Le rugby a oublié "l'intelligence du jeu" : le syndicat des joueurs de rugby s'alarme après l'accident de Samuel Ezeala

Robins Tchale-Watchou, président du syndicat national des joueurs de rugby Provale, a regretté, lundi sur franceinfo, que le rugby soit "devenu un sport de combat" alors que le joueur de Clermont Samuel Ezeala a perdu connaissance après un violent choc.

Le joueur de Clermont Samuel Ezeala est au sol après avoir perdu connaissance à la suite d\'un violent choc, le 7 janvier 2018.
Le joueur de Clermont Samuel Ezeala est au sol après avoir perdu connaissance à la suite d'un violent choc, le 7 janvier 2018. (CHRISTOPHE SIMON / AFP)
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Le rugby est devenu plutôt un sport "des gladiateurs des temps modernes", a réagi Robins Tchale-Watchou, lundi 8 janvier sur franceinfo. Le président de Provale, syndicat national des joueurs de rugby, est intervenu après la grave blessure du jeune ailier de Clermont-Ferrand Samuel Ezeala dimanche. Le joueur, qui vient de fêter ses 18 ans, a été évacué sur une civière après un choc violent lors du match face au Racing 92. Son état de santé reste encore préoccupant.

franceinfo : Etes-vous inquiet par l'évolution de ce sport ?

Robins Tchale-Watchou : Notre discipline a évolué, malheureusement, l’intelligence du jeu et des acteurs a beaucoup régressé. Cela déchire et tarit l’image de notre sport. Aujourd'hui, c'est plutôt des gladiateurs des temps modernes. Avant c'était un sport d'évitement et c'est devenu un sport de combat. Les nouvelles technologies sont entrées de plein fouet dans notre sport, on prépare donc les rencontres différemment. On sait quasiment ce que va faire l’adversaire. Le génie n’existe quasiment plus. Et il est normal qu’au bout d’un moment le corps humain cède parce qu’il n’est pas fait pour recevoir autant de chocs avec une telle fréquence.

Est-ce un motif d’inquiétudes pour les joueurs ?

L’augmentation des accidents et la hausse de la traumatologie inquiètent les acteurs parce qu’on se fait mal, plus qu’avant. Il y a les blessures bégnines comme les déchirures et les entorses, mais la pratique fait qu’aujourd’hui les lésions sont beaucoup plus graves. Il n’y a pas que les commotions. Il y a aussi beaucoup de lésions notamment articulaires qui commencent très tôt. Des joueurs qui ont 14-15 ans sont déjà opérés de l’épaule, du genou ou de la hanche. Il faut donc avoir un discours mesuré. Si on ne savait pas pourquoi on avait une telle augmentation des blessures, on serait inquiet, mais on a voulu s’orienter vers une pratique qui correspondait à l'hémisphère sud. On s’est tourné complètement vers le physique. On joue beaucoup plus qu’avant, mais sans l'intelligence du jeu. De l'autre côté de l'hémisphère, ils ont su garder l’intelligence du jeu. Ils peuvent encore jouer avec un certain flair.

Faut-il faire évoluer les règles de ce sport ?

Je ne pense pas que ce soit l’unique solution. Il faut aussi évoluer dans notre pratique du jeu. Il faut trouver un équilibre. Même si on modifie les règles, nous allons y aller avec les mêmes habitudes, avec la même envie d’aller dans l’affrontement. Il faut qu’on apprenne à jouer intelligemment avec sa tête et son corps. On ne peut pas demander aux joueurs de jouer avec autant d’intensité, aussi fréquemment, avec cette approche qu’on a aujourd’hui, sans qu’il n’y ait de conséquences physiques. Notre pays a la réputation d’avoir une certaine inertie quand on fait des constats. On se rend compte que l’ensemble des décisions vont avoir des incidences soit sur les enjeux sportifs, soit sur l’économie sportive. Les différents responsables y vont à reculons, même s’ils sont conscients qu’il faut faire quelque chose.