Faire de la France une nation sportive, enfin un enjeu politique ?

A l’approche de l'élection présidentielle, la question de la place du sport dans la société pourrait se faire une place dans le débat public.

Article rédigé par
Maÿlice Lavorel - franceinfo: sport
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.
Emmanuel Macron face à Teddy Riner le 13 septembre à l'Elysée lors de la remise de la légion d'honneur au judoka.  (LUDOVIC MARIN / POOL)

"Le sport est sous exploité en tant que solution à nos problématiques de société". Le constat, implacable, est posé par la directrice de recherche Carole Gomez et l’entrepreneur David Blough, dans une tribune publiée sur le site internet du Monde, lundi 10 octobre. En interpellant les candidats à l’élection présidentielle sur leur vision de la place du sport dans la société de demain, les deux auteurs mettent par la même occasion la lumière sur les enjeux de l’utilisation du sport comme instrument de politique publique, et constatent des retards et des manques.

Alors que la campagne pour l’élection présidentielle est déjà lancée, le sport ne s’impose pour l’instant pas dans les débats et dans les discussions. Et quand le sujet s’est dernièrement fait une place sur le devant de la scène, c’était souvent par le prisme des résultats et de la performance. En témoigne le discours d’Emmanuel Macron aux médaillés de Tokyo, en forme de coup de pression avant les prochains Jeux à la maison. Ici, le sport s’arrête à ce qui fait briller.

Passer des paroles aux actes

Mais à trois ans de Paris 2024, et alors que la France doit accueillir d’autres événements d’ampleur d’ici là (finales de Coupe du monde de ski en 2022, Coupe du monde de rugby en 2023), Carole Gomez et David Blough appellent à un passage à l’acte. "Faire de la France une nation sportive", l’expression est revenue dans la bouche du chef de l’Etat cet été, l'idée était déjà présente dans son programme en 2017. Qu’est-ce que cela signifie, concrètement ?

"On veut juste une réponse sur ce que ça veut dire, faire de la France une nation sportive, quelle est la direction que l’on va prendre, s’il va y avoir un vrai débat, une vraie opposition, de conception, de vision des choses peut-être", plaide Carole Gomez à franceinfo: sport. Pour affirmer le sport comme instrument de politique publique, il faut un cap clair, une ligne de conduite à suivre. Qui doivent être définis à la tête de l’Etat. 

Anne Hidalgo, Thomas Bach et Eric Garcetti, le maire de Los Angeles, lors de l'attribution des Jeux 2024 et 2028, à Lima, le 13 septembre 2017. (FABRICE COFFRINI / AFP)

"Un président ou une présidente sera élu(e) en 2022, et cette personne va être la tête de proue de la France lors des prochains grands événements internationaux", poursuit a directrice de recherche. "Elle va devoir gérer des enjeux sportifs, prendre position sur un certain nombre de sujets, donner une vision, un cadre. Cela ne doit pas être pris à la légère", prévient-elle. D’autant que ces enjeux touchent à des aspects variés de la société.

Un défi de santé publique

Parmi eux, celui de la santé, un défi qui ne cesse de se renouveler. Dans une étude publiée en 2019, l’Organisation mondiale de la santé classait la France 119e pays mondial au niveau de l’activité physique des plus jeunes. Pour faire face, les politiques de sport-santé veulent mettre l’activité physique et sportive au service de la santé, face au défi de la sédentarisation et de l’inactivité. "La promotion des activités physiques, c'est la promotion de santé, c’est un enjeu essentiel aujourd’hui", assure Stéphane Diagana, ancien athlète et ambassadeur sport-santé.

Des actions ont été mises en place depuis le début du quinquennat, notamment l’établissement des maisons sport-santé, promesse de campagne d’Emmanuel Macron. "Ce sont des gens des hôpitaux qui envoient des personnes qui sortent de maladie, des gens sédentaires qui apprennent à faire une activité", explique la ministre déléguée des Sports Roxana Maracineanu à franceinfo: sport. "Dans ces endroits où il y a des éducateurs sportifs et des professionnels de santé, il est possible d’emmener les gens vers de l’activité physique régulière, voire de pérenniser cette habitude, et de les envoyer dans les clubs sportifs du territoire". 500 de ces maisons seront présentes sur le territoire d’ici la fin de l’année. Et d’autres initiatives sont en préparation, comme le développement du sport en entreprise, ou le remboursement du sport sur ordonnance, quand il y en a besoin pour la santé.

"Le premier point c'est de reconnaître l'importance du sport avec la santé et les trois dimensions, sociale, mentale et physique."

Stéphane Diagana

à franceinfo: sports

Mais pour les acteurs du milieu, le sport-santé reste trop peu développé en France. "Je pense qu'il y a un manque de prise de conscience de ces enjeux, qu'il n'y a pas assez de prise de hauteur", regrette Stéphane Diagana. "Il y a un enjeu pour Paris 2024, et pour la performance sportive, puisque moins vous avez de jeunes en bonne condition physique moins vous avez de chance d'avoir des champions derrière", assène-t-il.

Quel cap pour la diplomatie sportive française ?

Dans une autre facette, le sport sert aussi d’instrument de politique publique sur le plan de la diplomatie. Un aspect qui tient particulièrement à cœur à Carole Gomez, spécialisée en géopolitique du sport : "Sur le plan diplomatique et géopolitique, tout est ouvert. On attend des hommes et des femmes politiques qu’ils donnent des idées, des directives."

Pour Roxana Maracineanu, la diplomatie du sport passe par les instances européennes. La France va en effet présider l’Union européenne sur les six prochains mois, et le ministère des Sports a choisi de promouvoir le thème du sport et du développement durable, dans son sens le plus large : "On a commencé à œuvrer en ce sens avec des apprentissages dès le plus jeune âge, pour sensibiliser les enfants à leur sécurité, le savoir rouler, le savoir nager. Grâce aux sports collectifs, dans le cadre scolaire ou associatif, on apprend à vivre en équipe, respecter l’adversaire. Et enfin tous les sports de nature mettent en avant la préservation de l’environnement, de la qualité de l’air qu’on respire, quand on court, de la qualité de l’eau dans laquelle on nage."

Construire une nation sportive dans la durée

Dans ce nouveau paradigme autour du sport, le plus grand enjeu est peut-être celui de la durée. Faire en sorte que ces interrogations, que ces débats perdurent, de manière durable. Sur bon nombre des aspects du sport comme politique publique, agir maintenant permet de préparer au mieux l’avenir. "Le sport-santé, c'est un enjeu majeur de santé publique et même de durabilité de nos modèles sociaux et économiques", prévient Stéphane Diagana.

Pour Carole Gomez, le point de mire de Paris 2024 peut déjà servir de repère : "On peut considérer que c’était très sympa de bosser sur le sujet pendant dix ans, et que c’est de l’histoire ancienne, ou que tout ce qui a été acquis ne doit pas être perdu, doit être pérennisé, qu’on peut construire sur ces éléments." Roxana Maracineanu, elle, est convaincue qu’il faut positionner le sport comme un véritable objet de politique publique : "il faut que ce soit sur du qualitatif, sur autre chose que les résultats de nos sportifs de haut niveau, à d’autres moments qu’à l’approche d’élections, de campagnes. La politique du sport va au-delà de ça."

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