Le baseball français, un sport confidentiel en quête de démocratisation

L'exploit des Huskies de Rouen, qualifiés pour le Final Four européen des 29 et 30 août 2012, braque les projecteurs sur un sport méconnu et amateur dans l'Hexagone.

Les Huskies de Rouen survolent le championnat de France, avec 9 victoires lors des dix dernières années.
Les Huskies de Rouen survolent le championnat de France, avec 9 victoires lors des dix dernières années. (ROMAIN FLOHIC)

SPORTS - Les Huskies de Rouen ont disputé les 29 et 30 août 2012 le Final Four de la coupe d'Europe de baseball. Pour la première fois, la France était représenté au plus haut niveau européen, dans un dernier carré trusté depuis sa création en 2008 par les équipes italiennes et néerlandaises. Mais la présence d'un club français au côté des plus grands en Europe ne doit pas faire oublier que le baseball français ne batte pas dans la même catégorie que ses homologues d'Italie et des Pays-Bas.

Le quotidien des Huskies n'a pas grand chose à voir avec celui des Pirates d'Amsterdam, des Nettuno Baseball ou de la Fortitudo Baseball de Bologne, leurs adversaires au Final Four. "Aux Pays-Bas et en Italie, ils ont un championnat professionnel, et 25 000 licenciés", explique à FTVi François Collet, chargé d'affaire fédérale à la Fédération française de baseball, softball et cricket (FFBSC). En France, le championnat est amateur et la FFBSC ne compte que 10 000 licenciés.

Sport américain par excellence, le baseball est un sport confidentiel en France. L'explication est d'abord culturelle : "Dans nos pays européens, nous avons une culture du sport gauche-droite, droite-gauche comme le tennis, le football ou le basket, analyse pour FTVi Didier Seminet, président de la FFBSC. Au baseball, nous jouons sur un terrain en volume, dans le sens horaire comme antihoraire". Les règles complexes, bien que parfaitement expliquées dans cette animation flash de la FFBSC, ne facilitent pas non plus l'accès au jeu.

Un sport en manque de financements

L'autre explication est historique. En Europe, le baseball s'est développé dans des pays accueillant des bases militaires américaines, bases que la France a fermé à partir de 1966. "En Allemagne, les clubs ont pu bénéficier des installations américaines", remarque Didier Seminet, qui cite également les exemples de l'Italie et des Pays-Bas.

De ce manque de culture baseball découle des difficultés à trouver des financements. "Il est difficile de vendre un projet lorsque l'interlocuteur n'a aucune idée de ce qu'il va acheter", résume le président de la FFBSC. Le sponsoring, peu encouragé par la faible popularité du sport, est presque inexistant. Ainsi, le budget de la fédération (1 100 000 euros en 2012) repose uniquement sur les cotisations des clubs, les licences et les subventions du ministère des sports (50% du total).

Les clubs vivent eux des subsides des collectivités. Le premier d'entre eux, Rouen, fonctionne ainsi avec un budget de 16  000 euros annuel, très loin des 1,4 million du club italien de Nettuno et des 168 millions d'euros de masse salariale des New York Yankees relevés par le New York Times (article en anglais).

"Mon boulot passe avant le baseball"

En France, les Huskies sont plutôt privilégiés. "On a eu un maire, Valérie Fourneyron, qui a toujours cru en nous", expliquait à L'Equipe le président du club, Xavier Rolland. D'autres collectivités sont moins disposées à l'égard du sport. "Un terrain de baseball, c'est l'équivalent de deux terrains de football et les municipalités n'ont pas forcément tout cet espace à donner à une seule association", reconnaît François Collet. Selon les chiffres du journal L'Equipe, il n'y a que 180 terrains pour 200 clubs en France.

Amateurs, les joueurs ne touchent quasiment pas de primes, contrairement à leurs homologues footballeurs. "Il n'y a aucune notion d'argent, c'est un peu comme le sport en club chez les jeunes", explique à FTVi Paul Langloys, joueur des Barracudas de Montpellier, l'un des huit clubs de division 1. En revanche, le club prend en charge certains frais de déplacement et, pour la première fois en 2012, la licence (200 euros par joueur). Les joueurs ont donc une activité professionnelle la journée, des entraînements le soir et des matchs le week-end.

"Mon entraîneur est conciliant, quand je lui dis que je dois faire des heures supplémentaires, il n'y a pas de problème", poursuit Paul Langloys, avant d'ajouter que son métier de paysagiste "passe avant le baseball". Les joueurs étrangers, généralement américains, sont dans une situation légèrement différente. Dans un article du New York Times, le lanceur de Rouen Chris Mezger raconte qu'il partage avec trois autres joueurs un appartement fourni par le club, et que ce dernier lui verse 350 euros par mois.

"Soit ils sont obligés de travailler, soit ils partent à l'étranger"

Les meilleurs Français ont donc peu d'espoir de vivre de leur passion et de progresser à partir d'un certain âge. Cornaqués dans les pôles espoirs (niveau collège) et les pôles France (lycée et université), ils doivent ensuite aller voir ailleurs pour continuer de développer leur jeu. "Soit ils restent en France et ils sont obligés de travailler, soit ils partent à l'étranger", schématise François Collet. Deux options s'offrent à eux, à condition d'avoir le niveau requis : signer dans une franchise américaine ou intégrer une université en Amérique du Nord où il est possible d'étudier tout en pratiquant le baseball à un haut niveau.

Mais ces débouchés ne concernent que 3 à 5 personnes par an, selon le chargé d'affaires fédérales. Actuellement, seuls le Toulousain Andy Paz-Garriga (Oakland Athletics) et le Rouennais Alexandre Roy (Seattle Mariners) sont sous contrat avec une équipe américaine. "Là-bas, du matin au soir, on fait que du baseball, on vit pour ça", explique à FTVi Andy Paz-Garriga.

Le jeune franco-cubain de 19 ans, qui évolue depuis deux saisons dans l'une des équipes rookie (jeunes) des Oakland Athletics, confie également avoir reçu "une somme confortable" lors de la signature de son contrat et percevoir une indemnité mensuelle de 560 euros lors de la saison (3 mois). Il est également logé, nourri et blanchi. "C'est entièrement professionnel", résume-t-il. Mais de la ligue rookie à l'équipe de Major League Baseball (MLB), la route est encore longue pour les deux adolescents. "La moyenne, c'est cinq ans", calcule Andy Paz.

Objectif démocratisation

Pour le moment, aucun Français n'a réussi à se hisser en Major League. Joris Bert, l'un des joueurs phares des Huskies de Rouen, s'est par exemple arrêté en cours de route, après deux ans passés dans les équipes jeunes des Los Angeles Dodgers. "Pour gagner sa vie, il faut atteindre un certain niveau que pour l'instant, les Français n'atteignent pas", reconnaît François Collet.

Que les joueurs puissent vivre de leur sport n'est de toute façon pas le souci principal de la fédération. "Ce serait plutôt de fidéliser nos licenciés, et de développer le sport dans le milieu scolaire pour aller chercher de nouveaux licenciés", assure Didier Seminet. Le patron de la fédération se donne donc pour mission de sensibiliser les professeurs d'éducation physique aux vertus du baseball, "un sport qui permet une vraie cohésion entre les enfants" parce que tous les physiques y ont leur place. 

La fédération compte également sur les performances de l'équipe de France, qui disputera au mois de septembre les championnats d'Europe puis un tournoi qualificatif pour l'équivalent de la coupe du monde, la World Baseball Classic. Le rêve ultime de Didier Séminet ? "Qu'un jour, un journaliste de France télévisions m'appelle, et me dise qu'il a déjà joué au baseball", s'amuse-t-il. Un objectif plus ambitieux qu'il n'y paraît.

Crédit photo : Romain Flohic (http://www.romainflohic.fr)