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Témoignage "Tu ne seras jamais un champion" : un ancien judoka alerte sur des violences physiques et psychologiques "systémiques" lors des entraînements

Dans un livre, le champion d'Europe Patrick Roux a recueilli des témoignages. La Fédération française de judo assure avoir bien reçu les signalements et faire de la prévention.
Article rédigé par Emma Sarango
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Un entraînement de judo, à Perpignan, en avril 2018. (IDHIR BAHA / HANS LUCAS)

"T'as encore pris du poids", "grosse vache" ou encore "'T'as vu ce que t'as fait à la dernière compétition ? Tu deviendras jamais un champion !" : Patrick Roux a recueilli plus d'une trentaine de témoignages en un an et demi, tous signalés aux instances. L'ancien membre de l'équipe de France de judo et champion d'Europe, qui a créé son association d'aide aux victimes de violences, dénonce ces violences physiques et psychologiques répétées et courantes dans le milieu dans un livre, Le revers de nos médailles (éd. Dunod)

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Selon lui, ces violences sont devenues systémiques dans les dojos, notamment à l'encontre des adolescents en chemin vers le haut niveau. "Ils camouflent des traitements violents dans des pseudo-méthodes d'entraînement, alerte-t-il. Prendre une jeune fille et la projeter pendant une heure sur le tapis sans qu'elle ne puisse se défendre. Puis, elle ressort du tatami, bleue de la tête aux pieds. Elle va voir un médecin qui lui écrit tout de suite une page de certificat médical en disant 'Vous courez à la gendarmerie avec ça, bien sûr."

Pour la Fédération, "aujourd'hui, ça n'existe plus"

"Vous savez, le monde du sport, c'est quand même un monde où tout le monde se connaît, pointe Patrick Roux qui dénonce une omerta qui persiste. Dans les organes administratifs, vous avez parfois des gens qui ont été entraîneurs. Ça peut arriver, qu'un jour, arrive un dossier sur la table qui concerne quelqu'un qu'ils connaissent. Donc tout ça pose des questions par rapport à l'efficacité des enquêtes."

"Est-ce qu'il faut une commission d'enquête indépendante, comme ce qui s'est passé dans l'Église?"

Patrick Roux, ancien judoka

à franceinfo

Du côté de la Fédération, on assure que c'est du passé. "Aujourd'hui, ça n'existe plus, ces méthodes d'entraînement qui n'avaient pas lieu d'être", indique Magali Baton, secrétaire générale de la Fédération française de judo (FFJ). Elle promet de tout faire pour prévenir ces violences, avec une "commission violences", composée de psychologues, de juges des enfants et de juristes, et qui se réunit une fois par mois. "On a fait des affiches dans tous les dojos autour des bonnes pratiques, autour de ce qui est toléré, pas tolérable, autour aussi des numéros d'urgence à appeler... Nous sommes en train de travailler sur une charte de protection des mineurs qu'on veut faire signer à tous les clubs comme condition sine qua none pour qu'ils puissent être affiliés à la Fédération."

52 signalements en 2022

Ces actions de la FFJ sont insuffisantes pour Patrick Roux. "Tout le monde est vent debout contre les violences, mais nous, on continue, à travers les signalements qu'on reçoit, de voir que le problème n'est pas réglé, ajoute l'ancien judoka. Comme on n'a pas réformé véritablement et profondément la formation des entraîneurs, des cadres du sport, et cetera, il y a un véritable risque de reproduction, et parfois même inconscient." L'an dernier, 52 signalements ont été reçus par la Fédération, qui ont donné lieu à 12 commissions de disciplines avec, finalement, trois radiations.

Un ancien judoka alerte sur des violences lors des entraînements - Reportage d'Emma Sarango

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