporter, à nous de répéter ce genre de rencontre pour qu’ils s’en imprègnent.

Ce trait d’union entre le passé et le futur, c’est aussi celui symbolisé par le duo d’entraîneurs Laurent Sempéré-Julien Arias ?

Absolument. Il y avait une vraie rupture, une fracture entre l’ancien staff d’Heyneke Meyer et les joueurs. L’idée, c’était donc de pouvoir mettre un pansement sur une jambe de bois, de recréer du lien. Et le meilleur moyen de le faire était d’utiliser des personnes qui avaient l’écoute du vestiaire. Ils avaient un rapport privilégié avec les joueurs et c’était intéressant de pouvoir reconnecter tout le monde autour d’eux. Pour être très clair, il y a eu beaucoup de candidatures mais pour moi, il n’y avait aucune évidence. Et finalement, le fait que Julien et Laurent soient peu expérimentés s’est avéré un facteur positif, cela a impliqué les joueurs.

On a des joueurs qui ont un vécu international comme Nicolas Sanchez, Yoann Maestri, Gael Fickou… Ils ont besoin d’un plan de jeu, c’est vrai, mais surtout d’un plan de jeu auquel ils adhèrent ! Et le meilleur moyen d’obtenir l’adhésion est d’impliquer les personnes dans la réflexion. Évidemment il y a des limites, ils ne décident pas de tout. Pour cela j’ai deux coaches avec de la personnalité, mais mon idée était vraiment d’impliquer les joueurs. C’est très collaboratif, les joueurs viennent proposer des idées, discutent, échangent avec leurs entraîneurs.

Et cela paye selon vous ?

Je suis au cœur du réacteur donc on est moins objectif mais j’ai quand même l’impression que l’on montre un nouveau visage. Bien sûr ce n’est pas satisfaisant car on perd à Brive, on gagne contre Pau mais on se fait peur, et à Montpellier on prend les deux points du match nul mais il y avait sans doute encore mieux à aller chercher.

Néanmoins, je pense que par rapport à ce qu’on montrait il y a encore un mois et demi, il y a une belle transformation qui s’opère. Je pense qu’on est sur la bonne voie. Maintenant, les défaites encourageantes c’est quelque chose que l’on doit détester ! Je préfère qu’on gagne 6 à 3, surtout aujourd’hui dans notre position, mais qu’on gagne et qu’on sorte vite de là car on n’est pas programmé pour jouer le maintien.

Vous ne craignez pas que l’on parle encore du Stade Français comme d'un club qui plébiscite "la république des joueurs" ?

A l’extérieur, vous savez, il y a toujours des personnes qui sont bien placées pour faire des commentaires et critiquer, mais souvent ces personnes sont les premières à me téléphoner pour me demander de venir entraîner, donc je les laisse parler.

Nous, on a une mission, on est là pour sortir ce club de la 14e place et aller sur un projet plus important qui nous mènera jusqu’en 2023 à quelque chose peut-être de plus intéressant. Je rappelle ce que disait Max Guazzini : le destin d’un joueur qui vient au Stade Français, c’est d’être champion. Donc on garde cela dans un coin de la tête.

La figure de Max Guazzini demeure toujours au Stade Français ?

Il a été mon président pendant huit ans, il a été quelqu’un de très marquant pour le rugby français, c’est quelqu’un dont je suis proche aujourd’hui, on échange beaucoup. Le Stade Français, c’est Max Guazzini ou Max Guazzini, c’est le Stade Français, qu’on apprécie le personnage ou pas. Donc là encore, on serait bien bête de ne pas le considérer, de ne pas l’écouter aussi car il a encore pas mal d’idées.

Et c’est aussi la volonté de Hans Peter Wild de rassembler, sauf qu’on ne lui a pas expliqué les choses comme cela au départ. Lui, ce qu’il voulait c’était réussir. Donc on lui a expliqué qu’on allait y arriver comme cela. Et j’ai la faiblesse de penser qu’il prend un peu plus de plaisir ainsi parce qu’il comprend mieux comment cela fonctionne. Les moments qu’il passe à Paris maintenant, il est au club, il va dans le vestiaire, il parle aux joueurs, il est allé voir un match des Espoirs, des choses qu’il n’avait pas forcément connues avant.

Quand vous voyez les performances en ce moment de Sergio Parisse, parti à Toulon, et de Jules Plisson à L Rochelle, vous ne regrettez pas de ne pas être arrivé plus tôt pour les retenir ?

Pour Sergio, il aurait vraiment fallu que j’arrive beaucoup plus tôt. Je l’ai déjà dit à moitié et je le répète aujourd’hui, je n’aurais pas fait les choses comme cela. Pour Jules, c’est un peu différent, j’étais déjà là quand il est parti. Mais je pense que Jules avait besoin d’aller chercher un autre environnement. J’avais connu un peu la même chose quand je jouais et que j’ai quitté le Stade Français pour partir en Angleterre.

Jules avait besoin de redevenir un joueur de rugby dans un environnement qui lui permette de ne penser qu’au rugby et c’est ce qui se passe car le talent, il l’a, l’intelligence, il l’a. Et finalement, je suis content pour lui, c’est un gamin du Stade Français, c’est un des derniers joueurs qui incarnait réellement ce club - cela va être un nouveau travail pour nous - mais moi, ce que je veux, c’est qu’il s’éclate sur le terrain et c’est le cas. Alors, on aurait préféré que ce soit à Paris mais je ne suis pas sûr que cela aurait été possible avec tout ce qu’il y avait derrière. Peut-être qu’un jour, il pourra revenir…

Le Stade Français peut-il survivre à une descente en Pro D2 ?

C’est une bonne question mais c’est un scénario sur lequel pour le moment nous n’avons pas travaillé. Il reste 70 points sur la table, 14 journées, et on est à un point derrière Agen. Ce n’est pas le temps de sortir les mouchoirs et de se dire qu’on est condamné, surtout par rapport à ce que montre l’équipe. Non, ce n’est pas trop le genre de la maison d’anticiper ce genre de scénario.

Les joueurs ne viennent pas vous voir pour parler de leur clause de libération en cas de descente ?

Il faudrait leur demander mais je pense vraiment que les joueurs, aujourd’hui, ils s’éclatent, par rapport à ce qu’ils ont traversé. Il suffit d’aller voir un entraînement, puisque maintenant les entraînements sont ouverts au public. Il y a une énergie qui ressort, ça rigole, ils s’amusent, ils courent. Rien d’extraordinaire bien sûr mais qui tranche quand même avec ce qu’on voyait auparavant.

Si on ne pense pas à la Pro D2, il faut donc préparer la saison prochaine en Top 14. Est-ce que le Stade Français, dernier du championnat, attire encore aujourd’hui ?

Oui. Enfin surtout les agents ! Maintenant ce ne sont plus les joueurs qui appellent directement. Mais oui, ils sont toujours attirés. Et puis, ils ont bien vécu aussi durant les deux dernières années ! Donc le portable sonne.

Mais les conditions ont un peu changé et il va falloir qu’ils le comprennent : on ne viendra plus au Stade Français pour chercher un contrat, on viendra au club pour chercher un projet et derrière le projet, il y aura un contrat. Il faut mettre les choses dans le bon ordre. Voilà, il y a des choses qui ont été faites et qui n’ont pas été raisonnables donc on va corriger tout cela.

Faut-il s’attendre à de nombreux changements la saison prochaine ?

Non. Parce que je pense que ce que ce groupe de joueurs va accomplir, va sceller quelque chose de très fort entre eux. On a connu cela, nous, un peu par le passé. Ce qui est en train de se passer aussi autour d’eux, le resserrement de l’administratif, des supporters, des anciens, va aussi les conforter.

L’autre raison, c’est qu'on a un très bon centre de formation - qui n’est pas encore structurellement compétitif avec celui du Racing 92 mais on y travaille - et on a des bons joueurs qui sont en train d’arriver, certains qu’on a pu voir et que l’on va découvrir sur le Challenge européen, et on veut aller chercher dans ce vivier, perfuser le groupe pro avec ces joueurs-là.

Après bientôt trois mois d’exercice, quel genre de directeur général êtes-vous ?

Je suis un directeur général qui est très aspiré en ce moment par le sportif, ce qui est passionnant pour moi. Je suis au contact de l’équipe mais je ne suis pas non plus par-dessus les entraîneurs. Ils ont une fonction, je suis là pour les soutenir. S’il faut repréciser certaines choses, je peux le faire mais je le fais le moins possible. La dernière fois c’était après la défaite en Challenge européen face à Brive. Après, je vais au vestiaire.

J’ai passé dix ans à regarder les matchs donc de temps en temps j’ai un truc qui ne doit pas être trop con à leur dire (rires) mais voilà, je crois qu’il faut rester à sa place. Julien Arias et Laurent Sempéré font un travail sensationnel, ils sont irréprochables dans leur implication, leur attitude, ils sont là le matin à 6h30, ils bossent comme des dingues. Moi je les vois progresser et les joueurs me le disent aussi, le contenu des entraînements s’améliore de jour en jour.

S’il y aura peu de changements côté joueurs, y en aura-t-il dans le staff la saison prochaine ?

Il y aura un entraîneur qui viendra au-dessus. Tout simplement parce qu’on a besoin d’avoir un staff plus étoffé, plus expérimenté, un entraîneur qui vienne fixer les choses en terme de projet. Et je pense, même si Laurent et Julien apprennent très vite, qu'ils vont à un moment avoir besoin de se nourrir ailleurs. Et avoir quelqu’un avec lequel il y aura évidemment une forte connexion et qui soit là au quotidien avec eux sera très bénéfique. Ils le savent, ils ne savent juste pas encore qui ce sera.

On a des idées bien sûr (sourire), on discute. Il y a eu une short-list mais vous savez, c’est un milieu qui bouge très vite le monde des entraîneurs. Il y en a qui sont nommés à droite, à gauche, il y en a qui veulent partir et après ne plus partir, c’est particulier. Donc tant que rien n’est signé, cela ne sert à rien d’avancer un nom. On ne va pas se précipiter pour l’annoncer, ce sera à la fin de la saison. Après, je sais bien que quand deux personnes sont au courant de quelque chose, il y en a déjà une de trop… Donc on verra. Il y a tellement de choses qui ont été dites sur le sujet et qui étaient fausses. Il faut raison gardée car finalement cela vient déstabiliser tout le monde.

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