Infographies "Nous sommes des athlètes, pas des machines", le signal d'alarme des footballeurs face au rythme infernal du calendrier

Le syndicat international des joueurs et l'UNFP se sont réunis à Paris, jeudi, après la publication d'une étude menée auprès de 1055 joueurs professionnels. 

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Le milieu de terrain du Real Madrid Luka Modric face à Chelsea, le 6 avril 2022 à Londres. (ASHLEY WESTERN / COLORSPORT)

Face à Liverpool en finale de Ligue des champions, samedi 28 mai, il sera certainement titulaire dans l'entrejeu madrilène. A désormais 36 ans, Luka Modric disputera le 51e match d'une saison 2021-2022 déjà bien remplie. Ce rythme infernal, le Croate ne le connaît que trop bien : la saison dernière déjà, il avait comptabilisé 63 rencontres au compteur, toutes compétitions confondues.

Comme lui, des centaines de joueurs professionnels jonglent entre club et sélection, compétitions nationales et européennes, à un rythme toujours plus élevé. C'est le signal d'alarme que tire la Fifpro, le syndicat représentant les joueurs de football professionnels du monde entier, dans un rapport publié jeudi 26 mai, au terme d'une réunion avec son homologue français, l'Union nationale des footballeurs professionnels (UNFP), à Paris.

Le footballeur, machine 2.0

L'entité appelle à une "réforme urgente" après une étude menée entre octobre et décembre 2021 auprès de 1 055 joueurs professionnels, et d'une centaine d'experts (entraîneurs, médecins, scientifiques, préparateurs physiques), interrogés sur le calendrier surchargé des dernières saisons.

"La pression exercée sur la santé des joueurs révèle la crise de gouvernance de notre sport", avec "un modèle obsolète qui considère les joueurs comme des ressources", explique la Fifpro, qui demande aux organisateurs de compétitions d'écouter "les joueurs et ce que leur corps nous fait entendre".

Quelque 54% des joueurs interrogés ont reconnu avoir souffert d'une blessure provoquée par un calendrier surchargé. La Fifpro affirme que 41% des joueurs de son panel ont déjà enchaîné au moins une fois 10 matchs d'affilée sans jamais avoir plus de quatre jours de repos entre deux rencontres, depuis 2018.

La cadence la plus insoutenable est attribuée à Luka Modric (Real Madrid), qui a disputé jusqu'à 24 matchs d'affilée sans avoir plus de quatre jours de repos entre deux d'entre eux, durant la saison 2020-2021, soit quatre fois plus que le "maximum recommandé". Le syndicat s'inquiète aussi du raccourcissement des périodes d'intersaison. Moins d'un tiers des joueurs interrogés ont disposé d'au moins quatre semaines de repos à l'intersaison en 2019-2020 et 2020-2021.

Le Croate et ses 63 rencontres au compteur cette saison-là, fait aussi partie des joueurs qui dépassent le quota de matchs recommandés par saison fixé à 55 pour près de 9 experts de ce panel sur 10.

Sur un panel de 265 joueurs sélectionnés pour cette étude, un peu plus d'un quart (27%) ont dépassé ce seuil recommandé la saison dernière. Un rythme en baisse si l'on compare aux chiffres d'avant la pandémie. Ainsi, en 2018-2019, plus d'un tiers (38%) des joueurs avaient dépassé les 55 matchs sur une saison. Un risque pour le corps, mais aussi pour l'esprit.

La santé mentale en danger

Car certains cas extrêmes alertent l'organisation, comme celui de l'Espagnol Mikel Oyarzabal, qui n'a disposé que de six jours de coupure entre les Jeux olympiques à l'été 2021, et la reprise de l'entraînement à la Real Sociedad quelques semaines plus tard. Cette accumulation de fatigue aurait aussi des effets psychologiques notables, selon l'étude de la Fifpro. 82% des experts interrogés ont en effet observé des problèmes de santé mentale chez les joueurs victimes d'un calendrier surchargé.

"Nous sommes des athlètes, pas des machines. Nos corps et nos esprits ont des limites naturelles. Lorsque nous en faisons trop ou que nous nous reposons trop peu, nous craquons", s'inquiètent, dans une tribune publiée par la Fifpro, les joueurs professionnels, représentés notamment par plusieurs grands noms comme Leonardo Bonucci, Jonathan David et Arturo Vidal. Une prise de parole importante alors que la "Ligue des champions nouvelle formule" apparaîtra dans un an avec toujours plus de rencontres, et que la question d'une Coupe du monde tous les deux ans est avancée par la Fifa. 

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