Mbappé 180 millions, Dembelé 147, Pogba 110... Mais pourquoi les joueurs français sont-ils si chers ?

L'Europe entière s'arrache les footballeurs tricolores. Et ce n'est pas (uniquement) pour leurs beaux yeux, même si une étude allemande a montré que la beauté des joueurs influait sur le montant des transferts.

Ousmane Dembelé et Kylian Mbappé se congratulent lors du match amical France-Angleterre, le 13 juin 2017 au Stade de France. 
Ousmane Dembelé et Kylian Mbappé se congratulent lors du match amical France-Angleterre, le 13 juin 2017 au Stade de France.  (FRANCK FIFE / AFP)
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Pierre GodonFrance Télévisions

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Sur le podium des joueurs les plus chers du monde, on retrouve l'incontournable Neymar à la première place, suivi par deux outsiders français, Kylian Mbappé, facturé 180 millions dans un an au PSG par Monaco, et Ousmane Dembelé, arraché 105 millions, plus une quarantaine en bonus, par le FC Barcelone à Dortmund. Aux portes du top 3, un Frenchie qui détenait le record jusqu'au mois d'août, Paul Pogba, arrivé pour 105 millions (et cinq autres de bonus) à Manchester United. L'occasion de se demander pourquoi les joueurs français sont-ils si chers ?

Parce que le joueur français jouit d'une bonne cote à l'export

Dans le foot au moins, le "made in France" s'accompagne d'une réputation flatteuse (et Arnaud Montebourg n'y est pour rien). Les joueurs tricolores, passés par les centres de formation ou l'INF Clairefontaine, sont réputés dans le milieu et ont l'immense avantage de s'adapter facilement à la vie dans les autres grands pays européens, au contraire des footballeurs brésiliens, parfois sujets à la saudade, le mal du pays.

Vu que notre championnat est régulièrement pillé, le joueur français a généralement sa chance plus tôt dans l'élite, contrairement à un joueur formé en Angleterre. Ce dernier va devoir multiplier les prêts dans des clubs improbables pour espérer taper dans l'œil de son entraîneur et décrocher du temps de jeu en équipe première. Un joueur comme Benjamin Mendy, passé de Monaco à Manchester City moyennant 57 millions d'euros (record pour un défenseur), compte ainsi plus de matchs et plus de sélections qu'un défenseur latéral du même âge.

Extrait de la fiche de Benjamin Mendy sur le site du CIES, montrant qu\'il a beaucoup plus d\'expérience qu\'un défenseur de son âge.
Extrait de la fiche de Benjamin Mendy sur le site du CIES, montrant qu'il a beaucoup plus d'expérience qu'un défenseur de son âge. (CIES)

"Les Français représentent le premier contingent d'étrangers en Premier League et ont fait une percée significative en Bundesliga, un championnat où ils étaient peu representés", souligne Christophe Lepetit, économiste au Centre de droit et d'économie du sport de Limoges, contacté par franceinfo. Les expériences réussies des pionniers (Platini, Henry, Cantona...) renforcent la croyance que le joueur français représente un bon investissement : "A niveau égal, un joueur français vaudra plus cher qu'un joueur belge ou suisse, renchérit Pierre Rondeau, économiste du sport, auteur d'un livre remarqué sur les tirs au but. Les auteurs du livre Soccernomics avaient mis en évidence que les joueurs brésiliens et argentins étaient structurellement plus chers qu'un autre joueur présentant les mêmes caractéristiques. Le même phénomène se produit pour les joueurs français."

Parce que l'inflation sur le marché du foot est galopante

A quelques jours de la fin du mercato, les clubs des cinq grands championnats ont déjà dépensé la bagatelle de cinq milliards d'euros, établissant un nouveau record, avec une augmentation de 13% d'une année sur l'autre. "Il y a très clairement une hyperinflation du marché qui est continue depuis l'instauration du fair-play financier, détaille Pierre Rondeau. Sur le papier, le FPF interdit aux clubs de dépenser plus que ce qu'ils gagnent. Du coup, pour pouvoir dépenser toujours plus, ils ont cherché à maximiser leurs recettes, qui sont en hausse de 10% par an." Principale rentrée d'argent des clubs, les droits télévisés, qui atteignent des montants stratosphériques, notamment en Angleterre. "Globalement, le prix de tous les joueurs a augmenté. Un joueur moyen qui valait 15 millions ne part plus en dessous de 20."

Le médiatique président lyonnais Jean-Michel Aulas expliquait au Monde que son club avait été surpris par l'envolée des prix du marché cette saison (et en avait profité pour faire porter le chapeau aux Qataris du PSG, sa cible privilégiée). Karl-Heinz Rummenigge, dirigeant du Bayern Munich, a pointé les risques de cette envolée des prix : "Nous ne voulons pas suivre et nous ne pouvons pas suivre."

Le milieu de terrain du Bayern Corentin Tolisso, le 18 août 2017 contre Leverkusen. L\'ex-Lyonnais est devenu le joueur le plus cher du club allemand à l\'intersaison, moyennant un chèque de 41,5 millions d\'euros.
Le milieu de terrain du Bayern Corentin Tolisso, le 18 août 2017 contre Leverkusen. L'ex-Lyonnais est devenu le joueur le plus cher du club allemand à l'intersaison, moyennant un chèque de 41,5 millions d'euros. (FRANK HOERMANN/SVEN SIMON / SVEN SIMON)

La comparaison vaut aussi dans le temps. Il y a dix ans, Franck Ribéry, alors international établi, titulaire indiscutable à l'OM et âgé seulement de 24 ans rejoignait le Bayern Munich contre la somme de 25 millions d'euros. "Le contexte économique n'est plus du tout le même. Aujourd'hui, il serait parti pour une centaine de millions", s'avance Christophe Lepetit. Selon l'algorithme de l'Observatoire du football, on trouve aujourd'hui 11 joueurs de l'équipe de France valorisés à plus de 40 millions. Les Bleus sont les plus représentés parmi le gratin des footballeurs les plus chers. "Mais si vous prenez l'équipe de France de 2002, qui incluait une flopée de champions du monde, l'icône Zinedine Zidane, et les meilleurs buteurs de trois championnats européens, Trezeguet en Italie, Henry en Angleterre et Cissé en France, elle valait sans doute plus que l'équipe de Deschamps", poursuit Christophe Lepetit.

Parce que des clubs comme Monaco ont changé de modèle économique

Pendant longtemps, les clubs français ont été contraints de brader leurs meilleurs joueurs pour boucler leurs fins de mois. Certains clubs, au premier rang desquels Monaco, ont désormais comme objectif d'amasser un maximum d'argent en vendant des joueurs après deux ou trois ans à briller en Ligue 1 et en Ligue des champions. "Pour ce type de clubs, le trading de joueurs fait partie du modèle économique. Le profil idéal, c'est un joueur en post-formation qu'on peut exposer sur la scène européenne", détaille Christophe Lepetit. Un club comme Lille a emboîté le pas des Monégasques avec cette même ambition comptable. Ce système s'est institutionnalisé au Portugal, où tous les clubs vivent sur les plus-values de leurs joueurs vendus dans les grands championnats. 

"A part Paris désormais, aucun club français n'a les moyens ou ne souhaite retenir ses meilleurs joueurs, renchérit Christophe Lepetit. Autant dire qu'une équipe de France où ne serait-ce que 50% des joueurs évoluent en Ligue 1 n'existera pas dans un futur proche. La dernière fois que c'est arrivé, autour de 2008, quand l'ossature de Lyon était celle des Bleus, c'était lié à un creux générationnel de talents et à la retraite des anciens de France 98."