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Roland-Garros : "C'est absurde d'avoir peur de choses dont on rêve" : Antoine Hoang n'a pas eu peur de rêver

Tombeur de Damir Dzumhur puis de Fernando Verdasco, Antoine Hoang, 23 ans, est la grande surprise de ce début de quinzaine. Porté par un court N°1 électrique, la wild-card française a su appliquer son plan de jeu à la perfection et faire abstraction de la hauteur de l’événement pour s’offrir la plus belle victoire de sa carrière. Et un troisième tour de rêve face à Gaël Monfils.
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France Télévisions
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 (THOMAS SAMSON / AFP)

Un vent de fraicheur souffle sur la Porte d’Auteuil. Il s’appelle Antoine Hoang et découvre son premier tournoi du Grand Chelem avec l’insouciance de ses 23 ans. Invité par les organisateurs, le 146e joueur mondial a fait honneur à sa wild-card en claquant les deux plus belles performances de sa jeune carrière. Damir Dzumhur d’abord en guise d’amuse-bouche, avant un combat de près de quatre heures face à Fernando Verdasco, toujours coriace sur l’ocre malgré ses 35 ans bien tassés. Un véritable marathon qui n’a pas manqué d’électriser le Court N°1, habitué depuis plusieurs années aux exploits français et qui s’est offert une dernière bouffée de bonheur avant de disparaitre à l’issue de cette édition. "Au moins, j'ai pu en profiter !", a glissé Hoang, qui n’a pas laissé passer l’occasion de faire bouillir une dernière fois les travées du 1.

"J’ai essayé de prendre point par point, de profiter de chaque moment ici. Il y avait une ambiance incroyable donc je me suis dit ‘Profite, profite, profite’", confiait le joueur à l’issue de sa victoire, boosté par l’énergie d’un public acquis à sa cause.  "Petit à petit, j’ai commencé à y croire. Jusqu’au bout, c’était très dur. Heureusement que le public m’a aidé du début à la fin. (…)." Heureusement, car plusieurs fois le Français aurait pu flancher. Mais le plan envisagé par le coach Lionel Zimbler et son poulain à fonctionner à merveille, à savoir agresser son adversaire sur chaque point et le faire douter le plus rapidement possible.

"Si je commençais à défendre, ça allait être de plus en plus compliqué. J'ai essayé de vraiment jouer mon jeu, prendre la balle assez tôt, l'empêcher de mettre bien ses appuis, l’empêcher d'avoir du temps de s'organiser." A coups de montées bien senties, de volées bien touchées, le tout enrobé d’une première balle et d'un revers efficaces, le minot a joué son jeu à la perfection, et a progressivement réussi à faire sortir de son match le vétéran Verdasco. 

"T’as plus rien à perdre"

Le déclic ? Probablement ce troisième set sous tension, où Antoine Houang aura sauvé trois balles de set pour pousser Verdasco à disputer un tie-break sous apnée. "Ça prouve que même pour un joueur d'expérience comme ça, ce n'est jamais facile de finir les choses, de gagner. J'ai su saisir ma chance." Un sursis arraché pour celui qui s’est poussé à se lâcher, se répétant à lui même qu'il n'a "plus rien à perdre" lors du premier changement de côté en début de tie-break. Un mantra qui lui collera à la peau, à l’image de cette balle de 2 sets à 1 conclue sur une énième montée au filet.

Caroline Garcia éliminée sur le Chatrier, la foule envahit un peu plus un Court N°1 dont les travées se sont garnis au fur et à mesure des jeux. Une ambiance électrique, un Verdasco lâchant quelques mots doux en espagnol à chaque coup gagnant du Français, de quoi vous faire perdre le fil d'un d'un exploit tout tracé. Pas pour Hoang, insolent de sérénité dans les moments clés. "J'ai essayé de rester bien concentré, et de ne pas trop me laisser envahir par l'événement." Un calme quasi-olympien qui s'est ressenti lorsqu'il a fallu conclure ce long combat face à Verdasco. Pas question d'avoir le bras qui tremble pour Hoang, qui lâche un service gagnant et un ace pour s'offrir une deuxième victoire sur cette quinzaine. De quoi tripler son nombre de succès sur le circuit ATP, lui qui ne comptait qu'une seule victoire , à Montpellier en février dernier.

A 23 ans, celui que ses proches décrivent comme un "cérébral" s'offre un premier sommet de carrière plus ou moins tardif, pour un joueur qui ne s'est lancé que l'an passé pour de bon sur le circuit Challenger. De quoi aborder ce début d'épopée avec maturité et détachement  "On s'entraîne tout le temps pour ce genre d'événement, j'en rêve depuis très, très longtemps. Je me suis dit, maintenant tu y es, il ne faut pas avoir peur de ça. C'est un peu absurde d'avoir peur de choses dont on rêve." Un détachement qui se ressent sur le court, avec des encouragements qui s'en tiennent à des poings serrés discrets et de légers "Come on", et des effusions de joie très mesurées.

"C'est dans ma nature. J'essaye de mesurer ma joie, même si intérieurement, c'est un accomplissement tout de même, et je prends tout de même conscience de ce que j'ai fait, que c'est un peu un exploit", explique-t-il. "Je suis assez cérébral, assez introverti, donc m'encourager ou montrer mes émotions n'est pas facile pour moi, mais j'y travaille", ajoute Hoang, qui aura droit à un exemple de personnalité extravertie avec un choc franco-français face à Gaël Monfils au troisième tour. "Gaël, je le connais de la télé, sourit-il. Il m'a fait vibrer plusieurs fois, que ce soit en Coupe Davis ou à Roland-Garros, c'est un peu le Gaël national, il a l'air super gentil." Antoine Hoang aura l'occasion de le découvrir samedi, avec une grande première sur le Lenglen ou le Chatrier face au 17e joueur mondial, et la possibilité d'inscrire son nom au tableau de la deuxième semaine. Un amas d'émotions à venir, mais pas de quoi perturber le novice. "Profite, tu es là où tu voulais être, il n'y a aucune raison d'avoir peur de ça." Flegmatique, jusqu'au bout.

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