Football : La lutte contre le racisme en 5 dates clés, de la prise de conscience à l'acte fort

En quittant la pelouse d'une rencontre de Ligue des champions ce mardi 8 décembre, les joueurs du PSG et de Basaksehir ont marqué un tournant dans l'histoire du football. Pour la première fois, deux équipes ont décidé d'arrêter une rencontre de premier plan après la suspicion d'un acte raciste. Un pas loin d'être anodin après plus de vingt ans de réactions minimes ou tout simplement inefficaces.
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France Télévisions
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 (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

• 1989 : Joseph Antoine Bell et la prise de conscience

En 1989, le gardien de but camerounais Joseph Antoine Bell revient au Stade Vélodrome. Gardien emblématique de l’OM de 1985 à 1988, le portier fait son retour sous le maillot des Girondins de Bordeaux, à une époque où la rivalité entre Marseillais et Bordelais est à son paroxysme. Dans les tribunes, un bien triste comité d’accueil est réservé à Bell, qui reçoit - entre autres - des bananes lancées par plusieurs supporters marseillais. Par cet incident, la France du football comprend alors qu’elle n’est pas épargnée par le racisme qui s’accentue en cette fin des années 1980. Les autorités commencent alors à se pencher, timidement, sur la question.  “Je pense que les gens auraient pu se comporter autrement et que ça n’aurait pas changé le résultat du match. On n’a pas besoin de toutes ces bassesses et de toute cette bêtise”, commente le joueur après la rencontre.

• 2008 : Abdeslam Ouaddou victime… et sanctionné

16 février 2008, Valenciennes se déplace à Metz. Dans les rangs valenciennois figure Abdeslam Ouaddou, défenseur marocain formé chez le rival des messins : l’AS Nancy Lorraine. Pendant toute la rencontre, le défenseur est pris pour cible par un supporter du FC Metz qui use d’insultes racistes à son encontre : "sale négro", "sale arabe", "espèce de singe". Ouaddou interpelle l’arbitre à ce sujet, puis va s’expliquer avec le supporter à la mi-temps. Au retour des vestiaires, il se voit sanctionné d’un carton jaune. Après coup, le supporter en question est finalement condamné à trois mois de prison avec sursis, trois ans et demi d'interdiction de stade, 1500€ de dommages et intérêts. Le FC Metz se voit aussi infligé un match à huis clos et perd un point au classement. Doucement, les lignes bougent, enfin.

• 2013 : Mario Balotelli “si ça arrive encore une fois, je quitte le terrain”

Premier joueur noir de la sélection italienne en 2010, Mario Balotelli n’a même pas eu le temps de se révéler à la Serie A avec l’Inter qu’il a été victime d’injures racistes. La même année où il obtient la reconnaissance de la Squadra Azzurra, il est ciblé par les tifosi de la Juventus lors d’un déplacement à Turin. Ces derniers chantent par exemple qu’il “n’y a pas d’Italiens noirs”. Après des condamnations minimes du monde du football, tout le monde oublie l'incident et passe à autre chose.

Mais trois ans plus tard, sous les couleurs de l’AC Milan après trois saisons en Angleterre, Balotelli est à nouveau ciblé, cette fois par des supporters de la Roma. A l’époque, l’arbitre a décidé d’interrompre momentanément la rencontre, chargeant le speaker de faire une annonce pour calmer les fautifs. Le jeu avait repris et Balotelli n’avait pas digéré. “Je me suis toujours dit que si ça arrivait au stade, je ferai comme si personne n'avait rien dit, comme si je m'en foutais. Mais cette fois-ci, j'ai un peu changé d'avis. Si ça arrive encore une fois, alors je quitterai le terrain parce que c'est stupide", avait-il déclaré à CNN.

• 2018 : Koulibaly, une goutte d'eau dans un océan de dérives

Les années se suivent et se ressemblent en Italie. Aucune saison n'est épargnée par les actes racistes en tribunes. Et le plus souvent, le même schéma se répète : des chants racistes contre un joueur noir sur la pelouse, qui réagit face à l'arbitre et récolte un carton, voire une expulsion. Sulley Ali Muntari en a fait les frais en mai 2017. En décembre 2018, c'est le cas de Kalidou Koulibaly qui marque tristement l'actualité.

Victime de cris de singe lors d'un match contre l'Inter Milan à Giuseppe Meazza, l'international sénégalais est expulsé par l'arbitre pour l'avoir applaudi ironiquement à cause de son inaction face aux événements. Les réactions abondent sur les réseaux sociaux, les campagnes anti-racistes (maladroites) se multiplient en Italie, mais rien n'y fait. Mario Balotelli face au Hellas Vérone ou encore Moise Kean et Blaise Matuidi contre Cagliari, seront encore victimes de cris de singe en 2019...

• Février 2020 : Moussa Marega quitte la pelouse

Les chants racistes ne sont pas une spécialité exclusivement italienne. En déplacement chez Guimaraes avec le FC Porto en février dernier, Moussa Marega est la cible de cris de singe. Excédé et dégoûté, le buteur du soir décide alors de ne plus se donner en spectacle et regagne les vestiaires, sous la bronca du stade. Il ne reviendra pas sur sa décision, même si ses coéquipiers tentent de l'en dissuader. 

Cet acte fort aurait été sûrement bien plus marquant si l'ensemble des acteurs avaient décidé d'aller dans son sens. Il aura fallu attendre jusqu'à ce 8 décembre 2020 pour voir cela se produire, dans des circonstances certes différentes mais avec une symbolique très forte. Paris et Istanbul Basaksehir ont décidé d'un commun accord d'arrêter une rencontre de Ligue des champions. Un acte fort et peut-être fondateur dans la lutte contre le racisme dans le football.

Adrien Hémard et Andréa La Perna.

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