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Le débat : Faut-il jouer ou non les finales de coupe à huis clos ?

Si la Ligue 1 a été arrêtée, la saison 2019-2020 de football n’est pas tout à fait finie. Les finales de Coupe de France (PSG-Saint-Etienne) et de Coupe de la Ligue (PSG-Lyon) n’ont pour l’instant pas été annulées, mais reportées. Dans l’attente des dates de report, la question se pose : faut-il jouer ces finales à huis clos, et donc le plus rapidement possible, ou attendre de pouvoir les disputer devant un stade comble ? C’est le débat de la rédaction.
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France Télévisions
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Temps de lecture : 5 min.
 (CHARLY TRIBALLEAU / AFP)

• Oui, il faut jouer les finales de Coupe dès que possible et donc à huis clos, par Andréa La Perna

Il est temps d'enterrer la saison 2019/20. Plus vite les problèmes de calendrier seront réglés, plus il sera facile de se projeter sur l'exercice 2020/21, qui a encore le mérite de ne pas avoir été dénaturé par la pandémie de Covid-19. Faites votre deuil. Le vrai football, avec des supporters en tribunes, n’est pas pour maintenant. D'après les experts les moins optimistes, le retour des foules ne se fera pas avant l'apparition d'un vaccin, et celui-ci n'arrivera probablement pas avant l’automne 2021.

Or, aujourd'hui, le sort des finales de Coupe de France et de Coupe de la Ligue reste en suspens. Au-delà de la communion que symbolisent habituellement ces événements, ces finales représentent un enjeu considérable pour les clubs engagés. D'abord, parce que deux places en Ligue Europa sont en jeu. Deux places attribuées, pour l’instant, sans certitude à Nice et Reims, respectivement 5e et 6e du championnat. Saint-Etienne et Lyon convoitent aussi ces places par le biais des coupes. Il va falloir programmer et jouer rapidement les finales pour effacer les incertitudes. Tout doit être clarifié avant le début de la prochaine saison, le 23 août, pour que les clubs puissent établir un budget, des objectifs et réfléchir au mercato (probablement décalé). 

La perspective d'une qualification européenne, ainsi que celle des dotations liées à une victoire en coupe, représentent une manne financière non négligeable, dans un contexte extrêmement trouble, surtout pour un club comme Saint-Etienne. Le président de son conseil d'administration, Bernard Caïazzo, martèle d’ailleurs depuis mars que des dépôts de bilan sont à craindre parmi l’élite du football français. Probablement moins concernés par cette affirmation que d’autres, Lyon et Paris auront quand même besoin de ces matches. Jouer début août leur permettrait de retrouver du rythme avant de continuer leur parcours en Ligue des champions, surtout si leurs adversaires, eux, décident de terminer la saison. On voit mal le PSG se présenter à son quart de finale de C1 sans une vraie opposition compétitive dans les pattes face à un club européen qui aura enchaîné tout l’été.

Ces finales doivent être jouées pour la simple et bonne raison que trois équipes ont gagné le droit de la disputer. Certains en rêveront toute leur vie sans jamais en voir la couleur. Une annulation galvauderait la valeur même de la Coupe de France, censée offrir la possibilité à n’importe quel club français, professionnel ou amateur, de gagner un trophée et de jouer une Coupe d’Europe. Allez dire à un finaliste : “bravo pour votre parcours, mais finalement ça ne comptera pas, désolé, on s’arrête là”. Une équipe qui a bravé tous ces matches éliminatoires pour aller en finale de coupe est-elle moins méritante qu'un 5e ou un 6e de Ligue 1 (et ne comptant qu'un point d'avance sur le 9e) ? 

Comme les rassemblements de plus de 5000 personnes sont interdits jusqu'à septembre, et que le ministère des Sports a ouvert la porte à des matches à huis clos au mois d'août, la fenêtre la plus logique est celle que défend Noël Le Graët. L’omnipotent président de la FFF a bien fait comprendre qu’il espérait que ces finales se jouent. Il faut donc les caler le plus tôt possible, donc à huis clos. Évacuons les dernières incertitudes d'une saison noire. Le "vrai" football fera son retour en temps voulu. On a pu voir à quel point Jean-Michel Aulas savait faire preuve de ténacité récemment - pour ne pas dire plus - quand il s'agit de défendre les intérêts de son club. Si l'on n'évacue pas la question assez vite, le président de l'OL va noyer tout le monde sous des tonnes de communiqués. Et je ne suis pas sûr que vous soyez tous prêts pour ça.

• Non, à huis clos, une finale n’en est plus vraiment une, par Adrien Hémard

Avant d'être une histoire d'argent, le football est surtout un vecteur d'émotions. Plus qu'un trophée et qu'une ligne supplémentaire au palmarès, une finale de coupe est avant tout un moment rare, unique, et très fort dans la vie d’un supporter - un peu moins pour les supporters parisiens depuis quelques années -. Mais tout de même. En début de saison, combien de présidents rêvent “d’amener leur public au Stade de France”, plus que du trophée en lui-même ?

Elle est bien là, la véritable signification d’une finale de coupe, que ce soit de France ou de la Ligue : se déplacer en masse à Paris, pour fêter son club et sa ville devant tout l’Hexagone. Crier son amour haut et fort ! Une finale de coupe, c’est un mariage. Celui qui vient consacrer l’amour entre le supporter et son club, aux yeux de tous. Pour le meilleur, la victoire. Ou pour le pire, la défaite. Comme tout mariage, la fête y est souvent incroyable, surtout grâce aux invités. Ainsi cette année, le PSG-Saint-Etienne annonçait une bataille de chants homériques en tribunes : le Peuple Vert face aux Parisiens, quasiment à domicile.

Poussées à l’extrême par la dramaturgie propre à un match de coupe, les ambiances de finales ne s’oublient pas. Les émotions y sont décuplées. Et sur le terrain, les performances des joueurs aussi. D’autant plus lorsque ces rendez-vous sont ceux de clubs en manque de titres comme Lyon, sevré depuis sa coupe de France 2012, et Saint-Etienne, qui depuis 1982 s’est contenté d’une Coupe de la Ligue en 2013. A Saint-Etienne, les supporters rêvent d’une finale de Coupe de France depuis celle perdue de 1982. Quand on a attendu aussi longtemps, on peut encore patienter un peu.  

Sur ce point, de nombreux supporters lyonnais et stéphanois tombent étonnamment d’accord. C’est aussi ça, “la magie de la Coupe”. Certes, on ne sait pas encore quand les stades pourront de nouveau accueillir des supporters. Il faudra peut-être attendre plusieurs mois. Mais de toute façon, que l'on joue ces finales en août à huis clos, ou en novembre, les effectifs auront été modifiés, et l’équité sportive sera toute relative. Alors, à défaut de les jouer avec des supporters, il faudrait peut-être tout simplement ne pas les jouer du tout. Il faut arrêter de se mentir, et avouer que si l’on a arrêté le championnat avant son terme, il faut faire de même avec les Coupes. Car mieux vaut laisser un goût d'inachevé que d'offrir des finales sans saveur.

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