Ligue des champions : le club de Basaksehir, symbole du pouvoir turc sur le terrain, face au PSG

Le club turc d'Istanbul Basaksehir reçoit mercredi 28 octobre le Paris Saint-Germain pour la deuxième journée de Ligue des champions. En pleine période de tension diplomatique entre Paris et Ankara, les Parisiens arrivent sur le terrain du club symbole du pouvoir turc.  

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Le milieu de terrain du Basaksehir Irfan Can Kahveci lors du match contre Leipzig en première journée de phase de poule de Ligue des Champions, le 20 octobre 2020.  (RONNY HARTMANN / AFP)

"Le PSG et Monsieur Nasser sont des amis" : voici les mots d'apaisement du président du club turc d'Istanbul Basaksehir, qui reçoit mercredi 28 octobre le Paris Saint-Germain pour la deuxième journée de phase de groupe de la Ligue des champions. Ce déplacement sensible a lieu en pleine crise diplomatique entre Paris et Ankara, d'autant qu'en Turquie, et particulièrement à Istanbul, le football est éminemment politique. Basaksehir, champion en titre, est considéré comme le club vitrine du pouvoir du président Recep Tayyip Erdogan, lui-même ancien footballeur de bon niveau.

Un club pour dominer les autres

Les joueurs portent des maillots orange, comme la couleur du parti au pouvoir. Un des dirigeants est marié à la nièce d'Erdogan et le stade flamboyant a été construit par un très proche du pouvoir. Depuis son rachat en 2014, Basaksehir est le club censé rayonner sur Istanbul et écraser les trois autres, trop peu dociles au pouvoir. Mais sans succès, selon Darane Irak, sociologue du sport spécialiste du football en Turquie : "Bien sûr, la réussite sportive est là. Mais l'objectif du régime n'était pas de créer un club qui fait succès, mais un club qui peut remplacer les trois autres clubs. C'est un échec. Les gens ne souhaitent pas changer leur choix de club, même si Erdogan est supporter d'un autre." 

Parmi les autres clubs stambouliotes, il y a notamment Fenerbahçe, Galatasaray et Besiktas, dont les supporters chantent parfois des hymnes kémalistes, un mouvement politique à l'origine de la République de Turquie. Depuis les tribunes, le président Recep Tayyip Erdogan est aussi sifflé. Certains supporters étaient même impliqués dans la révolution manquée de 2013. 

Un "jeu d'équilibre" entre les trois clubs

On ne peut pas non plus qualifier ces autres structures de clubs d'opposition, alerte Darane Irak : "Ces trois grands clubs sont nés dans les quartiers emblématiques laïques d'Istanbul. Les cultures et les pratiques de supportérisme sont modernistes et laïques. La consommation d'alcool, par exemple, est complètement tolérée. Il ne faut pas non plus généraliser, car tous ces clubs ont des supporters dans chaque ville de Turquie et dans les diasporas conservatrices.", nuance le sociologue.  

D'autant que les présidents de ces trois clubs, eux, peuvent difficilement se montrer clairement hostiles au pouvoir. "Le président de Fenerbahçe est un homme d'affaires très connu en Turquie, explique Darane Irak. Il a des projets avec le gouvernement, mais il a en général une approche un peu critique. Donc c'est vraiment un jeu de d'équilibre des choses."

Ces présidents de clubs ont accepté, après la révolution manquée, la mise en place d'un pass électronique obligatoire pour rentrer dans les stades stambouliotes. "Un fichage déguisé", dénoncent depuis leurs supporters.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.