La Ligue des champions, un objectif sportif et stratégique pour les émirs propriétaires du PSG et de Manchester City

Le Qatar, propriétaire du club parisien, et l'émirat d'Abou Dabi, propriétaire du club mancunien, investissent des milliards d'euros dans le football pour satisfaire d'autres intérêts économiques.

Article rédigé par
Hortense Leblanc - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 4 min.
L'émir du Qatar Tamim ben Hamad Al Thani, propriétaire du PSG, aux côtés de Nasser Al-Khelaifi, le président du club, au Parc des Princes.  (MIGUEL MEDINA / AFP)

Le Paris Saint-Germain rencontre Manchester City, mercredi 28 avril (21 heures), en demi-finale aller de la Ligue des champions. Les deux clubs profitent des fonds illimités de leurs propriétaires : le Qatar pour le PSG, et l'émirat d'Abou Dabi (Emirats arabes unis) pour Manchester City. Mais alors que l'ambition affichée est de soulever le plus prestigieux trophée des compétitions de clubs, ces richissimes actionnaires cachent d'autres objectifs, pour gagner en visibilité à l'échelle mondiale. 

Et si une victoire en Ligue des champions n'avait que peu d'intérêts pour les propriétaires du PSG et de Manchester City ? Avec des investissements colossaux, les deux clubs n'ont jamais caché leur ambition de soulever la "coupe aux grandes oreilles" pour la première fois de leur histoire.

Diversifier leur économie

Pour cela, Manchester City, racheté en 2008 par le Groupe uni d'Abou Dabi pour le développement et l'investissement (Adug), a dépensé plus de deux milliards d'euros dans le recrutement de joueurs, pour seulement 617 millions d'euros de vente, selon des chiffres du site spécialisé Transfermarkt. À Paris, le PSG a été racheté en 2011 par le fonds Qatar Sports Investments (QSI), et a dépensé 1,3 milliard d'euros dans l'achat de stars, pour des ventes estimées autour de 450 millions d'euros. 

"Le but, ce n'est pas vraiment le beau jeu."

Raphaël Le Magoariec, chercheur spécialisé sur les politiques sportives des pays du Golfe

à franceinfo sport

Selon Carole Gomez, géopoliticienne du sport et directrice de recherche à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris), les richissimes Etats propriétaires des deux clubs ont des objectifs similaires, éloignés du sport : "Ils veulent obtenir une plus grande importance sur la scène internationale, et développer les débouchés économiques pour diversifier leur économie."

Une analyse que rejoint Raphaël Le Magoariec, chercheur spécialisé sur les politiques sportives des pays du Golfe et doctorant à l'université de Tours : "C'est une façon pour eux d'intégrer le système mondialisé et de nouveaux marchés. Le but, ce n'est pas vraiment le beau jeu, mais plutôt de créer des relations pour développer leur économie dans d'autres domaines."

En anticipant la fin des hydrocarbures, les émirats se tournent donc vers de nouveaux investissements, censés développer leurs réseaux. "Abou Dabi est intéressé par le domaine des nouvelles technologies et le City Football Group (dont fait partie Manchester City) a investi dans un club indien parce que la ligue indienne appartient à un riche homme d'affaires qui a fait fortune dans ce domaine", explique Raphaël Le Magoariec. 

Ferran Soriano, directeur général de Manchester City et patron du City Football Group, lors du rachat du Mumbai City FC en 2019.  (INDRANIL MUKHERJEE / AFP)

"La défaite est un passage pour atteindre le Graal"

Pour permettre à ces Etats de développer de nouveaux canaux de puissance, l'image renvoyée par leurs clubs est primordiale. Et pour se donner un reflet prestigieux, rien de mieux que d'atteindre le dernier carré de la Ligue des champions ou d'attirer de grands noms comme Neymar, acheté 222 millions d'euros en 2017 par le PSG : "Ce n'est pas un problème pour eux de dépenser des millions. Ils sont prêts à tout pour développer leur puissance, sans regarder les montants dépensés", souligne le géopoliticien. 

Des investissements pour lesquels les propriétaires qataris du PSG espèrent avoir des résultats rapidement : "Le Qatar pense à court terme, et c'est un obstacle pour le PSG", selon Raphaël Le Magoariec. "Le club a eu des entraîneurs de renommée mondiale, mais ils sont virés dès que les résultats européens ne sont pas bons. Gagner la Ligue 1, ça importe peu pour le public mondial, ça n'intéresse pas grand monde en dehors du territoire français. Donc si le PSG ne brille pas sur la scène européenne, ça leur apporte peu de choses", ajoute-t-il. 

Au contraire, le plan sportif de Manchester City, avec des sommes colossales réparties sur plusieurs joueurs, semble conçu à plus long terme : "Ils ont donné les clés à Pep Guardiola et conçoivent la défaite comme un passage pour atteindre le Graal. Mais ils peuvent davantage se le permettre que les Qataris, puisqu'ils ont investi dans un club de Premier League, et gagner ce championnat, c'est déjà très prestigieux", analyse le géopoliticien.

Le cheick Mansour ben Zayed Al Nahyane (deuxième en partant de la droite), propriétaire de Manchester City, célèbre le titre remporté par le club en 2014.  (EMIRATES NEWS AGENCY/HANDOUT / MAXPPP)

Une rivalité apaisée

Sur la scène régionale, le Qatar et les Emirats arabes unis sont deux monarchies rivales. En 2017, à l'initiative de l'Arabie saoudite, suivie par les Emirats arabes unis, l'Egypte et Bahreïn, un blocus commercial et diplomatique avait été imposé au Qatar, soupçonné de soutenir le terrorisme. Cet embargo a été levé en janvier, et les tensions s'apaisent entre pays voisins. 

Selon Raphaël Le Magoariec, il ne faut pas s'attendre à ce que cette rivalité s'exporte dans le football européen et lors de la rencontre entre le PSG et Manchester City : "Il n'y aura aucun enjeu nationaliste dans ce match. Les propriétaires n'ont aucun intérêt à politiser cette rencontre, et les joueurs sont bien éloignés de ces préoccupations." La concurrence devrait donc être uniquement axé sur le terrain lors de cette demi-finale de la Ligue des champions. Mais au coup de sifflet final du match retour, mardi 4 mai, un seul club aura fait rayonner son propriétaire. 

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