Ce que l'on sait de l'affaire Margaux Pinot, après la relaxe controversée du compagnon de la judokate

Depuis l'annonce de la relaxe du compagnon de la judokate, l'affaire a beaucoup fait parler.

Article rédigé par
Charles Fandre - franceinfo: sport
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.
Margaux Pinot lors de la conférence de presse qu'elle a donné le jeudi 2 décembre 2021.  (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

La judokate française médaillée d'or en judo par équipes aux Jeux olympiques de Tokyo, Margaux Pinot, a déposé plainte contre son compagnon et entraîneur Alain Schmitt pour l'avoir frappée violement dans la nuit du vendredi 26 au 27 novembre. Jugé mardi en comparution immédiate, l'homme a été relaxé, mais le parquet a fait appel. La judokate a aussitôt dénoncé la décision de justice, alors que son compagnon nie les accusations dont il fait l'objet. Retour sur l'affaire.

Le rappel des faits

Dans la nuit du vendredi 26 au samedi 27 novembre, une dispute éclate entre Margaux Pinot et Alain Schmitt à leur domicile du Blanc-Mesnil (Seine-Saint-Denis). L'homme, son compagnon et également son entraîneur, devait prendre l'avion le lendemain pour Israël, où il devait prendre en charge l'équipe féminine israëlienne de judo. La situation dégénère et la jeune femme de 27 ans trouve refuge chez des voisins qui appellent les forces de l'ordre. Vers 2h30, Alain Schmitt est arrêté par les policiers. Margaux Pinot l'accuse de l'avoir frappée, de lui avoir tiré les cheveux et d'avoir essayé de l'étrangler. Elle souffre d'ecchymoses et d'une fracture au nez. Elle est emmenée à l'hôpital Avicenne de Bobigny pour y être soignée, et se voit prescrire dix jours d'Interruption temporaire de travail (ITT).

Alain Schmitt relaxé en comparution immédiate, le parquet fait appel

Jugé en comparution immédiate pour "violences conjugales" lors d'une audience qui s'est achevée dans la nuit du mardi 30 novembre au mercredi 1er décembre, Alain Schmitt est relaxé par le tribunal correctionnel de Bobigny. Ce dernier estime "n'avoir pas assez de preuves de sa culpabilité". Au cours du procès, le ministère public avait requis un an de prison avec sursis à l'encontre de l'ex-membre de l'équipe de France de judo, dénonçant "des violences très graves, même pour un primo-délinquant". 

A l'audience, l'ex-entraîneur de l'Etoile Sportive du Blanc-Mesnil nie "à 100%" les faits qui lui sont reprochés. Démentant avoir porté le moindre coup à sa compagne, il décrit l'altercation comme une "tornade", déclenchée par la jeune femme. "C'était pas un combat de judo, c'était des coups de poing", objecte la judokate à la barre. Le mercredi 1er décembre, en début d'après-midi, le parquet de Bobigny fait appel de cette décision. 

Deux versions qui s'opposent

Mercredi 1er décembre, Margaux Pinot s'exprime par le biais des réseaux sociaux, en postant une photo de son visage tuméfié. La médaillée d'or à Tokyo avec l'équipe de France est outrée par la décision du tribunal. "Que vaut leur défense calomnieuse face à mes blessures, et le sang jonchant le sol de mon appartement ? Que manquait-il ? La mort au bout, peut-être ? C'est probablement le judo qui m'a sauvé. Et mes pensées sont aussi pour celles qui ne peuvent pas en dire autant."

Jeudi 2 décembre, en début d'après-midi, Alain Schmitt donne une conférence de presse, encadré par ses deux avocats. Il affirme que sa compagne "ment" et dénonce un "lynchage médiatique". Le visage marqué, il raconte avoir rejoint Margaux Pinot après un pot de départ, lui qui était censé partir dimanche 28 novembre en Israël pour y devenir entraîneur de l'équipe féminine. "Elle s’est jetée sur moi, m’a agrippé par le col. J’ai reculé, elle m’a projeté dans le montant de la porte, je me suis cogné la tête", relate-t-il. "Je me relève un peu sonné. Elle m’a empoigné et c’est parti dans tous les sens. On s’est cogné dans les murs, dans un radiateur, une porte. Elle m’a fait tomber sur elle, dans une autre chambre [...]. Quand j’ai voulu ouvrir la porte, elle saute devant, glisse avec les pieds par terre, elle a la tête dans la porte, puis, elle rampe dehors, elle crie au secours, c’était terrifiant." Il assure n'avoir "jamais frappé une femme de [sa] vie"

Alain Schmitt lors de la conférence de presse qu'il a donné en compagnie de son avocat le 2 décembre 2021 à Paris. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Sur le message qu'elle avait posté sur les réseaux sociaux, Margaux Pinot avait présenté une version bien différente : "J'ai été insultée, rouée de coups de poings, ma tête a été frappée au sol à plusieurs reprises. Et finalement étranglée." La championne d'Europe 2019 et 2020 confirme son récit en conférence de presse quelques heures après celle de son entraîneur. "Il ment, il continue de me faire passer pour une femme hystérique", déclare-t-elle en présence de son avocat. "Il s'est mis à califourchon sur moi, il a commencé à me mettre des coups de poings, droite, gauche... Je ne me suis même pas défendue pour éviter les coups, je lui disais 'Alain, arrête, arrête'. Je me suis dit 'tu dois te dégager de lui, sinon t'es morte'", raconte-t-elle, avant d'ajouter : "J'ai ouvert la porte, j'ai couru. On est arrivés dans le couloir. Il m'a retenue une dernière fois, j'ai sprinté en criant au secours, j'ai demandé de l'aide. Les voisins m'ont ouvert la porte. J'ai cru que j'allais y laisser ma vie. Ses coups ont été nombreux, je n'avais jamais fait face à une violence comme ça."

Du monde du sport à celui de la politique, de très nombreuses réactions

Suite aux messages de Margaux Pinot sur les réseaux sociaux, de nombreuses personnalités lui ont apporté leur soutien. Clarisse Agbégnénou, sa coéquipière en équipe de France, s'est dit "choquée" mercredi par la décision de la justice.

Le triple champion olympique Teddy Riner s'est également indigné sur Twitter : "Nous sommes tous profondément touchés par ce que vient de subir notre coéquipière Margaux Pinot et nous lui apportons tout notre soutien. Que faut-il faire pour que les victimes soient entendues ? Que les agresseurs soient reconnus coupables ? [...]  Ce combat doit devenir une priorité, les victimes doivent être mieux accompagnées et protégées, c'est une question de vie ou de mort". Le président de la Fédération française de judo a confié sa surprise : "Je n’ai pas tout le dossier, mais quand on voit son état, j’ai du mal à comprendre que quelqu’un puisse dire : absence de preuves". De son côté, la Fédération israélienne de judo a annoncé avoir suspendu tout contact avec Alain Schmitt après la décision du tribunal.

Le monde politique s'est également emparé de l'affaire. Jean-Luc Mélenchon et Anne Hidalgo, tous deux candidats à la prochaine élection présidentielle, ont réagi sur le réseau social. "Information révoltante. Comparution immédiate et relaxe pour le violent. Que fallait-il de plus ? Qu'elle meure ?", s'est insurgé le député de la France Insoumise, alors que la maire de Paris a indiqué apporter "tout [son] soutien à Margaux Pinot."

La ministre déléguée aux Sports, Roxana Maracineanu, a déclaré jeudi 2 décembre que "vu la procédure qui est en cours et l'indépendance de la justice, dans ma position de ministre je ne peux pas m'exprimer". Elle a toutefois nuancé ses propos en se plaçant "en soutien de Margaux (Pinot) qui, pour [elle], est clairement victime dans ce qui s'est passé."

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