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“Quand nous sommes arrivés, il n'y avait aucune mesure de confinement", l'expérience américaine de Jimmy Gressier

Rentré dimanche d’un stage de plusieurs semaines aux Etats-unis, Jimmy Gressier prend ses marques dans une France confinée. Le triple champion d'Europe espoir de cross revient pour France tv sport sur ses semaines d’entraînement passées Outre-Atlantique.
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France Télévisions
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 (JULIEN CROSNIER / KMSP)

Il est encore sous l’effet du décalage horaire. Après plusieurs semaines aux Etats-Unis, Jimmy Gressier est rentré en France dimanche 19 avril. Le Français, trois fois champion d'Europe espoir de cross, champion d'Europe du 5 000 et 10 000 mètres en espoir, et recordman d'Europe du 5 km route toutes catégories confondues, revient d’un stage de préparation en vue de la qualification pour les Jeux olympiques de Tokyo. Un stage qui a changé de dimension après l’annonce, le 24 mars, du report des Jeux, mais qui n’a pas pour autant déstabilisé le Français. “Je suis jeune, donc que les Jeux soient reportés d’un an, ça ne me dérange pas plus que ça. J’aurai plus de temps pour progresser. La priorité est la crise sanitaire”, indique Jimmy Gressier.

“La première semaine, on ne parlait même pas du coronavirus là-bas.”

Arrivé le 10 mars à Flagstaff en Arizona, Jimmy Gressier a pu, avec six autres athlètes français, accompagnés d’un coach, s'entraîner normalement pendant les premières semaines. “Quand nous sommes arrivés, il n’y avait aucune mesure de confinement. La première semaine, nous avions accès à tout. On ne parlait même pas du coronavirus là-bas, raconte Jimmy Gressier. Mais la deuxième semaine, ils ont commencé par fermer les salles de musculation, les piscines etc, puis la troisième semaine, ça a été au tour des pistes.” Privés de pistes, le groupe s’adapte et termine donc son stage d’entraînement dans un des lieux encore accessible, les parcs. 
 

La France confinée vue des Etats-Unis

Depuis l’Hexagone, sa famille et ses amis lui racontent régulièrement leur confinement. “Ils m’ont expliqué les mesures mises en place en France, et m’ont dit que c’était dur et long. C’est pour mon père que le confinement est le plus compliqué économiquement. Etant auto-entrepreneur dans le bâtiment, il se retrouve sans travail à cause de la crise actuelle”, confie Jimmy Gressier. Le sportif de 22 ans a aussi vu depuis l’Arizona les images de rues parfois bondées en métropole au début du confinement et des joggeurs très nombreux dans les rues de la Capitale. “Ces images m’ont un peu dérangé car je suis sûr que tous ces gens ne sont pas des sportifs réguliers”, s’agace-t-il. 

Alors qu’en France ses proches sont confinés, Jimmy Gressier était libre de se déplacer et n’avait pas besoin d'attestation lors de ses sorties. “Chacun essayait de respecter les distances de sécurité mais c'était très léger. Dans certains magasins, ils ont mis en place la dernière semaine une file pour accéder à l’entrée, mais cela ne servait pas à grand chose.” Ce sont davantage lors des deux dernières semaines que Jimmy Gressier a constaté des changements de comportements chez les Américains. “La population portait davantage de masques qu'auparavant. On a aussi vu des gens qui, pour se protéger, étaient vêtus de tenues de ski, lunettes incluses, alors qu'il faisait 20 degrés.” Une excentricité qui a fait sourire Jimmy Gressier, et tout en notant la bienveillance et la gentillesse des Américains rencontrés sur place. “Avant de rentrer en France, une Américaine nous a fabriqués des masques”, raconte encore Jimmy Gressier.   

 (STEPHANE KEMPINAIRE / DPPI MEDIA)

Un record battu en trail 

Si l’horizon de Tokyo s’est un peu éloigné, Jimmy Gressier a malgré tout su tirer partie de ce stage américain. Avec les frères Gras, Damien et Michaël, deux très bons coureurs sur route et également présents lors de ce stage, il s’est attaqué au record détenu par un trailer américain Jim Walmsley sur l’un de ses tracés de 33,5 km, parcouru en 1h56’37. Défi relevé en 1h54'29  pour ce jeune spécialiste des records. “Damien et Michaël connaissent bien le monde du trail. Comme il n'y avait pas de compétition, et qu’ils aiment faire des kilomètres, ils ont voulu tenter de battre le record de Jim Walmsley, qui est champion du monde de trail et très connu aux Etats-Unis.”

Via l’application Strava, les trois athlètes ont ainsi repéré un segment du parcours du champion américain afin de relever le défi. “Je me suis pris au jeu deux jours avant de partir. Ce n’était pas prévu, et ça reste un 33 km non labellisé”, nuance le jeune Boulonnais. D'ailleurs, après avoir battu ce record, Jimmy, Damien et Michaël ont lancé une cagnotte sur Leetchi, appelée le "Défi 33km coronavirus solidarité pour les hôpitaux". Les fonds seront reversés aux hôpitaux de Boulogne-sur-Mer et Clermont-Ferrand dont sont originaires les trois hommes. "Beaucoup de monde ont suivi cette course en direct sur mon compte Instagram. Et j'ai eu de très bons retours. Alors, j'ai décidé d’aider, via mes fans et followers, les hôpitaux et de créer un élan de solidarité pour les soignants", explique Jimmy Gressier. 

Même si le stage n’avait pas pour objectif ce challenge, ce bon chrono couplé au stage outre-Atlantique a mis Jimmy Gressier dans de bonnes conditions pour les Championnats d’Europe d’athlétisme fin août, à Paris, s’ils ont lieu. Une compétition que le Boulonnais a inscrit à son calendrier, même si les prochains mois restent très flous pour l'athlète. “Nous n’avons pas de visibilité. Il est donc difficile de s’arrêter sur un objectif précis.” 

La crainte de perdre en condition physique 

En forme physique et mentale, Jimmy Gressier redoute toutefois que la bonne condition physique acquise lors de ces dernières semaines soit mise à mal pendant le confinement. “C’est frustrant car on est parti s’entraîner pendant 40 jours de manière intense et à notre retour on va devoir diminuer notre entraînement”, confie-t-il. D’autant que ce stage représentait un investissement financier important pour le Nordiste. “Il a coûté un peu plus de 15 000 euros au total, dont 4 500 pour ma part. C’est une grosse somme, et savoir que quand tu rentres chez toi, tu ne peux pas t’entraîner, et que tu perds les bienfaits de l’altitude (la ville est située au sud des San Francisco Peaks, la chaîne de montagnes la plus haute de l’État, ndlr), c’est frustrant.”

Originaire du Nord de la France où il vit toujours, l’athlète a décidé de rejoindre sa compagne à Aix-en-Provence qui dispose d'une plus grand espace pour se confiner. Afin de respecter les consignes imposées par les autorités françaises, son programme d’entraînement va être adapté, à l’instar de l’ensemble des sportifs français. Au programme, vélo, course à pieds sur tapis, renforcement musculaire, tout ça à domicile bien évidemment pour respecter les mesures de confinement. “Je vais axer mes exercices sur des aspects que je délaisse d'habitude, comme le renforcement musculaire, les étirements, tout en diminuant la course à pied, et essayer de me reposer aussi”, explique Jimmy Gressier. Si le moral est bon chez le Français, il reconnaît toutefois que le contexte actuel démotive un peu. “Je m’étais préparé dur pour attaquer la saison donc forcément, il y a de la frustration. Mais j’essaie de relativiser, et surtout me rappeler que j'ai de la chance que ni mes proches ni moi n'ayons contracté le virus.” 

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