Reportage Marseille, des retrouvailles brûlantes avec l'Europe, malgré quelques incidents en tribune

Pour la première fois depuis décembre 2018, l’Olympique de Marseille a disputé un match de coupe d’Europe dans un stade Vélodrome plein à craquer. Franceinfo y était.

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De notre envoyé spécial - Adrien Hemard - franceinfo: sport
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Un supporter marseillais craque un fumigène avant le match OM-Galatasaray, le 30 septembre 2021. (NICOLAS VALLAURI / MAXPPP)

Mille vingt-deux jours. Cela faisait trois ans, et la réception de Limassol devant 5 000 supporters à peine, que le stade Vélodrome attendait de regoûter aux joies d’une campagne européenne avec du public. Après une épopée désastreuse et à huis clos la saison passée en Ligue des champions en raison du Covid, l’Olympique de Marseille a renoué avec la ferveur incandescente des soirées européennes au stade Vélodrome. Problème : la fête, qui avait très bien démarré, a été gâchée par des incidents provoqués par le parcage des supporters de Galatasaray. 

Le match interrompu 

Tout avait pourtant été prévu. Après tant d'attente, et face à un public adverse réputé bouillant, un dispositif spécial avait été mis en place pour que la journée soit belle à Marseille. La préfecture de police avait pris les devants pour éviter les débordements en ville (interdiction des cortèges), notamment en envoyant directement les ultras turcs dans l'enceinte du stade. Malheureusement, c'est dans le Vélodrome que la situation a dégénéré, et précisément dans le parcage turc. Malgré la zone tampon établie entre les supporters de Galatasaray et les Marseillais. 

Le premier accrochage a eu lieu dès l'ouverture des portes, quasiment deux heures avant le coup d'envoi. Alors que les supporters marseillais prenaient place, les Turcs (venus de toute l'Europe, mais pas de Turquie, à cause de la situation sanitaire) ont mulitplié les provocations et chants insultants. Des sièges ont volé du parcage vers le virage, et la barrière a même cédé un court instant avant qe les CRS ne rétablissent le calme à coup de gaz lacrymogènes. Dans la foulée, une banderole déployée par les supporters de Galatasaray a clos l'incident, en rendant hommage à Clément, ce supporter marseillais décédé récemment d’un accident de la route au retour d’un match à Angers. 

Un répit de courte durée. Car après un début de match brûlant – dans le bon sens du terme – les supporters de Galatasaray ont mis le feu à la rencontre – dans le mauvais sens. À la 36e minute de jeu, le parcage turc s'est littéralemment embrasé. Jusque-là rien de gênant. Sauf qu'une partie des fumigènes ont été lancés en direction des supporters marseillais (qui en ont renvoyé quelques uns) et des forces de l'ordre. Un nombre incalculable de pétards ont aussi explosé pendant plusieurs minutes, entraînant l'interruption de la rencontre. Après plusieurs messages en turc et une intervention du speaker de l'OM dans les enceintes, le calme est finalement revenu. Plutôt que de tomber dans la surenchère, les supporters marseillais ont alors répondu de la meilleure des manières : en chantant deux fois plus fort. 

Un avant-match fraternel

Dommage, car jusqu'ici la fête avait été belle. Comme souvent à Marseille, la journée avait bien commencé, bercée par un climat estival. Aux rayons du soleil, d’autres éclats dorés s'étaient progressivement ajoutés sur la Canebière et dans le reste de la ville : ceux des maillots des supporters de Galatasaray, adversaire du soir de l’OM. Parmi eux, Kadir, à peine débarqué de Liège : "J’aime l’OM, et j’aime Galatasaray, je ne pouvais pas manquer ça. J’en ai profité pour acheter le maillot de Cengiz Ünder, le Messi turc". Et le Belge a été loin d'être le seul à en croire Jérémy, vendeur à la boutique de l’OM sur la Canebière : "Ça n’arrête pas, on voit beaucoup de supporters turcs entrer avec un maillot de Galatasaray sur les épaules, et sortir avec un maillot de l’OM floqué au nom d’Ünder".

En ville, les supporters des deux camps ont confirmé cette fraternité toute l'après-midi. Un petit détour par la terrasse de la Brasserie OM sur le Vieux Port suffisait à s’en rendre compte. Installé en terrasse, Wael, abonné dans le virage sud du Vélodrome, résumait : "On n'a aucune animosité avec Galatasaray, au contraire ce sont des ennemis du PSG donc des amis. Ils ont eu Drogba en plus, et les mentalités marseillaises et turques se ressemblent. On est quasi des frères". Même son de cloche à quelques tables, avec Eray, supporter turc : "On se sent bien ici, les gens n’aiment pas Paris ni Fenerbahçe, comme nous. Ils aiment Drogba, Gerets et Ribéry, comme nous. D’ailleurs, je vais aller acheter le maillot de l’OM floqué Cengiz Ünder". Encore un

Devant le stade, pendant que la quinzaine de bus d’ultras de Galatasaray disparaissaient dans les parkings du stade Vélodrome, on a assisté à un tout autre spectacle, bien plus réjouissant. Alors que les portes du stades étaient encore fermées, les supporters des deux camps se sont mélangés durant de longues minutes au pied du Vélodrome. Marseillais et Turcs fraternisaient dans un combat vocal pacifique. Un spectacle réjouissant après la succession d’incidents dans les tribunes françaises ces dernières semaines, et loin des images qu'on a vues plus tard dans la soirée. "J’adore les soirs de coupe d’Europe, c’est différent", appréciait Marine, venue de Haute-Marne pour l’occasion. Drômois, Yasin a parcouru moins de chemin, lui l’habitué du Vélodrome : "J’aime l’OM, mais ce soir je suis venu pour Galatasaray", avoue-t-il, maillot turc sur le dos, "On se mélange avec les Marseillais, ça fait du bien ce genre d’ambiance". Et c'est celle qu'on retiendra de cette soirée.

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