Ligue Europa : ressorts psychologiques, collectif fort, adaptabilité tactique... Dans les coulisses de la "méthode" Emery

L'ancien coach du PSG Unai Emery a remporté mercredi avec Villarreal une quatrième C3 à son palmarès pour sa cinquième finale dans la compétition.

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Unai Emery, salué par ses joueurs après la victoire de Villarreal en Ligue Europa. (MAJA HITIJ / POOL)

Deux ans après avoir échoué avec Arsenal, Unai Emery était de retour en finale de la Ligue Europa, mercredi 26 mai à Gdansk, avec Villarreal. En s'imposant contre Manchester United, le Basque a rejoint José Mourinho parmi les entraîneurs encore en activité à avoir remporté quatre Coupes d'Europe. Une performance majuscule pour l'ancien coach du PSG, qui à défaut d'avoir trouvé son bonheur en C1, s'est construit en C3. Tentative de décryptage de la "magie" Emery.

Des buteurs qui brillent

29 buts en 45 matchs. Des statistiques à faire frémir les meilleurs neuf de la planète. Cette saison, Gerard Moreno s'est invité dans le ballet des meilleurs buteurs au monde avec Villarreal. L'Espagnol n'a pas failli mercredi, en ouvrant le score. Pas une surprise au regard des performances de ceux qui ont occupé le front de l'attaque sous le management du Basque.

Qu'il s'agisse d'Alvaro Negredo à Almeria, de David Villa à Valence, de Kevin Gameiro ou Carlos Bacca à Séville, d'Edinson Cavani au PSG ou même Pierre-Emerick Aubameyang à Arsenal, les buteurs ont très souvent réalisé des exercices prolifiques sous le coaching d'Unai Emery. L'homme de 49 ans sait faire briller ses finisseurs en entretenant leur confiance et, surtout, en s'appuyant sur un collectif fort.

Travail de l'ombre et sens tactique aiguisé, les caractéristiques du joueur "Emery-compatible"

Quand on observe de près l'effectif de Villarreal, sa composition ressemble à s'y méprendre à celle du Séville qui enchaînait les succès en C3 de 2014 à 2016. Un mix de "grognards" expérimentés et de jeunes bien intégrés.

Pour Romain Molina, journaliste indépendant et auteur du livre "Unai Emery, el maestro" (Hugo Sport), la qualification en demi-finale contre Arsenal a permis de retrouver la "patte" de l'ancien manager parisien. "Manu Trigueros, qui est un joueur de complément et un super joueur de devoir et de collectif, a terminé le match retour en jouant ailier gauche dans un système en 4-4-2, alors qu'il n'est pas vraiment ailier gauche. C'est un profil qui ressemble un peu à Coke du temps de son époque sévillane. C'est de l'adaptabilité tactique, un groupe de vieux briscards. C'est exactement le genre de joueurs qui correspond à son projet de jeu."

Pau Torres, 25 ans, et Yeremi Pino, 18 ans, deux joueurs formés au club, côtoient des cadres comme Raul Albiol, 35 ans, ou Dani Parejo, 32 ans. Et l'alchimie fonctionne.

"Il a des ressorts psychologiques lors de compétitions avec des confrontations directes"

Ancien joueur sous Emery à Valence, l'international espagnol Joaquin expliquait qu'il avait ressenti une usure après avoir passé trois saisons avec l'homme aux cinq finales de Ligue Europa. Un acharnement que confirme Romain Molina : "Beaucoup te disent qu'il bosse énormément, peut-être trop des fois. Son staff est un staff de bosseurs. Il vit les matchs de manière intense et c'est pour cela qu'à Villarreal, cela ne se passe pas trop mal. Il a un effectif un peu à son image."

Autant d'arguments qui constituent le socle de la "méthode" Emery. Mais la dimension mentale n'est pas à négliger pour ce spécialiste de la C3. "Il a des ressorts psychologiques sur les compétitions avec des confrontations directes. Ce n'est plus un hasard. Quand j'en avais parlé à beaucoup de joueurs, tous te disaient qu'ils avaient une assurance incroyable en Ligue Europa à Séville. Mais je pense qu'indépendamment d'Emery, cela relevait aussi du club en lui-même, qui a une histoire particulière avec cette compétition. Tout est parti de Séville pour Emery", précise le journaliste. Et aujourd'hui, ce dernier s'efforce de perpétuer la tradition en dehors des frontières de l'Andalousie.

Effectif limité, déficit athlétique, trous d'air de concentration... les limites du Sous-marin jaune

Une fois soulignées les qualités du groupe d'Emery à Villarreal, il convient, enfin, d'en exposer aussi les limites malgré cette nouvelle victoire en finale de Ligue Europa.

Tout d'abord, le Sous-marin jaune a eu du mal à éviter les blessures cette saison. Fin avril, un classement réalisé par la Cope plaçait Villarreal au troisième rang des équipes comptant le plus de blessures.

Ensuite, le 7e de la dernière Liga a connu des trous d'air en championnat. Le dernier en date remonte à l'ultime journée face au Real Madrid (défaite 2-1 après avoir encaissé deux buts dans les dernières minutes). "Ils avaient souvent les matchs en main et ont perdu des points, notamment dans le derby face à Valence. Ils ont eu une irrégularité en Liga que l'on n'a pas retrouvée en C3", explique Romain Molina.

Enfin, les Espagnols ont un déficit athlétique qu'il est souvent difficile de compenser dans l'entrejeu, une tâche que Villarreal a mercredi bien géré. "Pour jouer les deuxièmes ballons face à Paul Pogba ou Scott McTominay, tu n'as pas de grands gabarits. Étienne Capoue est l'un des rares à tenir la comparaison au milieu de terrain." De quoi faire passer quelques frissons aux supporters,  mais encore une fois, "El Maestro" Emery a trouvé la parade.

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