Qui est le Bayer Leverkusen, l'adversaire du PSG en Ligue des champions ?

Le PSG aurait pu tomber sur le Milan AC ou le Borussia Dortmund, mais a hérité de l'équipe méconnue du Bayer Leverkusen. Méconnue ne veut pas dire facile...

Le milieu de terrain du Bayer Leverkusen, Lars Bender, célèbre la victoire de son club contre la Real Sociedad, le 10 décembre 2013, en Ligue des champions.
Le milieu de terrain du Bayer Leverkusen, Lars Bender, célèbre la victoire de son club contre la Real Sociedad, le 10 décembre 2013, en Ligue des champions. (FEDERICO GAMBARINI / DPA)

"Les dieux du foot ne sont pas pour Leverkusen", a un jour déclaré Michael Ballack. Le Bayer Leverkusen, c'est un club qui appartient à un fabricant de médicaments, qu'on surnomme "l'équipe de l'usine" et dont le palmarès se résume à une malheureuse coupe d'Allemagne glanée en 1993 et une coupe de l'UEFA en 1988. Pas de quoi faire peur à l'armada de stars du PSG ? Méfiance tout de même...

Leverkusen, célèbre pour son mental de poisson rouge

Le club de Leverkusen est entré dans l'histoire pour deux mauvaises raisons, fin 2002. En encaissant une reprise de volée magnifique de Zinedine Zidane en finale de la Ligue des champions, et en perdant trois compétitions en quinze jours : la C1 donc, la Coupe et le championnat allemand. Deux ans plus tôt, ils avaient laissé échapper leur premier sacre en Bundesliga en perdant à la dernière journée sur la pelouse d'Unterhaching, déjà relégué, à cause d'un but contre son camp de leur star, Michael Ballack. "Le Bayer ne gagnera jamais rien", s'était moqué le patron du Bayern, Uli Hoeness, cité par ESPN (en anglais). "Quand ils jouent des matchs décisifs, ils font dans leur culotte." Pas étonnant que Leverkusen soit surnommé "Neverkusen", l'équipe qui ne gagne jamais rien, le Poulidor du foot allemand avec pas moins de cinq places de vice-champion depuis 1997. 

L'avis de Côme Tessier, spécialiste du football allemand sur BundesligaFR : "Depuis vingt ans, le Bayer a souvent réussi à construire de belles équipes. Mais l'histoire se finit toujours mal. 'Kusen' finit placé, sur le podium, mais jamais devant tout le monde. Cette année, ça devrait être pareil, une année sans titre : le Bayern est intouchable en championnat, la Ligue des champions est peu réaliste et ils ont été sortis de la Coupe début février."

Le bonus : Le capitaine de Leverkusen, Simon Rolfes, ne savait pas s'il allait participer à l'Euro 2008. Plutôt que d'appeler Joachim Löw, le sélectionneur, il a préféré acheter des dizaines de barres chocolatées Duplo dans l'espoir de trouver l'autocollant "Euro 2008" à son effigie, rapporte le Guardian (en anglais). En vain. Heureusement, ce n'était pas Joachim Löw qui avait la main sur le choix des vignettes à imprimer, et Rolfes a joué l'Euro en Pologne et en Suisse.

Leverkusen, un réservoir à champions

Les joueurs qui sont passés par Leverkusen ont brillé dans l'Europe entière : Michael Ballack a fait les beaux jours du Bayern et de Chelsea, Dimitar Berbatov marqué des dizaines de buts sous les couleurs de Manchester United et plus récemment, Arturo Vidal est devenu incontournable avec la Juventus. Mais pourriez-vous citer un joueur de l'équipe actuelle ? Rien ne vous vient ? C'est normal. Le sélectionneur de l'équipe d'Allemagne, Joachim Löw, boude bizarrement les pépites de cette équipe. Le meilleur buteur de la Bundesliga, l'attaquant Stefan Kiessling, en a eu marre d'attendre près de son téléphone et a déclaré qu'il ne rejouerait plus en sélection tant que Löw en serait à la tête. Kiessling, 29 ans et 25 buts en championnat la saison dernière, a aussi fait parler de lui cette saison, en inscrivant le fameux "but fantôme" contre Mönchengladbach – le ballon est entré dans le but par l'extérieur du filet –, ce qui lui a valu des menaces de mort et l'a contraint à fermer son compte Facebook.

L'avis du spécialiste : "Je n'irai pas jusqu'à faire de Kiessling le joueur-clé de Leverkusen. Le milieu de terrain Gonzalo Castro est plus essentiel à l'équilibre de l'équipe à mon avis. C'est peut-être lui qui manquera à l'Allemagne de Löw au Brésil [car lui aussi est boycotté par le sélectionneur]. Le match pourrait être intéressant pour ça d'ailleurs, car le Bayer va pouvoir appuyer là où ça peut faire mal au PSG et vice-versa : récupération haute, vitesse et technique sur les ailes."

Le bonus : Une fois par an, le club fait auditer son effectif par le cabinet de gestion KPMG, explique le président Holzhäuser au mensuel économique allemand Manager. Histoire de savoir quand vendre ses joueurs...

Leverkusen, l'équipe qui embête même le Bayern

Le propriétaire du club, le laboratoire pharmaceutique Bayer, n'a pas le carnet de chèques aussi facile que les patrons qataris du PSG. A chaque intersaison, le Bayer vend ses meilleurs éléments, et reconstruit avec de jeunes joueurs. Conséquence de l'inexpérience : des moments gênants en Coupe d'Europe. En 2011, deux joueurs du Bayer se sont disputés devant les caméras pour échanger leur maillot avec Lionel Messi, après une défaite face au Barça 3-1. "On manque d'un aboyeur", a reconnu le directeur sportif Rudi Völler. Trop gentil, Leverkusen ?

Cette saison, la double confrontation contre Manchester United en phase de poules de la Ligue des champions a tourné à la catastrophe : 4-0 à l'aller, 5-0 au retour. Le deuxième match, disputé à domicile, constitue la pire défaite de l'histoire du club, qualifiée d'"humiliation" par le tabloïd Bild. Cette fessée a occulté la bonne performance d'ensemble du club allemand, qui s'est sorti d'un groupe très difficile, avec l'épouvantail ukrainien du Shakhtar Donetsk et les Espagnols de la Real Sociedad, tombeurs de Lyon. Ajoutez à cela qu'ils battent régulièrement le Bayern Munich, l'ogre du foot européen, et vous hésiterez avant de tout miser sur le PSG.

L'avis du spécialiste : "S'ils prennent le match en se disant qu'il est gagné d'avance, les joueurs du PSG n'ont aucune chance. Si les matches contre Manchester ont été sévères, le championnat prouve la solidité de Leverkusen [deuxième meilleure défense, derrière le Bayern]. Dans les grands matches, le Bayer sait se mobiliser et tenir – à défaut de gagner. Contre le Bayern, celui qui bat tous les records en Allemagne, Leverkusen ne perd plus. Ses sautes d'humeur sont plutôt contre les équipes théoriquement inférieures."

Le bonus : Leverkusen réussit bien contre les équipes françaises et n'a perdu qu'une seule fois en six rencontres. Les chiffres sont moins probants côté parisien, avec trois défaites en onze matchs contre les équipes allemandes.