Taxation des hauts revenus : le foot français en défense

La proposition de François Hollande d'imposer à 75% les revenus annuels dépassant un million d'euros met le monde du ballon rond sens dessus dessous. Aussi bien les joueurs que les clubs.

Le défenseur du PSG Christophe Jallet (D), ici face au Lillois Franck Beria le 18 décembre 2011 au parc des Princes à Paris, s\'oppose à la proposition de François Hollande sur la taxation des hauts revenus.
Le défenseur du PSG Christophe Jallet (D), ici face au Lillois Franck Beria le 18 décembre 2011 au parc des Princes à Paris, s'oppose à la proposition de François Hollande sur la taxation des hauts revenus. (FRANCK FIFE / AFP)

La Ligue 1 de football s'invite dans la campagne présidentielle. Le candidat PS, François Hollande, a proposé lundi 27 février de créer un taux d'imposition à 75% pour les revenus annuels supérieurs à un million d'euros. Dans le monde du football français, l'idée de ne toucher que 25 centimes par euro gagné au-delà de la barre du million n'enchante pas grand monde. Certains vont jusqu'à prédire des conséquences désastreuses sur le championnat français.

Des joueurs mécontents 

De fait, la proposition socialiste n'a pas tardé à occuper les discussions de vestiaires, notamment au Paris Saint-Germain. "Chacun a son avis sur la question, relate, sur le site du Figarole défenseur Christophe Jallet qui évoque également une unanimité de ses coéquipiers. L'ancien Lorientais rappelle qu'il n'a "braqué personne pour avoir ce qu'[il a] aujourd'hui" et regrette que "ceux qui ont la chance de réussir, on leur tire un peu dans les pattes. Ce n'est pas comme cela que l'on pousse les gens à aller vers l'avant".

Si la mesure entrait en vigueur aujourd'hui, une bonne cinquantaine de joueurs de Ligue 1 serait concernée, sur le millier de professionnels qui ont versé 265 millions d'euros d'impôts sur le revenu en 2010. "Cela freinerait l'arrivée sur notre territoire de joueurs en provenance d'autres pays", affirme le président de l'Union nationale des footballeurs professionnels, Philippe Piat, mais "je ne crois pas que cela inciterait les joueurs au départ, parce qu'il faudrait déjà que les joueurs concernés trouvent mieux à l'étranger".

Des clubs pessimistes

Plus encore que les joueurs, les présidents de clubs montent au créneau. "Cette mesure affaiblirait le championnat, mais aussi la France", clame Jean-Pierre Louvel, patron du Havre et président de l'Union des clubs professionnels de foot. "On a beaucoup critiqué la possible venue de Beckham au PSG pour 800 000 euros [par mois] mais ç'aurait été un contribuable exceptionnel", avance-t-il, dénonçant la "démagogie" de la proposition socialiste. Et de s'inquiéter de la volonté de François Hollande d'augmenter la taxe Buffet, c'est-à-dire la part des droits TV du foot reversée aux autres sports.

Déjà fragilisés depuis deux saisons par la suppression du Droit à l'image collectif, qui leur assurait une exonération de 30% des charges sociales, les clubs redoutent selon le président de Lille, Michel Seydoux, un "cercle vicieux" : "Les bons footballeurs partiront à l’étranger, les stades vont se vider, et les diffuseurs télé arrêteront de surpayer un spectacle qui ne vaudra plus grand-chose."

Et le patron du Losc livre sur le site du Parisien un scénario catastrophe qui conduirait à terme à "la mort du football hexagonal" qui pourtant "rapporte beaucoup à la France" et est "plus que jamais important en temps de crise".

Une forte inquiétude qui s'explique notamment par le fait que les clubs sont sans doute les plus menacés par la proposition de François Hollande, souligne le site du Parisien. Car, explique le quotidien, de plus en plus de footballeurs s'assurent dans leur contrat que toute modification des règles fiscales soit à la charge du club. 

FTVi / Audrey Richier et Swanny Thiebaut - France 2