Fronde des joueurs au Racing Métro : comment sortir de la mêlée ?

Le club de rugby francilien est secoué par la motion de défiance de l'équipe contre l'entraîneur, Pierre Berbizier. FTVi imagine quatre scénarios de sortie de crise.

L\'entraîneur Pierre Berbizier après la défaite du Racing Métro 48-47 face à Edimbourg, en Coupe d\'Europe, le 18 novembre 2011. 
L'entraîneur Pierre Berbizier après la défaite du Racing Métro 48-47 face à Edimbourg, en Coupe d'Europe, le 18 novembre 2011.  (GRAHAM STUART / AFP)

Le jeudi 9 février était, en théorie, une journée de repos pour les joueurs du Racing Métro. En théorie seulement, car la trentaine de professionnels qui évoluent sous les couleurs du club francilien se sont réunis pour voter une motion de défiance envers Pierre Berbizier, leur entraîneur. Un anti-plébiscite, par 32 voix sur 33. 

Qu'est-ce qui pousse des joueurs professionnels, des "salariés du club" comme plaît à le rappeler le président du Racing, Jacky Lorenzetti, à rejeter leur hiérarchie ? Julien Schramm, ancien joueur, qui blogue sur Nice Rugby, a vécu une situation similaire au club de Nice : "Nous pensions pouvoir régler nos problèmes et nos manques de résultats en accablant le seul entraîneur avec lequel la plupart d’entre nous étions en conflit. La suite ne nous a pas donné raison. La saison fut pénible de bout en bout."

Que peut-il se passer au Racing Métro maintenant ? Voici les différentes options :

1/ Berbizier est remplacé

Ce serait un désaveu pour le président Lorenzetti, qui a licencié sa tête de pont Sébastien Chabal pour défendre son entraîneur. Le successeur de Berbizier hériterait, en plus, d'un groupe difficilement gérable. Et l'investissement de Lorenzetti dans le club serait probablement remis en question. Au niveau comptable, il faudrait une fin de saison en boulet de canon pour que le club se qualifie pour les phases finales du Top 14. Bref, une option hasardeux, qui permettrait surtout de grossir la liste record des entraîneurs remerciés depuis le début de la saison dans le championnat de France de rugby (déjà quatre cette saison). 

2/ Berbizier est remplacé et les clés du camion sont confiés aux joueurs

L'Equipe affirme que Sébastien Chabal, viré du club pour incompatibilité d'humeur avec Pierre Berbizier (et pour forme déclinante, de façon moins officielle), a réuni plusieurs de ses coéquipiers pour son pot de départ chez lui, mercredi 8 février, veille du putsch. "C'est son éviction qui a déclenché l'incendie", accuse Eric Blanc, ancien joueur et directeur du Racing à L'Equipe. Ça ne vous rappelle pas l'éviction d'Anelka de l'équipe de France de football, qui a entraîné la grève du bus de Knysna, en 2010 ?

Ces prises de pouvoir des joueurs fonctionnent sur de très courtes durées, quelques semaines le temps de finir une compétition. Ce qu'on appelle la "République des joueurs" n'a marché sur la durée qu'au Brésil, dans le club de foot des Corinthians, sous l'égide d'un joueur de foot chevelu et échevelé, Socrates (voir l'article des Cahiers du Football sur le sujet). Problème : le Racing a encore huit journées de championnat avant d'éventuels playoffs. C'est beaucoup...

3/ Lorenzetti et Berbizier font front

Une phrase de Pierre Berbizier résume tout : "la confiance se construit petit à petit et se détruit d'un seul coup". Depuis jeudi, on se demande quelle confiance peut subsister entre l'entraîneur et ses joueurs. Cela dit, le ténébreux entraîneur bénéficie toujours du soutien de son président, et c'est surtout ça qui compte. Les clubs références du rugby français, Toulouse ou Clermont, fonctionnent grâce à des tandems entraîneur-président qui durent, comme Guy Novès et René Bouscatel à Toulouse, Vern Cotter et Jean-Marc Lhermet à Clermont. C'est ce modèle qu'essaie de reproduire le Racing.

S'ensuivra une reconstruction de l'effectif à la fin de la saison, sans doute avec des jeunes pousses promues dans l'équipe, plus que par des recrutements de stars. Il est de notoriété publique que l'effectif du Racing Metro est divisé en deux parties : ceux qui sont en fin de contrat en juin et qui cherchent un club, et ceux qui ne le sont pas, mais qui cherchent un club quand même. 

4/ Le président remet en question son modèle "entrepreneurial"

Jacky Lorenzetti, le président du Racing, a pris de plein fouet la crise que traverse son club. Une crise de croissance, mais pas seulement. Il a lâché un lapsus révélateur, jeudi au Parisien : "Les joueurs ont envie d'entendre un autre discours, ce n'est pas un drame, ça fait partie de la vie de l'entreprise." Tout est dans le mot "entreprise", là où n'importe qui d'autre aurait utilisé "club" ou "équipe". C'est peut-être ce rapport hiérarchique froid, sans pédagogie et trop directif entre le staff et les joueurs qui est à l'origine de la crise. Le rugby s'est certes professionnalisé, mais sans que les valeurs de l'entreprise se soient substituées à celles du rugby. Un modèle plus familial serait peut-être plus efficace pour un club qui a connu une progression fulgurante ces dernières années. 

Quoi qu'il arrive, Pierre Berbizier sera sur le banc du Racing à Clermont, samedi à 14 h 30. A moins que le froid n'entraîne l'annulation de la rencontre...