Mort de Maradona : "Les Argentins seront en deuil pendant des semaines, des mois, peut-être même des années", confie l'écrivain Olivier Guez

Invité de franceinfo, Olivier Guez, auteur d'un livre à paraitre sur Maradona, décrit le symbole que représente le footballeur pour les Argentins et la manière dont il a marqué l'histoire du pays tout entier.

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Un homme et son fils rendent hommage à Diego Maradona devant une peinture murale qui représente le footballeur à Buenos Aires, en Argentine. (ALEJANDRO PAGNI / AFP)

"Il a donné une image tellement puissante de l'Argentine que les Argentins seront en deuil pendant des semaines, des mois, peut-être même des années", a affirmé sur franceinfo mercredi 25 novembre l'écrivain Olivier Guez, écrivain, prix Renaudot en 2017 pour La disparition de Josef Mengele après l’annonce de la mort du footballeur argentin de légende Diego Maradona. L’auteur sort un livre sur Maradona au mois de mai prochain aux éditions de l'Observatoire.

franceinfo : Maradona, une passion absurde et dévorante, c’était ça le rapport de la population argentine à son héros ?

Olivier Guez : Absurde je ne suis pas sûr, ça, c’est peut-être plus mon rapport à Maradona ou au football en général. Par contre une passion dévorante oui. Cela a été l’immense, l’immense, l’immense passion des Argentins pendant des décennies, Diego Maradona. Il faut se rendre compte de ce que Maradona a représenté pour ce pays, les lettres de noblesse qu'il a données au football argentin, la victoire contre l'Angleterre, même ses frasques, c'est un ensemble. C'est une espèce de constellation de tout ce que les Argentins peuvent aimer et détester qu'a représenté Maradona.

C'est l'enfant chéri à qui l'on pardonne tout ?

On a beaucoup pardonné à Maradona, mais parce que Maradona a aussi apporté au football argentin, au football mondial et tout simplement à l'Argentine, des choses immenses. Il faut bien comprendre qu’à la fin des années 70, l'Argentine n'a jamais rien gagné sur la scène internationale. Il y a la Coupe du Monde 78 mais qui est organisé en Argentine dans des conditions très particulières : c’est la dictature. Ce succès sera toujours entaché de doute alors que la victoire de 86 que Maradona remporte quasiment à lui seul est vraiment la plus belle offrande qu’on ait pu faire au football argentin. Et donc depuis, on a effectivement énormément pardonné à Maradona. Toutes ses frasques, ses fréquentations et ses rapports avec certains dictateurs. Mais il a tellement donné, il a donné une image tellement puissante de l'Argentine que les Argentins seront en deuil pendant des semaines, des mois, peut-être même des années.

Son but inscrit de la main contre les Anglais en quarts de finale de la coupe du monde en 1986 a fait hurler de joie tout un peuple qui a accepté l’explication improvisée de Maradona : "La main de Dieu". Cet événement, ça doit forcément aussi marquer l'artiste que vous êtes parce que cette main est devenue une image presque "warholienne" qui fait partie du décor et de l'Histoire de la fin du XXe siècle ?

Bien sûr. Déjà il faut comprendre l’immense rivalité entre l'Argentine et l'Angleterre à l'époque. L'Argentine a toujours envié quelque part l'Angleterre parce que les Anglais avaient quasiment colonisé l'Argentine, à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Il y avait un immense complexe de la part des Argentins. Et battre l'Angleterre au football a toujours été l'objectif absolu des Argentins. Et donc, en 86, les deux buts que marque Maradona, qui sont des buts uniques dans leur genre, à savoir cette main au nez et à la barbe de l'arbitre et du monde entier. Et deuxièmement ce slalom, c'est peut-être le plus beau but de l'histoire de la Coupe du monde inscrit individuellement par un joueur. C'est tout Maradona : c'est à la fois la ruse, le génie et c’est ce que les Argentins ont adoré parce que les Argentins aiment se représenter ainsi. C'est un mélange de ruse et de génie et c'est ce qu'a incarné Maradona sur un terrain pendant très longtemps.

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