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JO 2016 : les objectifs de la France à Rio sont-ils trop ambitieux ?

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France Télévisions
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Le nageur français Yannick Agnel, à Rio (Brésil), le 4 août 2016. (MICHAEL DALDER / REUTERS)

Le clan tricolore espère repartir du Brésil avec une quarantaine de médailles autour du cou. Problème : quelques-unes sont déjà passées sous le nez des Français.

Premier week-end de compétition morose pour le clan français aux Jeux olympiques de Rio. Une seule médaille (en argent), et de nombreuses contre-performances. Au même stade de la compétition à Londres, en 2012, les Français avaient déjà quatre médailles autour du cou, dont deux en or. De quoi se poser quelques questions sur l'ambition affichée par la France avant le début des Jeux.

Tout en admettant "qu'il est compliqué de faire un pronostic", le président du Comité olympique français, Denis Masseglia, a assuré avant le début de la compétition que la France visait une quarantaine de médailles, pour être classée entre la 5e et la 9e place. Le secrétaire d'Etat aux Sports, Thierry Braillard, a affirmé que la délégation française pouvait a minima atteindre son record de Pékin en 2008 (soit 41 médailles, dont 7 en or). Prédiction ou doux rêve ? Francetv info vous explique si cet objectif est raisonnable ou au contraire trop ambitieux.

>> JO 2016 : découvrez le tableau des médailles, pays par pays

A priori, elle ne battra pas le record de Pékin

Il y a tout juste vingt ans, la France était repartie avec 37 médailles (dont 15 en or) lors des Jeux olympiques d'été d'Atlanta (Etats-Unis), et terminait ainsi à la 5e place des nations au tableau des médailles (c'est le nombre de médailles d'or qui détermine le classement des nations, et non le nombre total de médailles). Depuis, même si la France a remporté 41 médailles au total aux Jeux de Pékin (dont 7 en or), elle n'a jamais battu son record d'Atlanta au classement des nations.

Interrogé par francetv info, le président du CNOSF, Denis Masseglia, se veut rassurant : "Nous avons vraiment cette année le potentiel d'atteindre le record de Pékin. Nous sommes la sixième plus grosse délégation avec 396 athlètes sélectionnés et un potentiel de médailles dans une vingtaine de disciplines, ce qui est bien plus qu'à Pékin ou à Londres".

En se basant sur les derniers résultats sportifs de la France lors des championnats internationaux, le président du Comité olympique français poursuit : "On peut gagner une ou deux médailles de plus qu'à Londres, notamment avec l'arrivée du rugby à 7 et du golf, ce qui fait la différence au tableau des nations." Si la génération 1996, avec le perchiste Jean Galfione et la double médaillée d'or Marie-José Pérec notamment, était "exceptionnelle", Denis Masseglia estime qu'"il suffit de peu de choses pour gagner une place au tableau des nations, une seconde volée, un millimètre atteint... Il faut que la chance nous sourie et que rien ne dérape, comme des blessures ou forfaits... Et puis les médailles d'or, ce n'est pas l'essentiel. Pour en avoir de l'or, il faut déjà avoir une médaille !"

Mais elle compte quelques favoris dans ses rangs

Le record des 41 médailles de Pékin semble malgré tout difficile à atteindre, parce que la France manque de densité dans certains sports : nous avons de bons athlètes, mais ils ne sont pas forcément nombreux ou présents partout.

Le record de médailles d'or (15, à Atlanta en 1996) pourrait en revanche être atteint ou dépassé grâce à la génération dorée. En judo, Teddy Riner survole la discipline chez les poids lourds depuis plusieurs années et s'avance en grand favori. En natation, Florent Manaudou se présente avec le statut de favori sur 50 m nage libre. En athlétisme, c'est évidemment vers le perchiste Renaud Lavillenie que seront tournés tous les regards. En escrime, l'équipe de France masculine d'épée est redevenue très compétitive.

Pour récolter l'or, la France peut aussi compter sur les sports collectifs. En handball, les "Experts" partent à la conquête d'un troisième titre olympique consécutif. L'équipe masculine de volley-ball vise l'or après avoir remporté la Ligue mondiale et le championnat d'Europe en 2015. En football, les filles pourraient aussi créer l'exploit, même si les Américaines (face à qui elles se sont inclinées en match de poule) sont les grandes favorites.

Ajoutez à cela le BMX, l'aviron, la voile, la nage en eau libre, le cyclisme sur piste, le VTT ou le pentathlon moderne : au total, avant le début de la compétition, le journal L'Equipe a calculé que les Français pouvaient ramener 26 médailles d'or. Depuis l'ouverture des Jeux, quatre se sont déjà envolées.

Les pronostics prédisent une quarantaine de médailles à la France

Tous les quatre ans, la banque américaine Goldman Sachs effectue son décompte (en anglais) du nombre de médailles que chaque pays devrait remporter. En agrégeant des indicateurs économiques, la taille de la population, les résultats atteints lors des précédentes olympiades, et l'effet "à domicile", la banque table cette année sur les Etats-Unis, la Chine puis le Royaume-Uni. 

Selon ce modèle, la France se situe à la 7e position, avec une projection de 11 médailles d'or, pour un total de 36 médailles.

Capture écran du document "The Olympics and economics 2016", de Goldman Sachs. (GOLDMAN SACHS)

Méthode différente, mais résultat quasi similaire : des chercheurs de l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (Insep) ont publié leur projection du nombre de médailles tricolores possibles à Rio. Celle-ci a été réalisée sur 303 épreuves. En compilant les résultats obtenus lors du dernier championnat du monde de chaque discipline, les scientifiques ont calculé que la France gagnerait 38 médailles, dont 14 en or et se retrouverait aussi à la 7e position. 

Certaines entreprises, comme la néerlandaise Gracenote Sports, spécialisée dans l'étude des données sportives, a analysé (en anglais) les résultats de toutes les compétitions sportives auxquelles les pays participant aux JO ont concouru (entre les Jeux) depuis plus de cent ans, et a donné sa propre analyse. Plus pessimiste, elle place la France à la 8e position, avec un total de 13 médailles d'or remportées.

Si ces projections ne sont en rien une prédiction, elles donnent une idée assez proche des résultats que pourraient obtenir chaque pays. Lors des Jeux de Londres en 2012, Goldman Sachs avait tablé sur 30 médailles d'or pour le Royaume-Uni et 65 médailles au total. A la fin de la compétition, le pays hôte avait bien remporté 65 médailles, dont 29 en or.

Il faudra récupérer les restes des Etats-Unis et de la Chine

Ce qui est certain, c'est qu'il n'y aura jamais assez de médailles pour tout le monde si les prétentions de chacun devaient se réaliser ! Seuls 306 titres sont à distribuer, autant de médailles d'argent et un peu plus de médailles de bronze.

Les Etats-Unis et la Chine raflent en général une bonne partie des récompenses. A Londres, en 2012, ces deux nations ont à elles seules remporté 84 des 302 médailles d'or. Cela laisse peu de place aux autres. D'autant qu'il faut compter sur l'effet positif des Jeux à domicile. Le Brésil s'est ainsi fixé des objectifs ambitieux en visant une trentaine de médailles et un top 10 encore jamais atteint par les athlètes du pays. Attention aussi l'effet "post-JO à domicile" pour les Britanniques. En 2012, ils ont fait une razzia de médailles : 65, dont 29 en or. Et les athlètes de Sa Majesté n'ont pas perdu en quatre ans le niveau atteint pour les Jeux de Londres.

Petit espoir néanmoins : la Russie laisse cette année un peu de place aux autres nations. Avec près d'un tiers de sa délégation bannie des Jeux à cause du scandale de dopage organisé, elle laisse filer de nombreuses chances de médailles. Mais malheureusement, la contre-performance annoncée de la Russie, abonnée au top 5 des nations, ne devrait pas profiter prioritairement à la France.

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