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Pourquoi José Mourinho est-il aussi méchant?

L'entraîneur de Chelsea, adversaire du PSG en Ligue des champions, est passé maître dans l'art de la déstabilisation et de la mauvaise foi. 

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France Télévisions
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L'entraîneur de Chelsea, José Mourinho, sur le banc face à Tottenham, le 1er janvier 2015, à Londres (Royaume-Uni). (EDDIE KEOGH / REUTERS)

José Mourinho est féru de montres de luxe. Sur l'une d'elles, au prix catalogue de 20 000 euros, est gravé dans le cristal : "Je n'ai pas peur des conséquences de mes décisions." Depuis qu'il a débarqué avec fracas dans le gotha des entraîneurs européens, à la faveur du succès de Porto en Ligue des champions en 2004, le Portugais s'est bâti une image d'odieux arriviste paranoïaque. Mais pour bien saisir la personnalité de l'entraîneur de Chelsea, qui défie le PSG mardi 17 février en 8es de finale aller de Ligue des champions, il faut faire la part des choses entre Docteur José et Mister Mourinho.  

"J'étais prêt à mourir pour lui"

Quand il débarque dans un club, José Mourinho sait exactement quelles sont les forces et faiblesses de sa nouvelle équipe. Le coach portugais, qui est passé par le Real, le Barça, l'Inter..., fonctionne de la même façon : un Power Point pour en mettre plein la vue aux dirigeants, une lettre pour motiver les joueurs (au point de réutiliser la même d'un club à l'autre) et des premiers entraînements décisifs. "Avec lui, il faut prendre le train en marche tout de suite", explique le milieu de terrain Arjen Robben au Guardian. Avant même le début de la saison, le sort d'un joueur peut être scellé, comme celui du Français Olivier Dacourt, écarté du groupe à l'Inter Milan. En cause, une querelle avec Mourinho par médias interposés vieille de plusieurs années. 

Le coach veut avoir à sa disposition des joueurs dévoués, prêts au sacrifice. A l'image de Samuel Eto'o, l'égocentrique avant-centre camerounais qui a ravalé sa fierté pour jouer arrière-droit lors d'une demi-finale de Ligue des champions contre Barcelone. "J'étais prêt à mourir pour lui", confie Zlatan Ibrahimovic au magazine américain Sports Illustrated.

Mais gare à la trahison. Quelques heures avant un clasico Real-Barça, un quotidien espagnol dévoile la composition - inédite - du club madrilène, dont il était alors entraîneur, avec Pepe, défenseur central, positionné au milieu de terrain. Fureur de Mourinho, qui harangue ses joueurs dans le vestiaire : "Vous êtes des traîtres ! Je vous ai demandé de ne parler à personne de notre composition d'équipe. Vous m'avez trahi. Vous n'êtes pas de mon côté. Vous êtes des fils de pute, rien de plus." Il s'empare d'une canette et la jette violemment sur le mur du vestiaire. Certains joueurs sont éclaboussés, mais aucun n'esquisse le moindre geste, rapporte le journaliste Diego Torres dans son livre Prepárense para perder : La era Mourinho 2010-2013 (en espagnol). L'entraîneur portugais ira jusqu'à faire analyser les factures de téléphone portable de ses joueurs pour identifier la taupe. En vain. 

L'entraîneur de Chelsea, José Mourinho, lors d'un match à Hull City (Royaume-Uni), le 11 janvier 2014. (MICHAEL REGAN / GETTY IMAGES EUROPE)

"Le nazi portugais" en guerre contre la presse

José Mourinho se donne à 100% pour ses joueurs, et exige 100% d'eux en retour. Certains, comme Michael Essien, l'appellent "Papa". Le milieu de terrain Wesley Sneijder abonde : "Il aurait pu être mon père." Au Portugal, son ami Luis Lourenço, qui a publié une biographie du "Mou" intitulée Made in Portugal, rappelle qu'il a assisté en personne à l'opération de plusieurs de ses joueurs. La dernière personne qu'ils voyaient avant l'anesthésie, c'était José Mourinho. Nombreux sont ses anciens joueurs qui ne cachent pas qu'ils lui demandaient ses consignes avant de donner une interview ou de passer en zone mixte. D'après Canal +, Zidane, alors entraîneur adjoint du Real, est tombé en disgrâce quand il a refusé de dire à la presse que l'équipe était victime d'un complot arbitral. Protecteur avec ses joueurs, Mourinho est sans pitié pour ses anciens collaborateurs : lors d'un match entre son Inter et son ancien club, Chelsea, il accuse à demi-mot le docteur du club anglais de dopage... alors que c'est Mourinho qui a recruté ce médecin, à l'époque. Tous les moyens sont bons pour la déstabilisation. 

Les relations entre Mourinho et la presse sont frappées du sceau de l'ambiguïté. Celui que les journalistes ont surnommé "the Special One" à son arrivée à Chelsea, en 2004, est friand de petites phrases. Contre ses pairs : Arsène Wenger est décrit comme un "voyeur", Rafael Benitez comme "un gros garçon de café espagnol". Contre les arbitres accusés en permanence de mener un complot contre lui - refrain utilisé à Chelsea, à Milan et à Madrid. Le coach portugais est passé maître dans l'art de lancer des polémiques. Pendant ce temps, on ne critique pas ses joueurs. "La tactique de Mourinho est de transformer le contrôle de l'information en art", estime son biographe Diego Torres. Quand il entraînait le Real Madrid, une équipe épluchait la presse pour lui rapporter tout ce qui s'écrivait sur lui. Et il n'hésitait pas à ostraciser les journalistes critiques, qui le lui rendaient bien. El Pais l'a même traité de "nazi portugais".

José Mourinho, alors au Real Madrid, lors d'un match au stade Vicente-Calderon de Madrid (Espagne), le 29 décembre 2010.  (SUSANA VERA / REUTERS)

"Il faudrait lui exploser les dents"

En dix ans dans les plus grands championnats européens, il ne s'est pas fait que des amis. "Le fait que José Mourinho porte du cachemire ne veut pas dire qu'il se comporte comme un gentleman", persifle Franz Beckenbauer, président du Bayern. "Beaucoup de gens, dans le milieu, ne peuvent pas l'encadrer", renchérit dans le Daily Mirror (en anglais) Ronald Koeman, actuellement sur le banc de Southampton. "C'est le genre de mec à qui il faudrait exploser les dents", lâche Pietro Lo Monaco, directeur sportif de Catane. 

Outre ses petites phrases, on peut lui reprocher un manque d'élégance dans ses sorties. Vainqueur de la Ligue des champions avec l'Inter Milan, un titre que le club attendait depuis 45 ans, Mourinho reconnaît dans les médias, le soir de la victoire, en 2010, qu'il part au Real Madrid : "L'année prochaine, je veux gagner la Liga [le championnat espagnol]." Avant de laisser ses joueurs repartir en bus quand lui s'engouffre dans une berline noire. Ce n'est pas son coup d'essai : au lendemain de sa victoire en Ligue des champions avec Porto, en 2004, il s'installe sur le yacht du milliardaire Roman Abramovitch pour signer son contrat avec Chelsea. L'ambitieux Portugais démarchait le club anglais depuis octobre 2003...

L'entraîneur de Chelsea, José Mourinho, lors d'un match contre Arsenal, à Londres (Royaume-Uni), le 6 mai 2007. (EDDIE KEOGH / REUTERS)

"Je suis là pour gagner"

Mais José Mourinho a gagné, partout où il est passé. France Football raconte une anecdote incroyable qui en dit long sur sa rage de vaincre. Cela se passe lors d'un match amical entre le staff de Chelsea et la presse anglaise, en 2007. Dans les buts tout le match, Mourinho simule (grossièrement) une blessure à deux minutes de la fin du temps règlementaire pour faire entrer l'entraîneur des gardiens du club, ancien international portugais, en vue de la séance de tirs au but. José Mourinho célébra la victoire de son staff comme une réussite en Ligue des champions. 

Accro à la victoire au point de devenir mauvais perdant quand tout ne se passe pas conformément au plan ? Quand David Moyes a été nommé sur le banc de Manchester United à la suite du légendaire coach Alex Ferguson, Mourinho est entré dans une rage inextinguible. Une nuit blanche à ruminer plus tard, il appelle en pleurs la société de son agent, Gestifute. Une fois. Deux fois. Les mots peinent à sortir de sa bouche. Il est dévasté. Ce poste, il en rêvait, raconte son biographe Diego Torres. Bien évidemment, son agent dément. Quelques mois plus tard, José Mourinho signe à Chelsea, et se présente devant la presse comme le "Happy One". On n'est pas obligé de le croire.

José Mourinho est-il "'l'ennemi du football", comme l'a dit un jour le représentant des arbitres à l'UEFA ? Pas pour ceux qui l'ont côtoyé de près, comme l'entraîneur de Liverpool Brendan Rodgers, son ex-adjoint à Chelsea : "C'est un bon gars. Il est très différent de celui qu'on dépeint dans les médias. Un fantastique éducateur", confie-t-il à la revue The Blizzard (en anglais). Mais tout, dans son image publique, est tourné vers la victoire. Comme il l'avoue lui-même à CNN (en anglais) : "Je suis là pour faire mon métier. Je suis là pour gagner. Que je prenne du plaisir n'est qu'une conséquence. Je vis chaque match comme si c'était le dernier de ma carrière."

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