Le fox-trot ou le bridge aux JO, c'est pour bientôt ?

Maintenant que les organisateurs des Jeux olympiques ne sont plus limités en nombre de sports, on peut imaginer des petits nouveaux insolites.

La cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Sydney (Australie), le 1er octobre 2000.
La cérémonie de clôture des Jeux olympiques de Sydney (Australie), le 1er octobre 2000. (REUTERS)

C'est peut-être un détail pour vous, mais pour eux, ça veut dire beaucoup. Lundi 8 décembre, le Comité international olympique (CIO) a supprimé le quota de 35 sports maximum aux JO, été comme hiver. Fini les psychodrames comme pour la lutte, menacée d'exclusion l'an dernier. Tous les espoirs sont permis pour les petites disciplines qui frappent depuis des années à la porte des Jeux olympiques, et à qui on répondait : "C'est complet !" Y compris pour les plus insolites. Rodez vos arguments.

La danse sportive

Par "danse sportive", on entend un ensemble d'une douzaine de danses de salon (fox-trot, valse, rumba, cha-cha-cha…). Grosso modo, le pain quotidien de "Danse avec les stars". Le succès mondial de l'émission a grandement contribué à faire remonter le dossier de la danse sportive sur le haut de la pile du CIO. "Il y a dix ans, les seules personnes qui suivaient les compétitions de danse étaient des femmes de plus de 50 ans, remarquait le président de la fédération américaine de danse dans le Wall Street Journal (en anglais), en 2007. Ça a bien changé depuis."

L'argument massue pour devenir un sport olympique La danse sportive, reconnue par le CIO en 1997, fait partie du programme des Jeux mondiaux, les JO des sports pas encore reconnus… mais organisés sous le patronage du CIO. Lors de la cérémonie de clôture des Jeux de Sydney (2000), les spectateurs avaient pu voir une démonstration de samba. Les centaines de danseurs avaient été malheureusement éclipsés par des poupées gonflables géantes peu élégantes… 

Que répondre à "Mais c'est pas un vrai sport !" Des chercheurs de l'université de Fribourg-en-Brisgau, en Allemagne, ont démontré que deux minutes de danse de salon équivalent à un 800 mètres. "Et la danseuse fait cet effort à l'envers, avec des talons hauts", insiste Peter Pover, le dirigeant de la fédération américaine. Une autre étude du British Journal of Sports Medicine (en anglais) montre qu'au cours des compétitions, les danseurs atteignent 80% de leur consommation maximale d'oxygène.

Le détail historique pour enfoncer le clou Les années 1980 ont vu arriver la natation synchronisée et la GRS dans le programme olympique. Quelques années plus tôt, la danse sur glace avait débarqué aux Jeux d'hiver. Malgré les scandales - pour la danse sur glace - et les critiques sur la subjectivité des juges, unique critère pour départager les concurrents, ces épreuves sont désormais solidement installées.

Les échecs

La fédération internationale d'échecs est toujours en lice pour devenir un sport olympique. Quel dommage que l'âge d'or de la compétition soit derrière nous ! Les matchs entre Soviétiques et Américains, le melon surdimensionné de Bobby Fischer, qui aimait par-dessus tout "détruire l'ego de ses adversaires", et les combines du KGB qui installait des hypnotiseurs dans le public pour déconcentrer les capitalistes/impérialistes occidentaux…

L'argument massue pour devenir un sport olympique "Le curling, c'est comme des échecs sur la glace", estime Kirsan Ilioumjinov, président de la fédération internationale des échecs, cité par le New York Times (en anglais). Si le curling est un sport olympique incontesté, pourquoi pas les échecs ? Ses partisans réfléchissent à créer une catégorie de jeux de réflexion aux JO. Ce qui ne serait qu'un retour aux sources : "Dans les Jeux antiques, on valorisait aussi la culture et la réflexion. Il y avait des compétitions de musique, de théâtre, de poésie…" souligne Peter Rajcsany, de la fédération internationale, dans Time Magazine (en anglais).

Que répondre à "Mais c'est pas un vrai sport !" Pour se conformer aux protocoles du CIO, les contrôles antidopage sont devenus obligatoires pour les grandes compétitions. Et même la réalisation télévisée s'est mise au diapason (ne cherchez pas le son, les concurrents s'affrontent dans un bocal de verre insonorisé).

Le détail historique pour enfoncer le clou Les échecs ont déjà failli devenir sport olympique… lors des Jeux de Paris, en 1924. A l'époque, l'idée avait été abandonnée faute de pouvoir distinguer amateurs et professionnels - le professionnalisme n'est devenu soluble dans l'olympisme qu'après la chute de l'URSS, en 1991. 

Le bridge

Le bridge, c'est du sérieux. Sport de démonstration aux Jeux d'hiver de Salt Lake City en 2002, ce jeu de cartes veut devenir le premier sport d'hiver qui ne se dispute ni sur neige, ni sur glace.

L'argument massue pour devenir un sport olympique Les joueurs ont une condition physique de sportifs, loin des clichés sur les mamies qui tapent le carton en buvant du thé. La joueuse professionnelle Heather Dhondy témoigne dans The Independent (en anglais)"Un joueur va devoir maintenir son niveau de concentration pendant neuf heures, tous les jours, pendant deux semaines. Pour y arriver, une excellente condition physique est indispensable. Je joue au tennis, je nage, je marche. L'époque où les joueurs de bridge jouaient dans une pièce enfumée, un verre de whisky à la main, est révolue, si elle a jamais existé. Les joueurs sont des athlètes."

Que répondre à "Mais c'est pas un vrai sport !" La réponse de José Damiani, ancien joueur professionnel, dans le Daily Telegraph (en anglais) : "On nous rétorque que le bridge n'est pas un sport. Mais qu'est-ce que l'exercice physique si ce n'est le mouvement coordonné des muscles ? Le cerveau est le muscle qui fait bouger tous les autres. Chaque sport nécessite réflexion, tactique et stratégie. Le nôtre en demande simplement plus."

Le détail historique pour enfoncer le clou Une concurrente américaine s'est vu refuser une médaille aux championnats du monde pour s'être opposée à un contrôle antidopage, en 2002, raconte le Daily Telegraph (en anglais). Faute d'étude sérieuse sur les produits qui pourraient significativement améliorer les performances des joueurs, la fédération s'appuyait sur la liste des produits interdits fixée par le CIO.

L'idée d'un noyau de sports fixe et d'une rotation pour des disciplines plus marginales est dans les cartons depuis l'an 2000, comme l'atteste ce texte du Journal of Olympic History (PDF en anglais). On pourrait imaginer introduire un jeu de réflexion (le jeu de go ?) pour les JO de Tokyo en 2020 et, pourquoi pas, le cha-cha-cha pour d'éventuels Jeux à Paris, en 2024.