Championnats d'Europe de natation 2022 : entre poker menteur et montée en pression, la chambre d'appel et son univers impitoyable

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De notre envoyé spécial à Rome - Emmanuel Rupied - franceinfo: sport
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La chambre d'appel, passage obligé des nageurs avant de monter sur les plots. (Mathieu Le Gal / Franceinfo: sport)

En compétition, les nageurs doivent systématiquement passer par cette pièce qui leur est exclusivement réservée avant d'être appelés par le speaker. 

"C'est l'endroit où l'on peut perdre ou faire perdre une course. Un moment unique et suspendu dans le temps. On est assis dans une petite pièce et on sait qu'il va y avoir un gagnant... et sept perdants", se souvient avec malice Camille Lacourt, le triple champion du monde français sur 50 mètres dos. À Rome, où se déroulent les championnats d'Europe de natation (11-22 août), comme ailleurs, la chambre d'appel ne laisse pas indifférent. Elle marque à vie les nageurs qui y entrent. Pour le meilleur et pour le pire.

Une pièce close, huit chaises, une pour chaque concurrent, et une télévision où apparaissent les autres courses en direct. C'est dans ces conditions, presque spartiates, que les nageurs, en compétition, se retrouvent, jusqu'à une demi-heure avant de se faire appeler par le speaker afin d'en découdre dans l'eau. Quelques mètres carrés réservés exclusivement aux compétiteurs, au sens propre comme au figuré. 

Un combat psychologique

À l'intérieur, chacun son style, selon les nationalités, comme les clubs. "Tous les Marseillais étaient très démonstratifs [à la fin des années 2000] dans la chambre d'appel, les Américains vont être très exubérants, les Anglais sont emmerdants. S'ils peuvent s'asseoir sur ta chaise, ils vont le faire. Et te toiser", détaille Michel Chrétien, l'actuel coach de Yohann Ndoye Brouard et Maxime Grousset à l'Insep. 

Le vice-champion du monde en titre sur 100 mètres nage libre à Budapest est de ceux qui se montrent. "Maxime [Grousset] va être exubérant, il va montrer les pectoraux, il va faire du bruit", détaille l'ancien mentor de Jéremy Stravius. Tout l'inverse du dossiste, au caractère plus réservé.

Des profils comme le Néo-Calédonien, Camille Lacourt en a croisé durant sa carrière. Le rival de Stravius à la fin des années 2000 a reconnu avoir martyrisé quelques jeunes pousses un peu trop énergiques à son goût sur sa route. "Face à ceux qui jouaient les gorilles, mon jeu, c'était de les désarçonner totalement. Si le mec se tapait sur les pecs devant moi, j'étais capable de crier 'oh mon dieu, il est trop fort, ce n'est pas la peine de nager les gars, il est trop puissant.' J'adorais. Surtout quand c'était les jeunes, ils ne s'attendaient pas à une telle réaction." 

"Le Brésilien César Cielo faisait vraiment le mariole en chambre d'appel. Dans les relais, il essayait toujours de parler le plus fort, de se montrer."

Camille Lacourt, triple champion du monde sur 50 m dos

à franceinfo: sport

De la prévention, Michel Chrétien en fait aussi avec son jeune sprinteur. "Il y a ceux qui vont toiser leurs adversaires, mais il ne faut pas aller trop loin. Cela peut se retourner contre soi. Maxime [Grousset], je l'ai prévenu : 'tu vas tomber sur tel ou tel nageur, fais attention à ça.'" Une situation qu'il connaît certainement moins avec le récent champion d'Europe du 200 mètres dos, Yohann Ndoye Brouard. Capuche sur la tête, casque sur les oreilles, le Français trace sa route, de peur de perdre de l'influx. 

L'enjeu plus fort que le jeu

Mais des drôles d'oiseaux, le bassin international en possède beaucoup. Le Français de 21 ans raconte. "L'Américain Ryan Murphy [quadruple champion olympique], il arrive avec un bonnet, des gants, la veste chauffante, des moumoutes et il ne parle à personne", rigole le Savoyard avant d'enchaîner sur la relève du dos italien. "Thomas Ceccon aux mondiaux de Budapest, c'était tout l'inverse. Il est arrivé en slip de bain, un t-shirt, pieds nus sans rien d'autre. Tu te dis que tu perds de l'influx mais lui il s'en fout." Derrière, l'Italien de 21 ans claquait un nouveau record du monde en finale du 100 mètres dos (51"60) devant Murphy. Efficace.

"La chambre d'appel, c'est un jeu de poker menteur. Il y a celui qui va arriver en premier, on sait qu'il est pressé d'en découdre. Celui qui va arriver dernier, lui, on va se dire qu'il ne veut pas subir trop la pression."

Michel Chrétien, entraîneur de Maxime Grousset

à franceinfo: sport

Tous les nageurs interrogés le disent, en chambre d'appel, difficile d'y gagner sa course mais tout perdre est une réalité. Même si au bout du compte, pour Camille Lacourt, "le combat, il est d'abord avec soi-même". 

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