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Mercato : "Le jour où l'Angleterre tousse, c'est tout le football qui s'enrhume derrière", assure Christophe Lepetit, économiste du sport

Avec 920 millions d'euros investis cet hiver dans le mercato, selon des chiffres du cabinet Deloitte, les clubs de Premier League ont presque doublé le précédent record de dépenses sur un marché des transferts hivernal.
Article rédigé par Hortense Leblanc, franceinfo: sport
France Télévisions - Rédaction Sport
Publié
Temps de lecture : 3 min
Les clubs de Premier League ont battu un record de dépenses lors d'un mercato hivernal, en janvier 2023, avec près de 920 millions d'euros investis. (SIMON TRAYLEN / AFP)

Un club, Chelsea, capable de dépenser plus que tous les autres clubs des grands championnats européens réunis, d'autres clubs de bas de tableau capables de concurrencer des grands clubs européens pour recruter les meilleurs talents... En janvier, la Premier League a assommé la concurrence par sa puissance financière, en continuant à recruter certains des meilleurs joueurs des autres championnats. Christophe Lepetit, économiste du sport au Centre de Droit et d’Economie du Sport de Limoges, explique, pour franceinfo:sport, les origines de ces fonds. 

Franceinfo:sport : L’ensemble des clubs de Premier League a été très actif sur le mercato hivernal, d’où vient leur puissance financière ?

Christophe Lepetit : La puissance financière de la Premier League vient de la capacité que le championnat anglais a, depuis longtemps maintenant, à commercialiser des droits TV qui sont sans commune mesure avec ce que peuvent faire les autres championnats européens. Aujourd’hui, le championnat anglais a réussi à prolonger ses contrats en cours avec ses diffuseurs actuels, en gardant le même montant, contrairement au championnat de France notamment, qui a connu une décote par rapport au contrat Mediapro. Cette capacité à acheter très cher des joueurs et à être très actif sur le marché des transferts découle donc de cette capacité à enregistrer une somme de revenus extrêmement colossale. Sur le dernier exercice, la Premier League, c’est presque cinq milliards et demi d’euros de revenus en cumulé. Derrière, vous avez la Bundesliga et la Liga, à trois milliards.

Et au-delà des droits TV, vous avez des contrats de sponsoring, avec des annonceurs qui payent très cher pour apparaitre sur les maillots et même les maillots d’entraînement, là où parfois certains clubs français ont du mal à commercialiser une face avant de maillot. Sans compter bien sûr les revenus de jour de match, avec des stades pleins, avec une politique tarifaire extrêmement agressive, puisque la Premier League a très significativement augmenté les prix des billets pour éradiquer le hooliganisme des stades.

Ces revenus sont-ils redistribués équitablement entre les clubs ?

Oui, la Premier League est le championnat qui redistribue le plus équitablement ses droits TV. Jusqu’à très récemment, les droits TV internationaux, de l’ordre de un milliard d’euros par saison, étaient répartis à parts égales entre tous les clubs. Le 20e touchait le même montant que le champion. Et par cette répartition très égalitaire, un petit club anglais, mal classé, a la capacité d’avoir des revenus qui sont de l’ordre des revenus des plus grands clubs européens. Wolverhampton (actuel 17e au classement) par exemple, dégage 220 millions d’euros de revenus par saison, l’OL sur 2021/2022, c’était 160 millions d’euros.

On a l’impression que les clubs anglais, quand ils sont rachetés par des nouveaux propriétaires, comme Chelsea, investissent énormément par la suite, contrairement aux clubs français, dont les nouveaux acquéreurs ont en général l’objectif d’assainir les finances….

Oui et non. Quand Gérard Lopez rachète Bordeaux, on est clairement dans ce cas de figure, avec l’objectif de sauver le club. Mais quand Franck Mc Court rachète l’OM, quand John Textor rachète l’OL, ou quand Ineos rachète Nice, il y a des mouvements sportifs qui sont opérés. Mais sur notre marché, c’est vrai qu’on a eu des clubs fragilisés et donc des investisseurs qui arrivaient pour soulager les clubs sans pour autant être en capacité de mettre en place des stratégies d’acquisition.

Ces investissements sans égal en Europe ne risquent-ils pas de déréguler le marché des transferts ?

Très clairement, le jour où l’Angleterre tousse, c’est tout le football qui s’enrhume derrière. Si un jour les clubs anglais, pour une raison règlementaire ou budgétaire, s’arrêtent de recruter, cela fragilisera le modèle économique de certains clubs qui font du trading et misent sur la vente de leurs talents. L’Angleterre dicte l’activité du marché des transferts. Les mouvements qu’elle conclue contribuent à injecter des liquidités dans le football européen, qui sont ensuite réinvesties. On l’a vu avec Lorient par exemple, qui a réinvesti les fruits de la vente de Dango Ouattara en achetant Bamba Dieng et en se faisant prêter Romain Faivre. La Premier League s’inscrit dans les règles de la FIFA, joue avec les règles de fair-play financier et s’y conforme. C’est plus facile de s’y conformer en générant des revenus importants qu’en comptant sur le marché des transferts pour équilibrer les comptes. 

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