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Johan Djourou, licencié par le FC Sion pour avoir refusé le passage au chômage partiel : "Préserver mon honneur et ma réputation"

Licencié le 19 mars dernier par son club du FC Sion (D1 suisse) pour avoir refusé d'être placé en chômage partiel lors de cette crise liée à l'épidémie de coronavirus, Johan Djourou est dorénavant libre de tout contrat. Visé par de nombreuses critiques dans les médias et sur les réseaux sociaux, comme ses huit autres coéquipiers virés pour la même raison par le club helvète, l'ancien défenseur d'Arsenal et international suisse dénonce aujourd'hui des pratiques immorales qui auraient justifié ces licenciements.
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France Télévisions
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 (FABRICE COFFRINI / AFP)

Plus d'une semaine après la décision du FC Sion de vous licencier, dans quel état d'esprit vous trouvez-vous ?
Johan Djourou :
"Je suis déçu et choqué par ce qui a été écrit sur les joueurs, et leur supposé comportement, qui n'est pas vrai. Je suis quelqu'un qui prend beaucoup de recul et aujourd'hui, il y a une grande part d'incompréhension par rapport à la décision du club. J'aurais voulu comprendre, qu'on m'appelle, qu'on m'explique le pourquoi du comment."

Pourquoi cette incompréhension ? Comment s'est passé le licenciement ?
J.D :
"Nous avons reçu un message sur WhatsApp le mardi 17 mars à 17h, pour nous faire parvenir une lettre nous demandant d'accepter ou non de passer en chômage partiel. Et nous devions y répondre le lendemain à 12h, sans avoir plus d'explication. Même le capitaine (Xavier Kouassi, ndlr) n'a pas eu plus de précisions. Dans un club, pour que cela marche bien, le respect et le contact humain sont primordiaux. Et surtout quand une décision est prise par rapport à une demande de chômage partiel, et que nous avons été exposés à des risques liés au virus pendant longtemps puisque nous continuions les entraînements en groupe."

Mais pourquoi avoir refusé le principe du chômage partiel, que beaucoup de clubs ont mis en place ?
J.D. :
"Nous étions tous dans le flou et nous ne savions pas ce que ce papier impliquait. Nous voulions plus de précisions, des explications, un coup de téléphone du président ou du directeur sportif. Au moment de l'envoi de la lettre, les CDD n'étaient pas inclus dans la prise en charge du chômage partiel (depuis, le gouvernement suisse a assuré qu'ils le seraient, ndlr). Il y avait des termes flous dans la lettre, qui précisait que "lorsque la reprise des activités complètes auraient lieu", on quitterait le chômage partiel. Mais cela peut vouloir tout et rien dire. Il était normal de vouloir plus de précisions de la part d'un club pour lequel on se bat sur le terrain, quand on reçoit une lettre avec un délai fixé pour le lendemain. Ce n'est pas une question d'argent, mais une question de principes."

"Plein de choses ne sont pas acceptables dans cette histoire."

Vous n'avez été que neuf au sein de l'équipe à questionner le bien-fondé de cette demande et donc à être licencié ?
J.D. :
"Non et c'est important de le souligner : tous les joueurs de l'effectif ont refusé au début. Nous en avons tous discuté sur le groupe WhatsApp de l'équipe et tout le monde était d'accord pour refuser."

Pourquoi vous, et huit autre de vos coéquipiers, avez-vous été les seuls à être visés par la procédure de licenciement ?
J.D. :
"Je pense que certains salaires étaient élevés et que le club a voulu faire des économies en ayant peur des répercussions liées à cette crise. Il faut aussi expliquer qu'à partir de dix joueurs virés, c'est un licenciement collectif, qui implique d'autres choses. Pour moi, je pense que c'est une histoire de solidarité, j'ai fait partie de ce groupe qui a dit non. Alors que je ne fais pas partie des gros salaires, puisque je suis vraiment venu pour jouer, pour me remettre en forme (Johan Djourou a été victime d'une grave blessure au genou qui l'a éloigné des terrains pendant près d'un an, ndlr). D'ailleurs, lors des négociations pour ma signature à Sion, j'ai dit au club, "Payez-moi aux points gagnés". J'ai fait partie de ce groupe parce que je considère que plein de choses ne sont pas acceptables dans cette histoire."

Que reprochez-vous au FC Sion aujourd'hui ?
J.D. :
"C'est le tort moral que je reproche, qui est très important. Pas que pour moi mais pour mes coéquipiers aussi. Pour moi, c'est inacceptable et j'en fais une affaire de principes."

"J'ai été touché, ma famille aussi, par ces messages nous traitant de mercenaires."

Sur les réseaux sociaux, vous avez été victime, comme vos coéquipiers, de nombreuses insultes vous qualifiant notamment d'égoïste. Comment avez-vous pris ces messages ?
J.D. :
"On a pu lire des articles dans la presse et sur les réseaux sociaux qui ternissent mon image en tant que footballeur et surtout en tant qu'homme. J'ai été touché, ma famille aussi, par ces messages nous traitant de mercenaires. J'ai un honneur et une réputation que j'ai pu faire évoluer sur plusieurs années. Se faire ternir de la sorte, c'est inacceptable et c'est ce que je reproche aujourd'hui le plus au FC Sion. Ce n'est pas ce que je représente et ça m'a grandement touché. D'ailleurs, j'ai reçu pas mal de messages d'amis choqués par ce qui m'était reproché car ils savent que ce n'est pas mon genre."

Qu'avez-vous prévu pour l'après-confinement ?
J.D. :
"Pour l'instant, j'essaie de me maintenir en forme. Mon genou répond très bien et j'espère pouvoir retrouver un club rapidement. Ce serait malheureux que tout cette histoire puisse m'en empêcher ou ternir ma réputation pour mon après-carrière. C'est pourquoi je dois préserver mon honneur et ma réputation. Il faut que je me défende, c'est une question de principes."

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