Barça-PSG : vous aussi, vous supportez le Barça?

Qui sont les Français qui supportent Barcelone plutôt que le Paris? Eléments de réponse avant le match retour des quarts de finale de la Ligue des champions, ce soir.

Les joueurs du FC Barcelone applaudissent leurs supporters après le nul (2-2) décroché au Parc des Princes, contre le PSG, en quart de finale aller de la Ligue des champions, le 2 avril 2013. 
Les joueurs du FC Barcelone applaudissent leurs supporters après le nul (2-2) décroché au Parc des Princes, contre le PSG, en quart de finale aller de la Ligue des champions, le 2 avril 2013.  (LLUIS GENE / AFP)

Le quart de finale de la Ligue des champions PSG-Barcelone, dont la manche retour se joue mercredi 10 avril au Camp Nou, n'est pas un simple affrontement France-Espagne. C'est beaucoup plus compliqué : le PSG est le club le plus détesté de France alors que le Barça est le club le plus populaire d'Europe. Et presque le plus populaire de France. 

"Le Barça a toujours une attitude classe"

Quel est le pays où on trouve le plus de clubs de supporters du FC Barcelone, derrière l'Espagne ? La France, qui en compte 14 en incluant la Catalogne française, et 7 sans. Même à Tours, à Lille et à Paris, zone d'influence du PSG, on trouve des penyas



La plupart d'entre elles sont nées dans les années 2000, avant l'âge d'or du club catalan, période Guardiola. Mais les résultats sportifs ne sont pas le principal moteur de l'amour que portent les membres des penyas au club catalan. "Le Barça a toujours une attitude classe et véhicule des valeurs qui ne sont pas que sportives, remarque Jean-Marc Turcan, président de la penya de Prades (Pyrénées-Orientales). Un exemple tout bête : quand vous vous rendez au Camp Nou, on ne vous fouille pas !"

Pour être membre d'une penya, il faut se soumettre à un processus de validation très long et respecter la charte du club. "On est obligés de donner une image positive du club. Ainsi, quand le club nous a envoyé un ballon signé de tous les joueurs, un beau geste, on l'a mis en jeu dans une tombola dont on a reversé la moitié des bénéfices à une association caritative", explique Alphonse Egea, président de la penya tourangelle.

Plus facile de supporter un club étranger aujourd'hui

N'allez pas croire que les fans du Barça sont tous devenus passionnés depuis que la bande à Messi multiplie les épopées en Coupe d'Europe. Si le gros des troupes est âgé entre 20 et 30 ans, d'autres, plus anciens, ont eu des motivations totalement différentes. "J'ai grandi dans une cité, à Massy, raconte Olivier Rivière, président du FCB Clan, âgé de 41 ans. A mon époque, il n'y avait pas de PlayStation, on jouait avec un ballon au pied des immeubles. Je jouais souvent avec deux Espagnols, qui étaient fous du Real Madrid. Ils me saoulaient avec ça. Un jour, j'ai vu une finale de la Coupe des Coupes, Barcelone-Standard de Liège. C'est là qu'est née ma passion. Aujourd'hui, avec les images des championnats étrangers, c'est beaucoup plus facile de supporter un club étranger. D'ailleurs, depuis que le PSG a tiré le Barça, on n'arrête pas de recevoir des demandes d'adhésion." 

Le Barça compte environ un million de likes venant de France sur sa page Facebook... soit à peu près autant que le PSG dans l'Hexagone. Une étude du cabinet Sport Markt (en anglais) montre qu'en tout cas, les fans français n'ont pas assez de la Ligue 1, puisque 91% d'entre eux affirment soutenir un club étranger en plus. "La France n'est pas un pays de foot, et ça se ressent dans ses stades. Il n'y a pas de respect de l'adversaire", justifie Nicolas Fayet, président et fondateur de la penya de Lyon au milieu des années 2000, en plein boom de l'Olympique lyonnais. Comme Nicolas Fayet, une très large majorité des membres des penyas ne sont pas d'ascendance espagnole.

L'identité catalane du Barça, sésame pour la mondialisation

Comment franchit-on le pas ? "Le mécanisme d'attachement à un club comme le Barça commence par des résultats sportifs, un joueur particulier, un entraîneur charismatique, détaille Ludovic Lestrelin, sociologue, spécialiste du supportérisme à distance, auteur du livre L'autre public des matchs de football. On passe du stade de l'intérêt – supporter le club devant sa télé –, à l'identification puis à la mobilisation – créer une penya et aller au stade."

Paradoxalement, l'identité très catalane du club, avec la moitié de l'équipe issue du centre de formation, attire beaucoup dans un football européen où les équipes sans joueur du cru sont légion. "Le club est d'autant plus attirant au niveau mondial qu'il est bien ancré sur son territoire, poursuit Ludovic Lestrelin. C'est ce qui s'est passé pour l'OM. Ce n'est pas que la victoire en Ligue des champions en 1993, ce n'est pas parce qu'y figurait tel ou tel joueur, c'est aussi parce qu'il incarnait une histoire et une identité locale très forte."

Difficile de concevoir le même destin pour le PSG : un sondage publié en février dans L'Equipe magazine montre que 69% des sondés estiment que le club de la capitale a perdu son identité depuis l'arrivée des propriétaires qataris.