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Gwenaël Roth, médecin du sport, en guerre contre le covid-19

Médecin généraliste et médecin du sport spécialisé dans le suivi médical des marins professionnels, Gwenaël Roth est un membre actif du centre de consultation Covid-19 installé sur un stade d’athlétisme, à Saint-Malo. Le pari est en train de réussir.
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France Télévisions
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Tout est parti d’une visite à son cabinet de Saint-Servan. "Il y a un mois, j’ai eu une patiente suspectée de Covid qui m’a été adressée par le Samu, raconte Gwenaël Roth. On a essayé d’éviter qu’elle vienne au cabinet au milieu de tout le monde. On s’est très vite rendu compte que ça allait poser problème avec des patients de ce type. On a mis en place un circuit dédié. On a organisé une structure avec des soignants volontaires et une mutualisation des protections."

Tout le monde s’est rapidement mis autour de la table, la mairie de Saint-Malo a tout de suite apporté son aide avec du matériel, des tentes et du mobilier avant que le stade Marville ne soit réquisitionné. Le centre est installé sous les tribunes et dans le gymnase sur la piste indoor du 60 mètres. "On utilise les vestiaires comme salle de consultation, explique Dr Roth. Puis le patient est pris en charge par un duo médecin-infirmier. L’hôpital Broussais nous a accompagnés en nous déchargeant des cadres hospitaliers, dont un infirmier spécialisé en médecine de catastrophe. La clinique de la côte d’Emeraude nous a aussi prêté du matériel."

Des instances "débordées"

Toutes les forces vives médicales et paramédicales ont joué le jeu : médecins libéraux, infirmiers, paramédicaux de tous horizons y compris les secouristes de la Société Nationale de Sauvetage en Mer et la Croix Rouge. Ça n’a pas été très compliqué dans une ville habituée à faire le dos rond face aux grandes marées et aux tempêtes.

"Il n’y a eu aucun frein, les instances nous ont suivis, mais elles étaient débordées. Donc on s’est organisé un peu comme des corsaires parce qu’on a compris que la situation était exceptionnelle." Filtrer les patients pour ne pas obstruer les urgences. Le circuit créé est simple : le patient appelle son généraliste pour une téléconsultation : s’il y a une suspicion de Covid sans gravité et qu’il peut rester à la maison, il le fait. S’il faut faire un examen clinique simple, à la limite de l’hospitalisation, il vient d’abord au centre de consultation Covid-19. Enfin si le médecin pense qu’il est atteint durement, il est aussitôt envoyé à l’hôpital.

Pour ces patients Covid - éventuellement contagieux - des voitures très bien équipées et protégées sont à disposition des infirmiers volontaires. "Comme on a un manque cruel de matériel, l’idée est d’avoir des équipes très protégées", reprend Gwenaël Roth. Autre nouveauté, une fois le patient examiné, il est intégré dans un système de suivi sur internet : "On a créé une nouvelle cellule de médecins volontaires, pour avoir un suivi quotidien permanent de tous les nouveaux patients venus au centre de consultation Covid, ou vus ou pris en charge sur le territoire de santé. Matin et soir, ils s’auto-évaluent sur un questionnaire, rentrent leurs données et on les surveille en ligne, comme sur la plage avec des drapeaux verts, oranges ou rouges sur les écrans. On peut en fonction de l'alerte les contacter par téléphone et agir s'il le faut."

Ce centre fonctionne comme une filière pour un patient qui est en ville. C’est un filtre pour préserver le service de réanimation et les urgences, qui ont toujours à faire avec des pathologies graves. Saint-Malo dispose à présent de vingt lits de réanimation et une centaine de lits d’unité Covid de soins avec oxygène potentiel pour des malades. "On se relaie en fonction de nos gardes, on a 200 infirmiers libéraux volontaires et 50 médecins libéraux volontaires, ça couvre une grosse population, environ 150.000 habitants mais géographiquement ça se fait."

Un vrai esprit d’équipe

Selon Gwenaël Roth, il y aura un avant et un après. « C’est important pour notre région. Un peu comme en sport, on a créé une équipe, car on a souvent dans nos métiers des gens qui travaillent de façon individuelle. On a recréé une solidarité et une vraie collégialité entre soignants du territoire, et pour nous c’est aussi une thérapie. »

Dès que l’on parle équipe, Gwenaël replace le mot sport dans la discussion et redevient le médecin de marins. La crise aura une énorme incidence sur la voile et les programmes à venir. Actuellement, il s’occupe d’une dizaine de marins de course au large, même s’il a mis cette activité un peu entre parenthèses pour le moment. Mais le Guadeloupéen qu’il est et le Malouin qu’il est devenu pense forcément Route du Rhum. "Je ne sais pas encore si je vais y aller en 2022. C’est un tel engagement personnel et familial. Comme tous les Guadeloupéens, je suis tenté. J’ai fini en 2ème position la Transquadra 2018 en double avec François-René Carluer, un autre marin Malouin." Plus jeune, il a aussi été champion du monde de Hobie Cat 16 en 1997 en Espagne. Dès qu’il peut, il sort en mer.

L’avenir, les masques et les tests

En ce moment, la polémique enfle sur les masques, "assez, pas assez". L’OMS vient de déclarer que les masques seuls ne sont pas une solution miracle. Mais l’Académie de médecine a recommandé qu’on développe la fabrication de masques alternatifs non-médicaux. "C’est une vraie solution de guerre, mais c’est une solution. Aujourd’hui les gens peuvent polémiquer autant qu’ils veulent sur le fait qu’on n’ait pas anticipé. Nous, notre choix de médecins ce n’est pas d’être dans la polémique mais de trouver des solutions." Et à Saint-Malo, les idées fusent pour partir à l'abordage du virus.

Ici avec les voileries, on est en train de travailler sur un masque en dacron ou en toile de voiles de bateau, très étanches mais confortables. A Saint-Malo, la femme de Gwenaël est pharmacien biologiste, elle travaille avec son équipe et le Dr Lemonnier, sur un test de  sérologie. Un test allemand qui devrait arriver très prochainement d’abord pour les soignants mais qui pourrait, s’il est concluant, se généraliser.

Dans ce contexte général de crise, Gwenaël illustre de belle manière le rôle d’un médecin de ville,  trop souvent mis à l’écart ou à l’index par les Instances. "Moi, je suis un gars de terrain, j’applique des recettes validées scientifiquement car j’ai une vraie responsabilité vis-à-vis de gens que je soigne. On a juste un esprit libre et critique." Sur terre, comme sur mer, il gardera toujours le même cap : soigner et être au service des autres.

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