Ligue des champions : de dauphin régulier en Espagne à grand d’Europe, la remontada du Barça

Le FC Barcelone, tenant du titre, dispute sa deuxième finale consécutive de la Ligue des champions, samedi, face à Lyon.

Article rédigé par
Gervaise Doublet et Marie Diémé de L’Équipière - franceinfo: sport
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Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Le Camp Nou a fait le plein, établissant un nouveau record d'affluence pour un match de football féminin, lors de la demi-finale aller de la Ligue des champions entre le FC Barcelone et Wolfsburg, le 22 avril 2022. (LLUIS GENE / AFP)

Vaincu en 2019 par Lyon pour sa première finale, victorieux en 2021 de Chelsea pour sa deuxième, le FC Barcelone dispute la troisième finale de Ligue des champions de son histoire, samedi 21 avril, contre les Lyonnaises. C’est tout sauf une surprise pour un club, dont la section féminine, après des années de construction, s’est installé parmi les grands d’Europe. Retour sur un long cheminement vers la consécration.

Plus de 91 000 spectateurs au Camp Nou pour la demi-finale aller de Ligue des champions. Un nouveau record d’affluence pour un match de football féminin. Cela en dit long sur l’engouement suscité par la nouvelle dimension prise par le FC Barcelone, avec sa section féminine. Tenantes du titre, les Barcelonaises avaient écarté en demi-finales (5-1 à l'aller au Camp Nou, 0-2 au retour) Wolfsburg, grand d’Europe avec ses deux sacres (2013 et 2014) et trois finales perdues (2016, 2018, 2020).

Un nouveau record mondial pour un match de football, lors de la demi-finale aller de la Ligue des champions entre Barcelone et Wolfsburg, le 22 avril 2022. (LLUIS GENE / AFP)

Déjà championnes d’Espagne pour la troisième fois consécutive, les Ibériques ont pris une nouvelle dimension depuis 2019. Rattachée au club catalan depuis 2011, la section féminine est loin du palmarès de sa section masculine et de son aura. Quatre fois sacrées championnes d’Espagne entre 2012 et 2015, ayant acquis le statut professionnel en 2015, les Barcelonaises ont connu des années plus difficiles après la professionnalisation. De 2016 à 2019, elles ont dû se contenter d’un statut de dauphin en Espagne, devancées par Bilbao et l’Atlético de Madrid. L’écurie catalane laissait toutefois entrevoir de belles promesses. "Il y avait déjà de bonnes bases et de bonnes joueuses mais le projet en était à ses débuts", se souvient l'ancienne internationale française Élise Bussaglia, qui y a évolué de 2017 à 2018. "Les ambitions étaient claires : rejoindre des équipes comme Lyon et Wolfsburg."

Une recette locale bien connue

Pour s’élever, le FC Barcelone n’a pas dérogé à son éternelle recette : son identité de jeu. Une philosophie fondée sur la possession de balle, comme l’explique l’ex-Blaugrana : "Ils se basent sur la formation, sur des joueuses espagnoles, qui ont l’ADN du Barça inculqué dans leur apprentissage du football."

Le club a aussi renforcé son effectif local avec des joueuses étrangères pour pallier ses carences dans le jeu. "On dit que le jeu espagnol manque de vitesse donc ils ont complété avec des joueuses comme Lieke Martens ou Caroline Graham Hansen", justifie-t-elle. Ce savant mélange a permis de passer un cap. Equipe espagnole la plus présente dans le dernier carré de la Ligue des champions avec quatre participations depuis 2016 (l’Atlético n’a jamais atteint les demi-finales), le FC Barcelone est même devenu la première formation ibère à disputer une finale, en 2019. Dominée nettement par les Lyonnaises (4-1), triples tenantes du titre, l’équipe catalane a appris, et s’est solidifiée collectivement : "Les étrangères arrivent dans un nouveau pays et s’habituent à un nouveau style de jeu et à une nouvelle équipe, ce qui n’est pas évident", souligne Elise Bussaglia. "Petit à petit, plus les joueuses jouent ensemble, plus elles sont performantes et plus le niveau est élevé", indique l’ancienne tricolore. 

La reconquête

Là où le monde du football s’est arrêté en raison de la pandémie de Covid-19, lors de la saison 2019-2020, en Catalogne, l’histoire s’est mise en marche : un titre de champion d’Espagne retrouvé après cinq années d’échec et une nouvelle demi-finale en Ligue des champions. Si Wolfsburg a barré le chemin d’une deuxième finale consécutive, c’était un simple contretemps avant la consécration.

Les joueuses de Lluís Cortés ont largement dominé l’exercice 2020-2021 avec un bilan exceptionnel de 33 victoires (167 buts marqués, 15 buts encaissés) et 25 points d’avance sur le Real Madrid. Les Catalanes ont aussi raflé la Copa de la Reina. Le FC Barcelone a parachevé son œuvre en concrétisant son rêve européen en devenant la première équipe espagnole à soulever le trophée de la Ligue des champions, en mai dernier aux dépens de Chelsea (4-0).

L’avènement de l’équipe a été le fruit d’une maturation du groupe, selon Elise Bussaglia : "Il y a des filles qui étaient très jeunes, qui ont joué ensemble pendant plusieurs années comme Alexia Putellas, Mariona Caldentey ou Sandra Paños. Aujourd’hui, elles ont 25, 26 ans et elles ne sont pas loin du meilleur niveau qu’elles atteindront." Une progression individuelle qui profite à un collectif de plus en plus fluide. "Le professionnalisme, les moyens mis par le club, qu’ils soient financiers ou structurels, le travail des joueuses, leurs efforts et leur préparation en dehors du terrain comptent et se sont énormément améliorés", ajoute-t-elle.

Le nouvel épicentre du football européen

Et la tendance s’amplifie. Les Blaugranas ont remporté leur troisième titre de championnes d’Espagne consécutif de manière prématurée, dès le mois de mars (146 buts inscrits et 8 encaissés en 27 matchs). Elles ont raflé le seul titre manquant à leur palmarès l’année dernière, la Supercoupe d’Espagne, en laminant l’ancien rival, l’Atlético Madrid (7-0). Le symbole d’une domination absolue. Toujours en lice en Copa de la Reina, les joueuses de Jonatan Giraldez, remplaçant de Lluís Cortés à l’intersaison, ont réalisé un sans-faute sur la scène européenne, jusque-là. Et le Ballon d’or, remporté par Alexia Putellas est l’un des autres signes d’une montée en puissance continue, que le club ne veut pas interrompre.

Alexia Putellas pose avec le trophée du Ballon d'or féminin, au théâtre du Châtelet à Paris, le 29 novembre 2021. (FRANCK FIFE / AFP)

En début de saison, le Barça a ainsi annoncé que neuf jeunes blaugranas résideraient dorénavant à La Masia, son célèbre centre de formation, pour mieux concilier parcours scolaire et excellence sportive. Un atout majeur, comme l’explique Bussaglia: "Il y a un grand vivier, il y a des joueuses qui émergent comme Claudia Pina qui s’entraînait déjà avec les pros quand j’étais au Barça. Elles vont continuer à former ce noyau dur.

Auparavant, elles n’évoluaient pas au Camp Nou. Cela change aussi. "Les résultats, gagner la Ligue des champions, une joueuse Ballon d’or, c’est la meilleure publicité. On parle de remplir un Camp Nou, c’est fantastique", se réjouit Elise Bussaglia. Mais la concurrence européenne n’est pas la même que de l’autre côté des Pyrénées : "Il y a tellement d’équipes, comme Lyon, Paris ou les clubs anglais qui se développent, que l’on ne peut pas dire qu’elles vont gagner la Ligue des champions 3 ou 5 années de suite. Mais elles vont s’installer dans les meilleures équipes, qui chaque année peuvent prétendre au titre", estime l’ancienne milieu de terrain. 

Par Gervaise Doublet et Marie Diémé @lequipiere

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