Rugby : cinq questions sur le projet de vente controversé d'une partie de la "marque" All Blacks à un fonds d'investissement américain

Un accord inédit a été conclu fin avril entre la fédération néo-zélandaise, à court d'argent, et la société californienne Silver Lake. Mais les joueurs s'y opposent fermement et ont proposé vendredi une autre alternative. 

Article rédigé par
Shéhérazade Ben Essaid - franceinfo: sport avec AFP
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Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Les All Blacks lors de la finale de la Coupe du monde de rugby 2019 à Tokyo (MASAHIRO SUGIMOTO / YOMIURI)

Les All Blacks vont-ils "vendre leur âme" ? Pour sortir d'une crise financière sans précédent, la fédération néo-zélandaise de rugby (NZR) a donné fin avril son accord pour vendre – contre un chèque de 230 millions d'euros – une partie des droits commerciaux de la sélection triple championne du monde au fonds d'investissement américain Silver Lake. Un projet qui fait grincer des dents, à commencer par celles des joueurs eux-mêmes, qui ont proposé une alternative à cette vente, vendredi 14 mai. Franceinfo: sport vous résume ce qu'il faut savoir sur ce projet controversé.

Quel est ce projet ?

Fin avril, lors de l'assemblée générale annuelle de la fédération, à Wellington, la NZR a donné son feu vert pour la vente d'une partie des droits de la "marque" All Blacks au fonds d'investissement Silver Lake Partners. La firme californienne possède déjà des parts dans des équipes sportives comme Manchester City. 

Cette vente ne se fait pas à n'importe quel prix, puisque la société américaine, qui gère un portefeuille d'actifs de 79 milliards de dollars (65 milliards d'euros), a proposé 280 millions de dollars (230 millions d'euros) pour acquérir ces droits. Cet investissement permettrait à Silver Lake d'être propriétaires de 12,5% des droits commerciaux et de pouvoir négocier des accords dans le monde entier pour vendre des contrats de merchandising et de diffusion.

Pourquoi la Fédération veut-elle vendre une partie des droits commerciaux ?

Si la NZR a négocié cet accord avec la société américaine, c'est pour répondre à des problèmes structurels de trésorerie, aggravés par la crise sanitaire liée à la pandémie de Covid-19. En 2020, la fédération néo-zélandaise de rugby a annoncé une perte de 28 millions d'euros. 

Ce rachat par le fonds américain permettrait à la fédération néo-zélandaise de renflouer les caisses et voir sa valeur commerciale globale bondir pour atteindre près de 2 milliards d'euros.

Comment ce projet est-il accueilli ?

Alors que le patron exécutif de la NZR, Mark Robinson, a qualifié cette vente d'"opportunité passionnante et véritablement transformatrice" pour le rugby, plusieurs personnalités du ballon ovale s'y opposent fermement. À commencer par son prédécesseur, David Moffett. Il estime que "les provinces ont vendu leur âme" sur Radio NZ. Selon lui, un tel rachat va mener à des "matches sans intérêt", organisés à la demande de Silver Lake, et va "dévaluer la plus belle marque du rugby mondial"

La légende Richie McCaw, ancien joueur des All Blacks de 2001 à 2015, s'est aussi mêlé à la partie en s'exprimant samedi sur la radio néo-zélandaise NZME. Le double champion du monde et ancien capitaine de la Nouvelle-Zélande s'est dit perplexe face à l'approche "à prendre ou à laisser" de la NZR et reste très prudent sur le profil de Silver Lake, qui lui fait "peur". "Les joueurs ne sont pas motivés par l'argent qui leur reviendra, mais par ce qu'il y a de mieux pour le rugby néo-zélandais", a-t-il expliqué sur NZME.

Du côté des joueurs justement, le capitaine Sam Cane a rédigé une lettre de huit pages adressée à la NZR pour manifester son désaccord avec le projet, selon le New Zealand Herald. Il n'est pas le seul membre de l'équipe à s'y opposer puisque la lettre a également été signée par plusieurs de ses coéquipiers, dont le demi de mêlée Aaron Smith, le deuxième ligne Sam Whitelock et le talonneur Dane Coles. Pour le capitaine, il existe d'autres solutions pour collecter des fonds. 

Quelle est l'alternative proposée par les joueurs ?

Pour plaquer cette vente, l'association des joueurs de rugby de Nouvelle-Zélande (NZRPA) a proposé vendredi une proposition de financement visant à garder les All Blacks entre les mains d'investisseurs nationaux. Le plan présenté par les joueurs, et publié par l'AFP, consiste à vendre 5% des droits des All Blacks dans le cadre d'une augmentation de capital qui attirerait à la fois les institutions financières néo-zélandaises et des investisseurs "amis".

"La NZR conservera un contrôle bien plus important sur son avenir, une plus grande flexibilité et plus d'options, et partagera ses résultats futurs avec les Néo-Zélandais qui souhaitent investir dans l'entreprise", a déclaré la NZRPA dans une lettre adressée à la fédération.

Et maintenant ?

Même si le projet de vente a été voté à l'unanimité par les ligues provinciales, la date officielle de son aboutissement n'a pas encore été donnée. Et pour cause : l'association des joueurs, opposée à la proposition de Silver Lake, possède un droit de veto et menace de l'utiliser. Un médiateur a été sollicité pour entamer des discussions entre les deux parties. 

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