Maël Ambonguilat, le nageur gabonais pour qui les JO ont duré 27 secondes

Il a 18 ans, vit entre l'Islande, le Gabon et la France, et n'a pas créé la surprise à Rio. Mais il restera le premier nageur gabonais de l'histoire des Jeux olympiques.

Le nageur gabonais Maël Ambonguilat, dans la piscine d\'entraînement des Jeux olympiques de Rio (Brésil), le 13 août 2016.
Le nageur gabonais Maël Ambonguilat, dans la piscine d'entraînement des Jeux olympiques de Rio (Brésil), le 13 août 2016. (PIERRE GODON / FRANCETV INFO)

Son nom vient d'apparaître furtivement sur les écrans de la piscine olympique de Rio. Il est 13h02 le jeudi 11 août, et Maël Ambonguilat a rendez-vous avec l'histoire. L'athlète est le premier nageur gabonais à participer aux Jeux olympiques. Il va s'élancer dans la toute première série du 50 m nage libre. Les meilleurs de la discipline nagent la distance en moins de 22 secondes. 

Maël, lui, termine troisième de sa série, face à des nageurs des Seychelles, du Malawi, d'Haïti ou encore d'Albanie, tous invités à Rio au nom de "l'universalité" des Jeux. Il bat son record personnel de quelques centièmes, mais cela ne suffit pas pour qu'il soit qualifié pour le tour suivant. Il salue le public clairsemé qui applaudit poliment, et quitte la piscine. Une bénévole a déjà ramassé ses affaires pour lui rendre dans le vestiaire. Ses Jeux olympiques sont finis. Ils ont duré 27 secondes et 21 centièmes. Mais pour Maël, l'essentiel n'est pas là. 

En Islande, des entraînements intensifs

Arriver au Jeux olympiques est déjà un formidable exploit pour le jeune homme de 18 ans. Secret de sa réussite : s'être entraîné férocement pendant un an non pas au Gabon, mais en Islande. Une place dans le groupe de l'entraîneur français Jacky Pellerin, ex-coach de Franck Esposito, médaillé de bronze à Barcelone en 1992, dégottée grâce aux connexions islandaises de sa mère, originaire de l'île aux volcans (le père de Maël étant, lui, franco-gabonais). 

Maël avait prévu de mener des études de géologie en Islande, en parallèle de ses entraînements. Mais au vu de la difficulté de la langue locale, les objectifs ont été revus à la baisse, avec des cours d'islandais en plus des quatre à cinq heures intensives de natation quotidienne. "Après une première année dans des conditions professionnelles, j'ai réussi à améliorer mon record de deux secondes", s'enthousiasme le champion en herbe, qui porte le polo jaune canari de l'équipe nationale même hors compétition.

Ce sont peut-être les deux secondes les plus faciles, mais j'ai dû assimiler plein de choses, comme la diététique, la charge d'entraînement, l'éloignement de ma famille... Je me suis fixé pour objectif d'atteindre la barre des 25 secondes à la fin de l'année prochaine.Maël Ambonguilat, nageur gabonaisà francetv info

Au Gabon, le système D

S'il était resté en Afrique, Maël n'aurait sans doute pas autant progressé. La faute à des infrastructures encore insuffisantes. Lui et son coach ne disposent que d'une piscine d'entraînement de 20 mètres de long, quand les bassins olympiques en font 50. Il paraît qu'il existe un bassin XXL quelque part au Gabon, mais ni lui ni son entraîneur ne l'ont jamais vu. "On s'entraîne aussi dans des piscines ouvertes au public", soupire le jeune homme tout en muscles, mais qui ne mesure que 1,75 m, loin des 2 m des champions comme Florent Manaudou ou Nathan Adrian.

La fédération gabonaise de natation a l'excuse d'être toute jeune – sa création date de 2014 – et fortement dépourvue de moyens, dans un pays qui n'a d'yeux que pour son équipe de foot. Le premier médaillé olympique de l'histoire du Gabon, Anthony Obame, champion de taekwondo, est un relatif inconnu "alors qu'il devrait être une star comme Teddy Riner en France", sourit Maël.

A Rio, "un peu plus de pression qu'aux championnats du Gabon !"

Maël Ambonguilat l'assure : à Rio, jeudi, ses jambes n'ont pas tremblé au moment de grimper sur le plongeoir de la piscine pour sa série. "Je n'ai pas ressenti la pression. Enfin pas trop, sourit le jeune Gabonais, assis devant la piscine d'entraînement située près du village olympique. J'avais vu plusieurs finales pour m'imprégner de l'ambiance. A un moment donné, j'ai ressenti un déclic. Je me suis dit : 'Deux jours plus tard, tu seras à leur place.' Bon, c'est vrai, j'avais un peu plus de pression qu'aux championnats du Gabon." 

Hors de question, notamment, d'apparaître ridicule comme Eric "The Eel" Moussambani, le nageur équato-guinéen entré dans la légende pour avoir quasiment manqué de se noyer sur un 100 m nage libre disputé seul, ses deux concurrents ayant été disqualifiés pour faux départ, aux Jeux de Sydney en 2000. "Les nageurs africains sont tous complexés à cause de lui, lâche Maël en levant les yeux au ciel. Dès qu'on parle de natation en Afrique, son nom arrive dans la conversation." Pour la petite histoire, "The Eel" est tout de même devenu directeur technique national de l'équipe guinéenne de natation.

Le respect, Maël, lui, l'a gagné auprès de grands noms du sprint. Il a effectué son stage pré-JO en compagnie, entre autres, du nageur ukrainien Andreï Govorov, qui a décroché le meilleur temps des demi-finales, avant d'échouer à la cinquième place de la finale. "Je suis allé le voir après sa finale, je lui ai dit que j'étais déçu pour lui. Il m'a salué, comme on le fait entre compétiteurs, avec respect." Peu importe que Maël lui rende encore cinq secondes sur la distance reine.

"Je suis le mec qui a failli échanger un pin's avec Kevin Durant"

N'allez toutefois pas lui dire qu'il représente davantage les valeurs de l'olympisme que les stars de la NBA de l'équipe de basket américaine, calfeutrées dans leur yacht et leur bus blindé entre deux rencontres. "Kevin Durant est venu vers moi lors de la cérémonie d'ouverture. Kevin Durant, quoi ! Il m'a demandé un pin's. Je lui ai donné, il a mis sa main à la poche pour m'en donner un... Et à ce moment-là, il s'est fait happer par une foule de gens qui voulaient faire une photo avec lui. Je suis le mec qui a failli échanger un pin's avec Kevin Durant", se marre le jeune athlète.

Son épreuve terminée, Maël a commencé à visiter la ville, Copacabana, le Corcovado, et à préparer ses vacances en Bretagne (où vit sa grand-mère française) avant la rentrée scolaire... en Islande. Mais avant tout, il a sacrifié au rituel du gueuleton au McDonald's du village olympique. "Quinze jours qu'on tournait autour, je n'en pouvais plus !"