Le tennis du futur : plus vite, plus simple, plus sec

Face à la grogne croissante des télés contre la longueur des matchs de tennis, le monde de la petite balle jaune va revoir certaines règles ancestrales...

Rafael Nadal jetant sa serviette au ramasseur de balles pendant la finale du Masters de Shanghai (Chine), le 18 octobre 2009.
Rafael Nadal jetant sa serviette au ramasseur de balles pendant la finale du Masters de Shanghai (Chine), le 18 octobre 2009. (NIR ELIAS / REUTERS)

Le tournoi de tennis de Bercy, qui se déroule du 5 au 13 novembre à Paris, se targue d'incarner la modernité dans un sport où les règles essentielles n'ont pas évolué en 150 ans. Cette année encore, la compétition parisienne joue à fond les cartes "underground", avec du street art dans les couloirs, et technologique, avec un personnage virtuel en forme de T qui présente le match et essaie de chauffer la salle. S'ensuit la traditionnelle animation d'avant-match.


ENTERSTICE & 1024 TETRA.TENNIS V2010 par Fredviktor 

Si le côté avant-gardiste du tennis est symbolisé par Bercy, reste que certains ajustements du tennis du futur plus profitables aux spectateurs et télespectateurs ne sont toujours pas mis en place. On ne parle pas de la jupette obligatoire, comme la fédération de badminton l'a un temps envisagé, mais de mesures pour accélérer le jeu. "Le temps de jeu effectif ne représente que 20 % du temps de jeu total. Le reste (80 %) est passé à attendre, au retour, sur sa chaise, aller chercher des balles…" peut-on lire sur le site de l'académie Autexier. Sur un match d'une heure et demie, comme la rencontre Nicolas Mahut-Juan Carlos Ferrero lundi 7 novembre à Bercy, les spectateurs ont donc assisté à dix-huit malheureuses minutes d'échanges ! 

Accélérer le mouvement entre les points, une nécessité

Faites le compte : les joueurs ont 25 secondes entre chaque point pour passer un petit coup de serviette sur leur front et choisir leurs balles entre toutes celles que proposent les ramasseurs de balles. Pour un joueur comme Rafael Nadal, c'est carrément le double. On le voit bien quand Andy Roddick imite le rituel de Nadal avant de servir (en accéléré).

 

Il y a une raison à ce rituel interminable. "Les mouvements idiosyncrasiques [propres à chaque personne] sont vraiment importants. Si vous les enlevez, la performance du joueur va s'en ressentir, explique Mark Cheetham, maître de conférences en physiologie du sport à l'université de Derby (Royaume-Uni), à l'agence Reuters. Ces gestes permettent de supporter la pression."

Oui, mais lors de la dernière finale de l'US Open entre Rafael Nadal et Novak Djokovic, c'est pratiquement 40 secondes qui s'écoulent entre chaque point, que ce soit un ace ou un échange de folie. L'arbitre de chaise a la possibilité de leur donner des avertissements (ce qu'il a fait) voire des points de pénalité (ce qu'il n'a pas fait). 

Deux pistes de réflexion :

• Mettre en avant l'utilisation plus modérée de la serviette dans le tennis féminin. Cela s'explique en partie par le fait que les femmes transpirent moins que les hommes.

Le tennisman Andy Roddick qui transpire beaucoup, lors d\'un match contre Roger Federer en demi-finale de l\'Open d\'Australie, le 29 janvier 2009.
Le tennisman Andy Roddick qui transpire beaucoup, lors d'un match contre Roger Federer en demi-finale de l'Open d'Australie, le 29 janvier 2009. (DARREN WHITESIDE / REUTERS)

• S'inspirer du badminton, où il faut demander la permission de l'arbitre pour s'éponger le front. Et ce, alors que les matchs de ce sport comptent 50 % de temps de jeu effectif. Ainsi, un match d'une heure au badminton offrira presque autant de jeu qu'un match de trois heures au tennis...

Simplifier les règles pour rendre les matchs plus télégéniques ?

D'autres idées pour accélérer le rythme des matchs existent : adopter la règle du no-ad (plus d'avantage à 40A), supprimer le deuxième service, laisser jouer les services let et donc ne pas recommencer un point alors que la balle n'a fait qu'effleurer le filet... Des pistes dans l'air du temps depuis 1999, à en croire cet article de Libération. Appliquées ponctuellement en tournoi amateur et en double chez les pros, elles n'ont toujours pas trouvé grâce aux yeux des organisateurs des tournois majeurs. Plus récemment, l'idée d'instaurer un jeu décisif à quatre jeux partout au lieu de six a été évoquée. 

 

Le court Suzanne-Lenglen de Roland-Garros lors du match opposant Gaël Monfils à David Ferrer, le 30 mai 2011.
Le court Suzanne-Lenglen de Roland-Garros lors du match opposant Gaël Monfils à David Ferrer, le 30 mai 2011. (ALEXEY KUDENKO / AFP)

Ces évolutions rencontrent une farouche hostilité auprès des pratiquants de base et aucune ne suscite l'adhésion massive des fans sur canapé. Et tardent (doux euphémisme) à être mises en pratique. "Les règles ne sont pas près de changer dans le tennis, car il y a trop de décideurs, explique le directeur du tournoi de Madrid sur Eurosport.fr. Entre les directeurs de tournois, de Grand Chelem, les sponsors et ma sœur (sic), chacun a son idée et s'y tient." Ça ne date pas d'hier : le tie break, inventé en 1970 et désormais entré dans les mœurs, a quand même mis dix ans à s'imposer, après diverses expérimentations. 

Rendez-vous en 2050 pour un match en cinq sets joué en 1h25 et remporté par Kévin Federer 5-4 2-4 1-4 4-1 5-4 contre Iker Nadal en finale de Roland-Garros.