Noël Le Graët, candidat à sa réélection à la FFF : "Si je peux faire les quatre ans, je le ferai"

La crise du foot amateur, l'accord avec Canal+ sur les droits télé, les stades vides et la situation sanitaire, le racisme, Karim Benzema en équipe de France... Noël Le Graët a choisi franceinfo pour lancer sa campagne pour la présidence de la Fédération française de football (FFF).

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Radio France
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Noël Le Graët, en juin 2020. (FRANCK FIFE / AFP)

Il est le patron du football français depuis dix ans : Noël Le Graët, 79 ans, lance sa campagne pour sa réélection à la tête de la Fédération française de football (FFF). Ses deux concurrents, l’homme d’affaires Michel Moulin et l’ancien président de la Ligue de football professionnel (LFP) Frédéric Tiriez, plaident pour le renouveau. Lui met en avant son expérience dans la crise que vit le football amateur. Il s'est confié à franceinfo, vendredi 5 février.

franceinfo : Vous êtes candidat à votre réélection à la tête de la Fédération française de football (FFF). Qu'est-ce qui a motivé votre décision ? 

Noël Le Graët : La période est un peu compliquée, donc il y a beaucoup de dossiers qui sont quand même compliqués à gérer et je pense qu'il était assez logique que mon équipe (je ne suis pas tout seul), dans sa grande majorité, continue.

Est-ce que vous avez hésité ?

Oui, bien sûr. Ce n'est pas une décision facile. C'est une tâche relativement lourde, pas toujours simple, pas toujours populaire. Mais le virus, malgré tout... Avec mes entrées au ministère de la Santé, avec le premier ministre et président de la République, avec le ministre des Sports, on a quand même des habitudes. Ça me paraissait logique de continuer tant que le virus existe.

Vous avez 79 ans. Vous faites des allers-retours entre la Bretagne et Paris, vous allez voir jouer les équipes de France, vous êtes aussi au conseil de la Fifa avec beaucoup de déplacements, aussi... Vous n'avez pas envie de souffler un peu ?

Je ne fais que ça, changer de place ! J'ai mes affaires ici qui vont bien, j'ai transmis à mes enfants, ce n'est pas évident avec 800 salariés sur la région. Je ne suis pas du tout obligé, j'aurais très bien pu ne pas y aller. Donc c'est un plaisir. Le mandat est de quatre ans. Si je peux faire les quatre ans, je le ferai.

Jeudi, un accord a été trouvé entre la Ligue de football professionnel et Canal+, qui va diffuser la Ligue 1 jusqu'à la fin de la saison. Le football français, unanime, avait salué l'arrivée de Mediapro en 2018. Vous parliez vous-même d'un coup de maître. Il y a eu un aveuglement collectif ?

Avec le recul, on peut dire ça. Mais il se trouve que Mediapro fonctionne parfaitement bien en Espagne. Il n'y avait pas de raison véritablement d'être inquiet à l'époque. Peut-être que l'on aurait pu prendre davantage de garanties, très certainement. Mais en tout cas, en Espagne, le championnat se déroule normalement et ils sont présents. C'est un bon accord qui a été trouvé. Tous les matchs vont être diffusés jusqu'à la fin du championnat. Les sommes ne sont pas les mêmes : de 1,2 milliard à 750 millions, on revient à peu près aux chiffres d'avant Mediapro. Évidemment, les clubs qui ont investi et déjà dépensé l'argent de Mediapro peuvent être en difficulté. C'est déjà pas mal, ce qu'ont réussi les représentants de la Ligue et particulièrement leur président.

Il y a eu des erreurs de commises dans ce dossier ?

Non, avec le recul, on peut toujours dire qu'il ne fallait pas prendre Mediapro. Les erreurs, c'est sûrement de ne pas avoir assez respecté Canal, par certaines personnes. Ce qui n'était pas mon cas. Je fais toujours en sorte d'être reconnaissant envers Canal de ce qu'ils font depuis des années.

"Bolloré a du caractère, c'est un Breton, solide. Il a été contrarié, longtemps. Il a quand même ouvert une porte qui permet au football français d'avoir des revenus, certes moins importants que prévu, mais importants quand même."

Noël Le Graët

à franceinfo

Est-ce que l'Etat fait assez pour aider le sport et le football en France ? Jean-Michel Aulas, président de Lyon qui est sur votre liste, dit encore ces derniers jours que l'État n'a pas fait grand-chose pour un secteur d'activité comme le vôtre.

Ecoutez, je suis souvent d'accord avec Jean-Michel, là un peu moins. Parce que quand même, les clubs dont le sien ont pu faire des emprunts cautionnés par l'Etat. Sur les charges sociales, il y a eu des efforts. On ne peut pas être égoïste par rapport à cette difficulté mondiale et je trouve que l'Etat a fait ce qu'il fallait.

La Coupe de France de football a pu reprendre le week-end dernier, mais une grande partie du football amateur est à l'arrêt. Vos deux concurrents dans cette élection, l'homme d'affaires Michel Moulin et l'ancien président de la Ligue Frédéric Thiriez, estiment que vous auriez pu faire plus.

Les aides du foot amateur, c'est pratiquement 50% du budget de la Fédération. Il n'y en a jamais eu autant. Quand on se met un bandeau sur les yeux, on peut dire ce que l'on veut. Notre souci, c'est le football amateur. Ce n'est pas nous qui payons Mbappé, c'est les clubs. Au contraire : grâce au football pro, on a des recettes.

"Il faut toujours trouver l'argent : c'est facile de dire, lorsqu'on n'est pas au pouvoir, que je ferais ceci ou que je ferais cela... Je leur souhaite d'appliquer leur programme s'ils sont à ma place."

Noël Le Graët

à franceinfo

La lutte contre les discriminations, contre le racisme, notamment c'est un sujet, dans le sport. Vous aviez fait beaucoup réagir il y a quelques mois lorsque vous aviez dit : "Le phénomène raciste dans le sport et dans le foot en particulier, n'existe pas ou peu". Est-ce que vous rediriez les choses de la même façon aujourd'hui ?

Je les dirais presque de la même façon parce que les gamins dans les écoles de foot, ils jouent au foot sans se rendre compte qu'ils sont noirs ou blancs, ou de religions différentes. Ceci dit, le racisme dans le foot en général, avec les spectateurs, avec certains parents... mais les gamins, non, très franchement. Grâce au foot, justement. Le foot, sa mission, c'est celle effectivement d'éviter ce genre de choses. Ça a été mal pris, je l'ai peut-être mal dit sur le moment. C'est peut-être une maladresse de langage, mais je persiste à dire que dans nos écoles de foot, surtout de la région parisienne – on n'a pas beaucoup, en Bretagne, de difficultés , tout le monde peut jouer au foot et personne ne regarde la couleur de la peau.

L'un des sujets de cette élection, c'est la gouvernance au sein de la Fédération française de football. La directrice générale, Florence Hardouin, est très critiquée en interne. Certains cadres de la Fédération ont parlé de harcèlement, d'un management jugé trop dur. Vous avez demandé en septembre dernier un audit général. Est-ce que vous en avez eu les résultats ? Et si vous devez changer des choses, que changerez vous si vous êtes réélu ?

Ce qui se passe aujourd'hui, c'est que tout le monde travaille en bonne intelligence. La directrice générale est à son poste et les cadres qui contestaient à un moment sont à leur poste et font bien leur métier.

Sur ces questions, Michel Moulin, qui est l'un de vos concurrents, dit qu'il n'y a pas de pilote dans l'avion du foot français. Est-ce que vous tenez bon la barre ?

C'est à vous de juger. Vous savez, quand il y a eu des périodes difficiles, la plupart des journaux estimaient que je tenais parfaitement bien la barre. Et je n'ai pas demandé d'interview. Je souhaite à Moulin de réussir, déjà, à gagner et d'imposer sa patte, s'il en a une. Dans cette fédération, s'il veut bouleverser les choses, qu'il gagne d'abord. Et il fera son programme s'il le souhaite.

On parle de l'équipe de France : Karim Benzema, attaquant du Real Madrid, est le meilleur attaquant de l'histoire du foot français, a dit son entraîneur Zinédine Zidane. Est-ce que vous partagez ce constat ? Est-ce que Karim Benzema a toute sa place en équipe de France aujourd'hui, selon vous ?

Ce n'est pas la question d'aujourd'hui, vous savez très bien. Ça fait un moment qu'on a été champions du monde. J'ai l'impression qu'il ne jouait pas, je ne me rappelle pas... Si, il jouait ? Je ne sais plus. A mon vieil âge, on n'a pas de mémoire sur tout. Il a quand même fait, à un moment, je crois, 15 matchs sans marquer un but en équipe de France. Ceci dit, quand je le vois jouer, je me régale. C'est un homme que j'apprécie, un joueur qui s'éclate complètement au Real. Ce n'est plus le même joueur. Il a fait une saison tout à fait exceptionnelle.

Il est sélectionnable ?

Il n'est pas suspendu.

Il pourrait aller aux Jeux olympiques, par exemple, avec les Espoirs ?

Il ne faut pas exagérer, on ne va pas non plus prendre Mbappé, Benzema et pourquoi pas, ramener l'équipe de France A à la place de ceux qui se sont qualifiés.

Le Clasico du championnat : ce week-end, l'Olympique de Marseille reçoit le Paris Saint-Germain dans un stade vide. Est-ce qu'on ne pourrait pas envisager que dans les prochaines semaines, avec un masque, avec toutes les conditions sanitaires, en extérieur, on puisse faire revenir des spectateurs à l'intérieur des stades ?

Je vous conseille d'aller à l'Elysée, d'aller poser la question. Et donnez-moi la réponse. Vous croyez qu'on est dans un bureau en train de lire les journaux ou d'écouter la radio tous les jours, sans contact avec les responsables ?

"Si on pouvait jouer... Vous pensez que ça m'amuse d'avoir l'équipe de France dans un Stade de France vide ?"

Noël Le Graët

à franceinfo

Vous parlez du Clasico, mais on a France-Ukraine dans quelques jours, avec des pertes considérables. Je préférerais qu'on puisse avoir 15%, 30% de spectateurs, mais ce n'est pas à nous de décider Je suis très respectueux de l'État. Très.

La pandémie a aussi un impact sur le fooball européen. L'UEFA a répété fin janvier son engagement d'organiser l'Euro 2020 dans 12 villes d'Eruope, comme prévu, du 11 juin au 11 juillet prochains. Cette formule peut-elle être maintenue ?

Ce n'est pas certain aujourd'hui. Je ne peux pas vous répondre de façon définitive que la formule sera celle qui est prévue. Je trouve que c'est une bonne formule, mais j'ai quand même une crainte. Pas pour les équipes, c'est assez jouable, mais pour les supporteurs, c'est impossible. Déplacer ces populations, dans un peu plus de trois trois mois, ça me paraît très compliqué. Avec l'UEFA, on a des réunions en permanence. Ce qui est vrai le lundi n'est parfois pas vrai le mardi. Aujourd'hui, l'UEFA reste sur cette position, mais elle n'est pas, à mon avis, définitive.

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