Dopage : Alberto Contador déchu de sa victoire dans le Tour de France 2010

L'Espagnol avait été contrôlé positif au dopage lors de cette édition de la Grande Boucle. Le tribunal arbitral du sport a rendu sa décision en appel aujourd'hui.  

Le cycliste espagnol Alberto Contador, lors de la 16e étape du Tour de France, le 20 juillet 2010.
Le cycliste espagnol Alberto Contador, lors de la 16e étape du Tour de France, le 20 juillet 2010. (JOEL SAGET / AFP)

Le cycliste espagnol Alberto Contador a été suspendu pour deux ans et déchu de sa victoire dans le Tour de France 2010, lundi 6 février, par le tribunal arbitral du sport (TAS), une institution internationale. Le coureur avait été contrôlé positif lors d'un examen antidopage pendant cette édition de la Grande Boucle. Ses victoires acquises en 2011, principalement le Giro, lui sont également retirées.

• La condamnation

Le TAS a infligé au Madrilène de la Saxo Bank deux ans de suspension avec effet rétroactif au 25 janvier 2011. Le coureur, âgé de 29 ans, sera suspendu jusqu'au 6 août 2012 (et non jusqu'en janvier 2013) car le TAS a pris en compte sa suspension provisoire près de six mois entre août 2010 et février 2011. Il ne pourra donc pas s'aligner au départ de la prochaine édition de la Grande Boucle. Conséquence : le Luxembourgeois Andy Schleck, qui avait terminé à la deuxième place en 2010, devrait hériter du titre. 

"La formation arbitrale se prononcera ultérieurement et dans une décision séparée au sujet de la demande déposée par l'Union cycliste internationale d'imposer une amende d'au moins 2,485 millions d'euros à Alberto Contador", a précisé le TAS.

• Une défense acharnée

L'affaire commence le 21 juillet 2010. Alberto Contador, alors maillot jaune du Tour de France, subit un contrôle antidopage qui se révèle positif en raison de traces infinitésimales (50 picogrammes) de clenbutérol, un produit illicite. Le coureur ne ménage pas ses efforts - bataillon d'avocats et détecteur de mensonges - pour faire adopter sa thèse : le clenbutérol s'est retrouvé dans ses urines à partir d'un steak importé d'Espagne qu'il avait mangé la veille.

Le coureur, adulé dans son pays, est acquitté en première instance par sa fédération, en février 2011. Il peut ainsi courir normalement la saison et gagner notamment le Giro avant de se classer 5e dans le Tour de France. Mais l'Agence mondiale antidopage (AMA) et l'Union cycliste internationale (UCI) déposent un appel devant le TAS avançant l'hypothèse d'une transfusion sanguine ou d'un supplément nutritif contaminé.

Finalement, les trois arbitres du TAS pensent que le contrôle positif d'Alberto Contador lors du Tour de France 2010 est lié plus vraisemblablement à des suppléments nutritifs contaminés qu'à la consommation de viande contaminée ou à une transfusion sanguine.

Selon le TAS, puisqu'aucune des parties n'a remis en cause le contrôle positif du coureur, ce dernier se devait de démontrer "sur une prépondérance de probabilités" qu'il n'avait commis aucune faute grave ou négligence pour échapper aux deux ans de suspension, la sanction quasi automatique en cas d'infraction aux règles antidopage.

La carrière de Contador est-elle finie ?

"Si tout cela ne se termine pas d'une façon favorable et juste, j'hésiterai beaucoup à remonter sur un vélo", expliquait en octobre 2010 le coureur espagnol, qui se disait alors "très confiant" sur l'issue de la procédure. Pugnace, habitué à souffrir sur un vélo comme en dehors, comme l'a montré son opération en 2004 pour un œdème cérébral survenu en plein Tour des Asturies, il a fait savoir qu'il se défendrait, avant même le verdict du TAS. Et il a prévenu qu'il irait jusque devant la Cour européenne de Strasbourg si nécessaire.

Par ailleurs, s'il n'obtenait pas gain de cause, sa carrière ne serait pas forcément finie. Contador est une "star" du peloton : le "Pistolero" côtoie Anquetil, Merckx, Gimondi et Hinault dans le cercle très fermé des coureurs ayant accroché Giro, Tour et Vuelta à leur tableau de chasse. Sa suspension purgée, il pourra donc certainement retrouver une équipe facilement, comme d'autres avant lui. Ainsi, l'Espagnol Alejandro Valverde, vainqueur du tour d'Espagne 2009, de retour de deux ans de suspension pour son implication dans l'affaire Puerto, a intégré l'équipe Movistar, qui vise une "amélioration sur les grands tours". De même, l'Italien Ivan Basso, également suspendu dans le cadre de l'affaire Puerto, et alors détenteur d'un Giro (2006), en a remporté un second en 2010 avec Liquigas.

• Le milieu du cyclisme serre les rangs

Dès l'annonce de sa suspension, l'Espagnol a reçu des marques de soutien d'autres cyclistes. Ainsi, Andy Schleck a jugé qu'"il n'y avait aucune raison de se réjouir. Je suis d'abord triste pour Alberto. J'ai toujours cru en son innocence. C'est tout simplement une triste journée pour le cyclisme."

L'Italien Michele Scarponi, à qui devrait être attribué le Giro 2011, s'est dit "navré pour Alberto (...). Cette décision ne change pas la valeur des résultats que j'ai obtenus, ni mes objectifs à venir."

"Je suis dégoûté. Il n'y a qu'en cyclisme que l'on cherche à détecter des quantités infinitésimales (...). J'aimerais que l'on fasse la même chose dans les autres sports", a déclaré pour sa part l'ancien champion Eddy Merckx.