Total écarté des JO 2024 : "On ne peut pas dire à la fois qu'il y a urgence climatique" et faire de "la publicité pour une des entreprises les plus polluantes du monde"

David Belliard, président du groupe EELV au Conseil de Paris, juge "parfaitement absurde" la position d'Emmanuel Macron qui regrette le désengagement de Total des JO 2024.

David Belliard, tête de liste des écologistes pour les municipales à Paris en 2020, jeudi 27 juin 2019 sur franceinfo.
David Belliard, tête de liste des écologistes pour les municipales à Paris en 2020, jeudi 27 juin 2019 sur franceinfo. (FRANCEINFO / RADIOFRANCE)

"Je ne donne de leçon à personne, je suis cohérent entre ce que je dis et ce que je fais. Emmanuel Macron parle beaucoup d'écologie mais il en fait finalement peu", réagit dimanche 7 juillet sur Franceinfo David Belliard, président du groupe EELV au Conseil de Paris. Lors d'une interview exclusive à franceinfo avant la finale de la Coupe du monde féminine de football, Emmanuel Macron a déploré le désengagement de Total pour les JO 2024, après un désaccord avec la maire de Paris, Anne Hidalgo. "Ce n'est pas une bonne idée", a estimé le président, ajoutant que "tous les financeurs privés sont les bienvenus".

franceinfo : Ça vous fait bondir ce que dit le président de la République sur Total ?

David Belliard : Bah oui, c'est parfaitement absurde ! On ne peut pas dire à la fois qu'il y a une urgence climatique, écologique, qu'il faut réduire par quatre nos émissions de CO2, et puis de l'autre côté ouvrir en grand le sponsoring et donc la publicité pour une des entreprises les plus polluantes du monde. Il faut avoir de la cohérence. On ne peut pas faire du "en même temps" en matière d'écologie. On ne peut pas montrer les muscles au G20, au Japon, en disant "Je ne signerai pas un document s'il ne répond pas à des exigences écologiques" et de l'autre, ouvrir la porte à Total pour qu'il puisse faire de la publicité lors d'un événement international comme les Jeux Olympiques. Les politiques de sponsoring qui sont basées uniquement sur une ou deux multinationales, souvent polluantes, pourraient tout à fait se transformer en une politique de visibilité d'autres types d'entreprises engagées dans l'économie sociale et solidaire.

Avez-vous les moyens de vous opposer à l'arrivée de Total comme sponsor ?

C'est tout l'enjeu et la difficulté de ces Jeux Olympiques. C'est l'une des raisons pour lesquelles je m'étais particulièrement opposé à cet événement. Nous n'avons pas la main sur la politique de sponsoring. Le principe des Jeux Olympiques, c'est justement de trouver de l'argent en permettant à de grandes multinationales polluantes, de faire de la publicité pendant un événement d'envergure internationale. Nous n'avons pas la main, mais ce n'est pas pour cela qu'il ne faut rien faire. Il faut se mobiliser pour que ces JO ne soient pas un désastre écologique. Pour cela, il faut que Total ne puisse pas faire du sponsoring dans cet événement.

Emmanuel Macron dit : "Il faut aider Total à s'engager dans une politique de transition énergétique". Vous n'êtes pas d'accord avec cela ?

C'est à Total de nous aider à faire la transition écologique ! Est-ce qu'il y a besoin de lui offrir de la publicité ? Il y a une urgence écologique et elle implique la survie de notre modèle. Il faut agir. Total doit agir, changer son modèle économique. Ils ont les moyens. Durant des années, et encore aujourd'hui, on favorise ces grandes entreprises par des niches fiscales. Ils ont les moyens, ils doivent eux-mêmes changer et accompagner le changement de la société. Je ne vois pas pourquoi on leur ferait encore une fois le cadeau d'une visibilité commerciale pendant les JO.

Quand Emmanuel Macron dit "c'est plus facile d'écarter l'argent privé, en donnant des leçons de morale, que d'aller en trouver", vous vous sentez visé ?

C'est surtout plus facile de parler que d'agir, surtout quand on est chef de l'État et surtout en matière écologique. Moi je ne donne de leçon à personne, je fais de la politique. La politique, c'est d'être cohérent entre ce que l'on dit et ce que l'on fait. On essaie de le faire à Paris, en soutenant des politiques qui vont dans la direction d'une meilleure transition écologique. Ce que je constate au niveau gouvernemental, et notamment avec Emmanuel Macron, c'est qu'il parle beaucoup d'écologie mais qu'il en fait finalement peu. C'est une nouvelle fois la preuve d'une incohérence complète sur cette question.