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Pourquoi le ski de fond est le sport le plus crevant des JO

La ligne d'arrivée du ski de fond ressemble à un peloton d'exécution. Pourquoi les athlètes s'écroulent-ils de fatigue ? Un ancien entraîneur nous explique.

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Propos recueillis par - Ariane Nicolas
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
La Norvégienne Therese Johaug tente de récupérer après l'épreuve de ski de fond sur 10 km dames à Sotchi (Russie), le 13 février 2014. (SERGEI KARPUKHIN / REUTERS)

L'arrivée des épreuves de ski de fond à Sotchi (Russie) a souvent un air de champ de bataille : une ribambelle de corps étalés par terre, inertes. Et pour cause, le ski de fond est le sport qui grille le plus de calories, toutes disciplines confondues. D'aucun disent qu'il s'agit du sport le plus difficile au monde.

Comment expliquer une telle souffrance physique, chez des athlètes de haut niveau qui s'entraînent pourtant tout au long de l'année ? Pour le comprendre, nous avons interrogé Christian Frossard, ancien entraîneur de ski de fond, actuellement en charge de l'événementiel à la Fédération française de ski. 

Comment expliquer cette image des fondeurs qui s'écroulent sur la ligne d'arrivée d'une course ?

Christian Frossard : Le ski de fond est un sport extrêmement éprouvant. On parcourt au moins 5 km chez les dames et 10 km chez les hommes en tentant d'aller le plus vite possible. Certaines épreuves sont même très longues, comme le 50 km, où l'on skie intensément pendant plus de 2 heures. Le ski de fond est le sport d'endurance par excellence : il faut aller au bout de soi-même. Les conditions météo peuvent rendre la tâche encore plus difficile. Si la neige est trop molle, comme à Sotchi, les skieurs sont ralentis et doivent encore plus batailler. Le milieu naturel dans lequel on pratique le ski de fond nous met également à l'épreuve. On est confronté à des descentes et des montées, ce qui nécessite de s'adapter physiquement. Et puis, il y a le dernier kilomètre, où les athlètes tentent de gagner quelques secondes. C'est là que la différence peut se faire. Les skieurs sont alors au maximum de leurs possibilités physiques.

Le cœur est donc très sollicité...

Oui, pour être un bon skieur de fond, il faut avoir gros cœur, gros poumon ! Le cœur peut battre jusqu'à 180 ou 190 pulsations par minute. Sa ventilation est portée au maximum. Il existe une formule, chez les sportifs, qui dit que la fréquence cardiaque maximale correspond à 220 pulsations par minute moins l'âge du participant. Comme souvent, on trouve dans les rangs des skieurs des gens qui pratiquent cette activité depuis très jeune et qui ont développé leurs capacités cardiaques et pulmonaires. 

Y a-t-il des parties du corps qui sont moins éprouvées que d'autres ?

Non, c'est vraiment un sport complet. Ce n'était pas le cas il y a une vingtaine d'années, où l'on insistait davantage sur le travail des jambes. Avec l'arrivée des techniques de patinage [les skis du fondeur ne sont plus parallèles mais s'écartent vers l'extérieur] et la préparation des pistes, de plus en plus performantes, la vitesse a augmenté. Le travail du train supérieur est devenu indispensable. Comme l'aviron, le haut et le bas du corps sont sollicités à niveau égal. Et comme au VTT, l'athlète doit s'adapter au terrain. Aucune partie du corps n'est au repos. 

Même les bras ?

Oui, les bras et les bâtons sont très importants. Quand on débute, on s'en sert surtout pour s'équilibrer, puis ils deviennent des éléments de transmission de la propulsion : avec le buste en avant, on peut pousser sur les bâtons pour gagner de la vitesse. Tout le bras est en action : coudes, poings et même les doigts. Le mouvement ressemble à un fouetté qui permet d'augmenter la propulsion.

Le planté du bâton... du fondeur norvégien Chris Andre, le 14 février 2014 à Sotchi (Russie). (KAI PFAFFENBACH / REUTERS)

Est-il quand même possible de reprendre son souffle, pendant la course ?

On peut récupérer pendant les descentes, mais cela dépasse rarement 30 secondes. Et même-là, il faut continuer de lutter, notamment dans les virages, qui requièrent vigilance et technicité. L'entraînement du sportif consiste donc à apprendre au corps à récupérer très rapidement .

A-t-on le droit de grignoter ou de se rafraîchir pendant l'épreuve ?

Dans les compétitions olympiques, les athlètes bénéficient généralement d'un ravitaillement solide à l'épreuve du 50 km. Le reste du temps, si la course dépasse 45 minutes, ils se ravitaillent avec des solutions glucosées. Tout cela est très réglementé. Il existe des zones dédiées avec des personnes du staff sur le bord des pistes autorisées à fournir les athlètes.

Dans quelle mesure la technique a-t-elle un impact sur le physique ?

Depuis quelques années, les chaussures se sont nettement améliorées. On dispose de systèmes très perfectionnés qui améliorent le contact avec son ski. Ce ski fait 44 mm de largeur, ce qui permet d'être plus rapide, puisque la surface de frottement est réduite, mais rend aussi le skieur moins stable. L'autre aspect technique concerne le fartage, c'est-à-dire le revêtement du ski. Il en existe deux types, un pour faire glisser et un autre, utilisé en ski de fond classique [skis parallèles], pour accrocher la neige. Cela permet au ski de s'arrêter un bref instant, et au skieur de lui redonner de l'élan. Le fart est comme une cire plus ou moins molle, que l'on adapte en fonction de la qualité de la neige. Si vous avez un fartage qui est raté, vous serez obligé de forcer davantage, ou vous serez gêné parce que le ski reculera sans arrêt. 

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