Comment fait-on du biathlon sans bras et 9 autres questions idiotes sur les Jeux paralympiques

Les compétitions réservées aux athlètes handicapés débutent à Sotchi (Russie) ce vendredi 7 mars. Voici un petit guide pour mieux comprendre ces Jeux.

La biathlète polonaise Katarzyna Rogowiec lors des Jeux paralympiques de Vancouver (Canada), en 2010.
La biathlète polonaise Katarzyna Rogowiec lors des Jeux paralympiques de Vancouver (Canada), en 2010. (ILIYA PYATEV / RIA NOVOSTI / AFP)

Les Jeux paralympiques et les Jeux olympiques se déroulent tous les deux à Sotchi (Russie), mais c'est à peu près tout ce qu'ils ont en commun. Comité d'organisation différent, compétitions différentes et mascottes différentes : l'ours polaire qui a fait régner la terreur au mois de février est remplacé par un flocon de neige et un rayon de soleil bien plus sages, pour les épreuves qui se déroulent du 7 au 16 mars. Bien souvent, tout ce qu'on sait de ces Jeux est qu'ils regroupent des athlètes handicapés. Pour vous éviter de poser des questions gênantes à vos collègues à la machine à café, on y répond dans cet article.

1Comment fait-on du biathlon sans voir et/ou sans bras ?

Les athlètes déficients visuels peuvent participer au biathlon depuis 1992. Concrètement, pendant la partie "ski de fond", ils sont secondés par un guide qui leur crie des instructions – mais qui n'a pas le droit de les aider physiquement. Et pour le tir ? La cible est un chouïa plus large pour ceux qui ne voient rien du tout (2,5 cm de diamètre) que pour ceux qui y voient un peu (1,5 cm). Ces athlètes sont aussi équipés d'un fusil laser qui émet un son de plus en plus fort à mesure qu'ils se rapprochent du centre de la cible. Pour vous donner une idée, allez voir la vidéo à 2'33. 

Faire du biathlon sans bras, c'est possible aussi. Les athlètes ne tirent qu'allongés, et les athlètes amputés des bras utilisent un fusil spécial sur lequel un fil leur permet d'actionner la gâchette.

Comme chez les valides, de nombreux athlètes engagés en biathlon aux Jeux paralympiques sont d'anciens militaires. L'un d'eux, ancien marine américain, a perdu son bras dans un accident de moto... juste à son retour d'Irak, en 2008. Grâce à sa retraite de l'armée et à une bourse du département des vétérans, il s'entraîne à plein temps, raconte Michigan Live (article en anglais). "Avant mon accident, je ne savais même pas ce qu'était le biathlon, reconnaît-il. Depuis, j'en ai fait ma vie."

2Est-ce que les pistes sont les mêmes pour les valides et les handicapés ? 

Il a fallu attendre 1992 et les Jeux d'Albertville, en France, pour que valides et handicapés concourent sur les mêmes sites. Ce qui ne veut pas dire que les parcours sont identiques. Par exemple, la descente paralympique masculine doit se terminer 450 à 800 mètres plus bas que son point de départ, contre 800 à 1 100 m pour les valides. Les athlètes qui évoluent en monoski (une coque pour mettre leurs jambes avec un seul ski en dessous) en fibre de carbone sont suffisamment légers pour descendre des pentes plus raides que les skieurs valides.

Même si les handiskieurs atteignent des vitesses allant jusqu'à 105 km/h, il faut tenir compte de leur handicap. Par exemple en slalom, où les athlètes franchissent autant de portes que les valides sur une distance plus courte : "Je ne verrai que mon guide et la prochaine porte, explique Jakub Krako, triple champion olympique de ski chez les déficients visuels, dans le magazine The Paralympian (PDF, p. 25). Tout ce qu'il y a autour de moi sera flou. Le blanc de la neige, le vert des arbres, ce sera un mélange indistinct de couleurs."

Idem pour le parcours de snowboard, un peu édulcoré par rapport à celui des valides. 

3Quoi, il y a du snowboard dans ces Jeux ? Et aussi du halfpipe ? 

Du halfpipe, non. Pas encore. En revanche, le snowboard est la grande nouveauté de cette édition 2014, avec une piste construite spécialement, comprenant des virages relevés, des sauts ou encore des bosses. 

Le Shaun White des paralympiques, c'est l'Américain Evan Strong. Ce skater professionnel a laissé une jambe quand sa moto a été percutée par un chauffard, alors qu'il avait 18 ans. Il a redouté de devoir abandonner le sport jusqu'à ce qu'il tombe sur le DVD du documentaire Murderball, qui raconte l'histoire d'une équipe de rugby en fauteuil roulant. "C'est le genre d'histoire que l'Amérique adore", explique Lisa Baird, en charge du marketing au comité olympique américain. 

4Et pour le curling, on fait comment ?

Deux changements majeurs par rapport aux "échecs sur glace" que vous avez peut-être suivis en février. Les équipes sont mixtes, obligatoirement composées de lanceurs en fauteuil roulant. Et exit les balayeurs. Lors du lancer, le lanceur est tenu par un équipier, et pousse la pierre à l'aide d'un bâton. Ce qui est loin d'être évident, constate à ses dépens un journaliste de Channel 4 (en anglais). Sans balayeurs pour modifier la trajectoire ou la vitesse de la pierre, il faut faire preuve d'une précision maximale. Une entreprise française a même inventé des chaussettes à attacher aux roues des fauteuils pour une adhérence maximale à la glace.

Rassurez-vous, l'équipe de Norvège est bien présente avec ses pantalons rigolos.

5Pourquoi la France est-elle passée de 31 médailles à Lillehammer en 1994 à 6 breloques à Vancouver en 2010 ?

Une réforme a eu lieu avant les Jeux paralympiques de Turin (Italie) en 2006. Aujourd'hui, il n'existe plus que trois catégories : les athlètes debout (avec un ou deux membres supérieurs invalides), les athlètes assis (invalidité ou amputation d'un ou des deux membres inférieurs) et les déficients visuels. Chaque athlète des trois grandes catégories s'élance et son temps est corrigé par un coefficient calculé en fonction de son handicap. 

Mais à une époque, il existait neuf catégories différentes avec des subtilités très techniques (expliquées dans ce PDF en anglais de 10 pages). Ainsi, à Salt Lake City (Etats-Unis) en 2002, le Français Romain Riboud a décroché la médaille d'argent en super G LW3,5/7,9, catégorie regroupant des athlètes amputés des deux jambes, d'autres des deux bras, mais avec des restrictions. Et qui dit moins de compétitions dit moins de médailles...

La multiplicité des épreuves rend les choses compliquées à suivre : aux Jeux paralympiques d'été de Londres, il y a eu 15 finales du 100 mètres. A titre de comparaison, il n'y a que six descentes olympiques prévues à Sotchi cette année. 

6Est-ce qu'il y a des chutes lors des épreuves ?

Bien sûr. La skieuse aveugle Viviane Forest a lourdement chuté aux Jeux de Vancouver (Canada), en 2010.

Les compétitions de hockey sur luge sont très spectaculaires, et les joueurs ne sont pas des tendres. 

A noter que les monoskis utilisés par certains athlètes sont munis... d'une ceinture de sécurité 

7Qui dit Jeux paralympiques dit sites de Sotchi 100% accessible aux handicapés ? 

En théorie, oui. Mais Arly Velasquez, qui participe aux Jeux pour le Mexique, raconte à ESPN (article en anglais) qu'il y a encore du travail. Ainsi, les bus sont bien équipés de plateformes, mais les chauffeurs ne savent pas s'en servir...  Sur le site de ski de fond, la rampe d'accès pour les handicapés est bien cachée. L'autre alternative, un escalier raide et glissant, n'est guère engageant. Et un soir, en rentrant à son hôtel, il a constaté que le monte-charge qui lui permettait de monter l'escalier était en panne. "J'ai posé mon ordinateur en haut des escaliers, et je l'ai grimpé avec les bras, en attachant mon fauteuil avec ma ceinture", raconte-t-il.

On est quand même en net progrès par rapport à 1980, quand un dignitaire interrogé sur la présence d'une délégation soviétique aux Jeux paralympiques répondait qu'il n'y avait "pas de handicapés en Union soviétique" 

8Pourquoi les sportifs déficients mentaux sont oubliés ? 

Le sport adapté a beaucoup souffert du scandale de la triche de l'équipe de basket espagnole, qui n'était pas composée de handicapés mentaux, et qui avait décroché la médaille d'or aux Jeux paralympiques de Sydney (Australie), en 2000. Cette catégorie de sportifs n'a fait son retour aux Jeux d'été qu'en 2012, mais attendra encore pour les Jeux d'hiver. "Les paralympiques de Londres ne sont pas qu'un évènement isolé, mais le début d'un engagement de long terme pour l'égalité et la reconnaissance des athlètes déficients mentaux", écrit le président de la fédération internationale du sport adapté, sur le site du mouvement paralympique (article en anglais).

Les athlètes déficients mentaux ont d'ailleurs leurs propres Jeux, les Jeux spéciaux, créés par la sœur de John Fitzgerald Kennedy dans les années 1960.

9Est-ce que les athlètes médaillés aux Jeux paralympiques touchent la même prime qu'aux JO ?

En France, oui (50 000 euros pour une médaille d'or, 20 000 pour une médaille d'argent et 13 000 pour le bronze). Pour la Russie, les primes sont les mêmes, précise Ria Novosti, mais on ne sait pas si le comité paralympique russe va distribuer des 4x4 Mercedes comme pour les héros des JO.

Au Canada, 20 000 dollars pour les valides, rien pour les handicapés. "Le comité paralympique canadien aurait adoré pouvoir donner des primes de médailles, mais nous ne sommes en pas en capacité de le faire", se justifie-t-il sur CBC (article en anglais).

10Vladimir Poutine va-t-il se rendre à Sotchi alors qu'il a un potentiel conflit sur les bras ?

Le président russe a bien prévu de se rendre à la cérémonie d'ouverture, boycottée par les diplomaties britanniques et américaines en raison de la crise en Ukraine. Poutine veut assister à la descente olympique, a-t-il confié à La Voix de la Russie, mais pour des raisons très personnelles : "Vous savez, la descente dans les compétitions paralympiques, c'est fantastique, cela ressemble à un spectacle de cirque."