PSG : de l'excitation à l'exaspération, récit d'une saison paradoxale

C'est sans grandes festivités et sur une dernière note symptomatique de leur saison que les Parisiens ont validé leur titre de champion de France, en faisant match nul contre Lens au Parc des Princes samedi (1-1).

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Mauricio Pochettino et Kylian Mbappé lors de Lille-PSG le 6 février 2022. (MATTHIEU MIRVILLE / DPPI via AFP)

Pour la dixième année consécutive, le Paris Saint-Germain a trouvé le moyen de garnir encore plus son armoire à trophées. Un an après avoir perdu sa place sur le trône du foot français, battu par Lille, le club de la capitale s'est assuré de récupérer son statut de champion national samedi 23 avril, après son match nul au Parc des Princes contre Lens lors de la 34e journée (1-1). Un dixième sacre en Ligue 1 qui lui permet d'égaler Saint-Etienne, seul club avant lui à avoir atteint ce total dans l'histoire du football français.

Un événement historique qui, dans un autre contexte, aurait pu servir à gommer l'affront de l'exercice précédent et entraîner des scènes de liesse, d'autant qu'il intervient à quatre matchs de la fin effective de la saison. Mais devant leur public, les joueurs de Mauricio Pochettino ont choisi la sobriété au coup de sifflet final, après avoir laissé la victoire filer face à un adversaire pourtant réduit à dix contre onze.

La veille, l'entraîneur avait appelé les supporters à communier en cas de consécration, comme une bouteille lancée à la mer pour que la fête soit au rendez-vous, une semaine après la grève des ultras lors du Classique PSG-OM : "J'espère que si nous gagnons le titre, nos supporters le fêteront avec nous et qu'il y aura une bonne ambiance dans le stade." En réponse, le Collectif Ultras Paris (CUP) avait appelé les fans parisiens à se réunir en dehors du stade à la 75e minute, devant le virage Auteuil, "pour fêter la fin d'une saison au cours de laquelle seuls les supporters ont été à la hauteur." Le stade était d'ailleurs complètement vide, à peine dix minutes après le coup de sifflet final.

Un titre historique qui fait presque tache

Depuis l'élimination douloureuse en huitièmes finale de Ligue des champions face au Real Madrid (1-0, 1-3), le 9 mars, la rupture est consommée entre le club, aux ambitions jamais assouvies, et ses supporters. Une humiliation de plus qui a fait déborder le vase. "Depuis trop longtemps maintenant le club nous offre un visage que nous ne supportons plus", avait alors écrit le CUP en entame d'un communiqué cinglant.

Le fait d'avoir sauvé sa saison, avec ce sacre précoce en Ligue 1, n'aura servi paradoxalement qu'à mettre en lumière la profondeur de la fracture. Seul joueur à avoir toujours échappé à la critique, et ce depuis son arrivée en 2013, le capitaine Marquinhos pensait que la fronde cesserait au moins le soir du Classique face à l'OM et n'a pas apprécié la grève des encouragements du 17 avril. "Ils ont leurs arguments. Ils ont fait leur choix, mais en tant que joueur, je ne suis pas d'accord. Il fallait laisser la fierté et l'orgueil de côté ce soir", avait-il lâché au micro de Prime Video. "Ce sont des choses que je ne comprends pas. Je sais qu'ils ont été déçus pour Madrid, mais il faut passer à autre chose", a ajouté Marco Verratti samedi soir.

Jamais une saison du PSG n'avait suscité autant d'excitation. Le contraste entre l'arrivée en fanfare de Lionel Messi en août, et ce printemps maussade est saisissant. La saison 2021-2022 n'est techniquement pas terminée, mais elle restera finalement comme celle de la déception, cristallisée par l'échec à tirer le plein potentiel de son trio d'attaque alléchant, la fameuse "MNM" (Messi-Neymar-Mbappé). La friandise n'a pas eu le goût attendu.

Mbappé, le feu d'artifice et la date d'expiration

Sous la houlette de Mauricio Pochettino, c'est comme si le PSG avait subtilisé sa magie à l'un des plus grands joueur de l'histoire du foot. Certains objecteront que Lionel Messi n'est plus le même joueur à 34 ans et que cela ne l'a pas empêché de délivrer 13 passes décisives. Il n'empêche que ses quatre petits buts marqués en 28 matchs de Ligue 1 font tâche, sachant qu'il sortait d'une saison à 30 buts en Liga avec le Barça. La beauté du dernier, catapulté dans la lucarne de Jean-Louis Leca, ne suffira pas à occulter le reste de sa saison.

Des performances qui tranchent encore plus à côté de la saison exceptionnelle de Kylian Mbappé, directement impliqué dans près de la moitié des réalisations de son équipe en championnat (36/76) et parti pour finir à la fois meilleur buteur et meilleur passeur de Ligue 1. Le comble pour le PSG est d'avoir assisté à un tel feu d'artifice alors même que le champion du monde 2018, en fin de contrat en juin, pourrait quitter la capitale cet été. Plus Mbappé a brillé, plus les supporters du club de la capitale ont pu mesurer le gouffre qu'il pourrait laisser en cas de départ. Difficile de profiter face à autant d'incertitudes.

Les paradoxes ne s'arrêtent pas là. Cette saison Paris aura accroché Manchester City et le Real à son tableau de chasse au Parc des Princes en Ligue des champions. Alors que ces deux clubs s'apprêtent à s'affronter le 26 avril pour une place en finale de la compétition, les Parisiens n'ont plus rien à jouer depuis presque deux mois. Ce PSG 2021-2022 aura aussi été capable de rendre une des copies les plus propres de son histoire en C1 à domicile contre Madrid (1-0), un mois après être tombé en huitièmes de finale de Coupe de France, contre Nice au terme d'une soirée sans idées (0-0, 5-6 t.a.b).

Au terme d'un match peu animé, le PSG est défait, chez lui, pour la première fois de la saison par l'OGC Nice de Christophe Galtier ! Au terme d'une séance de penalty intense, c'est Xavi Simons, 7ème tireur parisien qui échoue face à Marcin Bulka, gardien prêté par le PSG aux Aiglons ! Nice file en quarts et recevra donc l'OM !

Plus le PSG met des moyens pour enfin remporter cette maudite Ligue des champions, plus il tombe de haut et plus se matérialise l'idée d'une fatalité propre au club de la capitale. Un peu comme Sisyphe, condamné à remonter la pente à chaque fois qu'il tente de pousser son rocher jusqu'en haut de son instable montagne.

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