Guide pour briller en société lors du Tournoi des six nations

Vous n'y connaissiez rien au rugby ? Vous n'avez pas suivi les 118 premières éditions du Tournoi ? On vous fait un résumé implacable, en 4 minutes 32 secondes et 12 centièmes. 

Le Français Vincent Clerc après son essai contre l\'Angleterre, en quarts de finale de la Coupe du monde, le 8 octobre 2011 à Auckland (Nouvelle Zélande). 
Le Français Vincent Clerc après son essai contre l'Angleterre, en quarts de finale de la Coupe du monde, le 8 octobre 2011 à Auckland (Nouvelle Zélande).  (STEFAN WERMUTH / REUTERS)

Le Tournoi des six nations, tel qu'il se pratique en 2012, est une compétition qui regroupe deux types d'équipes : celles qui peuvent gagner (France, Angleterre, Galles, Irlande) et celles qui vont se battre pour ne pas finir en dernière position (Italie, Ecosse). Ça commence en février, ça se termine en mars, et pendant ce temps, le championnat de France continue. Ce n'est pas logique, mais c'est comme ça. 

• Ce qu'il faut retenir des équipes en lice

L'Angleterre a licencié, après le Mondial de l'automne dernier, son sélectionneur ainsi que ses joueurs cadres, pour des affaires d'alcool, de lancers de nains ou d'âge avancé. Sans parler de la retraite internationale de l'icône Jonny Wilkinson. Bref, l'équipe sera plus jeune, plus inexpérimentée, mais peut-être plus folle aussi. Sur les quatre dernières années, le XV de la Rose a à peine gagné plus de la moitié de ses matchs du Tournoi, les petits jeunes ne pourront pas faire pire. 

Les rugbymen anglais à l\'entraînement, le 2 février 2012 à Guildford (Angleterre).
Les rugbymen anglais à l'entraînement, le 2 février 2012 à Guildford (Angleterre). (COWIE ANDREW / SIPA)

Le Pays de Galles a, sur le papier, l'une des deux meilleures équipes, avec la France. Mais contrairement à la France, son équipe est très jeune et son sélectionneur n'a pas changé. De quoi en faire LE favori logique du Tournoi ? Non, car il leur manque un buteur digne de ce nom. Pendant la Coupe du monde, les Gallois ont gâché en moyenne 11 points à chaque match sur des pénalités. 11 points, c'est énorme. 

L'Irlande a réussi un Mondial en demi-teinte. Certes, ses joueurs ont battu l'Australie, mais ont par ailleurs plutôt déçu. Le XV du Trèfle aborde ce Tournoi sans son joueur mythique, Brian O'Driscoll, blessé. L'équipe est vieillissante, l'autre mot pour dire expérimentée.

L'Ecosse a remporté le Tournoi pour la dernière fois... en 1999. Sur les trois dernières années, elle n'a gagné que deux matchs dans cette compétition. Même si on a vu du mieux dans le jeu à la Coupe du monde, même si certains joueurs écossais sont de futurs grands, même si ses clubs ont fait bonne figure en Coupe d'Europe, on ne la voit pas faire de miracles. 

L'Italie a un entraîneur français à moustache, mais c'est un peu tout ce qu'elle a de commun avec les Bleus. Concassage en vue au Stade de France, samedi 4 février à 15 h 30. Dans L'Equipe, Jacques Brunel, le sélectionneur, veut voir le verre à moitié plein plutôt que l'accumulation de défaites : "Depuis douze ans que l'Italie joue le Tournoi, elle ne gagne pas assez de matchs. Mais aujourd'hui, elle parvient à contester presque chaque rencontre, quel que soit l'adversaire." On se souvient notamment de la cuisante défaite française à Rome, en mars 2011.   

La France est favorite sur le papier. Elle a l'un des meilleurs packs, une défense de fer, et des individualités capables de coups de génie à l'arrière, à défaut d'avoir une attaque de feu. Contrairement à Marc Lièvremont, Philippe Saint-André ne veut pas expérimenter pour cette première année. Lui veut gagner le Tournoi d'entrée. 

• Les anecdotes à glisser en société 

Ne jamais sous-estimer l'importance du calendrier. Année paire, Grand Chelem possible pour la France ; année impaire, c'est beaucoup plus compliqué. Les années paires, la France reçoit l'Angleterre et dispute trois matchs sur cinq à domicile. Pourquoi croyez-vous que les Bleus ont réussi le carton plein en 1998, 2002, 2004, 2010 ? Nous sommes en 2012, donc tout est possible pour les Français.

Si le débat s'oriente vers l'utilité de l'équipe d'Italie dans le Tournoi, un débat qui revient régulièrement, dites que dans les années 1980, il a très sérieusement été question d'incorporer la Roumanie. Du temps de Ceaucescu, elle avait une équipe de niveau plus que respectable. La chute du Mur a interrompu ce dessein et a détruit l'équipe roumaine pour dix ans. 

Si le débat s'oriente vers la fin du "french flair" et du côté efficace-mais-chiant de l'équipe de France, dites que l'expression a été trouvée par un journaliste anglais qui se morfondait à regarder son équipe nationale, dans les années 1960. L'essai qui incarne le mieux le "french flair" a été inscrit en 1991 par Philippe Saint-André (tiens, tiens) contre les Anglais. Savourez : 

Depuis dix ans, l'équipe de France est devenue une redoutable machine à gagner, un peu en mode Robocop du rugby, qui n'a que trop rarement joué un rugby champagne. Le prix à payer pour exister au plus haut niveau. 

Si le débat s'oriente vers les clichés en vigueur dans cette compétition depuis un siècle, sachez que l'Irlandais a du fighting spirit, le Gallois du panache, l'Anglais commet des agressions dans le dos de l'arbitre, quand le Français est un agneau... Comme tous les clichés ressassés mille fois, moins on les utilise, mieux c'est.

Le trophée du Tournoi des six nations a été pensé pour contenir cinq bouteilles de champagne, car conçu à l'époque où l'Italie ne prenait pas part au Tournoi. Au départ, l'intérieur du trophée était en argent, mais comme ce métal se détériore au contact du champagne, on a rajouté une couche d'or. 

Les rugbymen français Marc Andreu et Alexis Palisson avec le trophée du Tournoi des six nations, le 20 mars 2010 à Saint-Denis. 
Les rugbymen français Marc Andreu et Alexis Palisson avec le trophée du Tournoi des six nations, le 20 mars 2010 à Saint-Denis.  (ALEXIS REAU / SIPA)

• Comment nos voisins envisagent le tournoi : 
Le Guardian (Angleterre) : "Qui sait ce que l'Angleterre peut faire dans ce Tournoi ? Tout ce que nous voulons, c'est que les joueurs fassent preuve d'amour-propre."

Walesonline (Galles) : "Cette équipe galloise de jeunes talents se dirige vers un futur radieux si Warrent Gatland [le sélectionneur] parvient à capitaliser sur sa bonne Coupe du monde."

Irish Independent (Irlande) : "L'Irlande doit être sans pitié, comme ses clubs en Coupe d'Europe."

Herald Scotland (Ecosse) : "Remporter le premier match contre l'Angleterre est crucial. Si l'Ecosse perd, il n'est pas impossible qu'elle joue la dernière place contre l'Italie, lors du dernier match du Tournoi. C'est une question de montée en puissance, de confiance."

Il Corriere della Sera (Italie) : "Le classement sur le papier n'est pas toujours celui sur le terrain."

Rendez-vous samedi 4 février à 15h30 pour avoir une meilleure idée des forces en présence.