"En détruisant cette zone, on détruit de l'emploi local" : en Seine-Saint-Denis, des riverains expropriés en vue des JO 2024

Alors que les travaux de construction du village olympique en Seine-Saint-Denis n'ont pas encore démarré, des riverains se retrouvent en difficulté à cause du projet. Ils se réunissent dimanche pour évoquer leur situation.

L\'université Supmeca, située à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis.
L'université Supmeca, située à Saint-Ouen, en Seine-Saint-Denis. (LUDOVIC MARIN / AFP)

Pour elles, l'organisation des Jeux olympiques à Paris en 2024 a des conséquences négatives parfois très lourdes : une vingtaine d'associations organisent une réunion publique dimanche 10 mars à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis) pour parler des problèmes liés notamment à la construction du village olympique. Cet ouvrage de 51 hectares s'étendra sur les communes de Saint-Denis, Saint-Ouen et l'Ile Saint-Denis. Il pourra accueillir 23 000 personnes. Certains habitants font déjà les frais de cette construction alors que les travaux n'ont pas commencé.

Le restaurant et la résidence universitaire détruits

"Ça fait 70 ans qu'on est tranquille ici." Alain Rivière, directeur de l'école publique d'ingénieurs Supméca, est amer. Les 600 élèves de l'établissement situé à l'écart du centre-ville de Saint-Ouen vont voir les engins de chantier perturber leur quotidien. "Ce que prévoient les Jeux olympiques, c'est de nous exproprier au niveau d'une allée et ainsi couper le campus en deux parties", explique le directeur. Le projet comporte un premier problème : le restaurant universitaire de l'école d'ingénieurs est situé sur le terrain exproprié, en bord de Seine. "Entre 300 à 400 repas sont servis chaque jour ici." Le bâtiment va bientôt être détruit.

Solidéo, le maître d'oeuvre des Jeux olympiques, construira à la place un immeuble afin d'y loger 150 athlètes. À la fin de l'événément sportif, Supmeca pourra récupérer cet ouvrage pour y installer son restaurant universitaire. Cependant, le directeur ne sait pas où les étudiants pourront se restaurer pendant la durée des travaux et de la compétition. 

Les problèmes ne s'arrêtent pas là pour les étudiants de Supmeca. En janvier, la centaine d'entre eux qui logent dans la résidence universitaire de l'école ont appris sa destruction à la rentrée. "En septembre, on va tous devoir se reloger dans Saint-Ouen ou autour de Paris. On connaît les prix et l'immobilier donc c'est un peu la recherche et la panique", confie Agathe, en deuxième année. Là encore, Solidéo a prévu une solution : une nouvelle résidence sera construite au-dessus du restaurant universitaire. Malheureusement, la fin du chantier est prévue en 2024.

Une cinquantaine de PME contraintes à déménager

Les difficultés liées à la construction du village olympique ne concernent pas que cette école d'ingénieurs. Le poumon économique du quartier, la zone d'activités, est elle aussi fortement touchée puisqu'elle va être complètement détruite. Cela va toucher une cinquantaine de PME. "En détruisant cette zone, on détruit de l'emploi local. Il va donc falloir en recréer", affirme Cécile Gintrac, membre du Comité de vigilance JO 2024 à Saint-Denis. D'après elle, beaucoup de bureaux vont être construits pour rentabiliser cette zone foncière. "Détruire de l'emploi pour reconstruire des bureaux et ensuite essayer de faire de l'emploi local, ça nous paraît un peu compliqué", critique-t-elle. D'après Solidéo, 80% des emplois de la zone d'activité ont été relocalisés dans les communes environnantes.