Finale de la Ligue des champions : comment l'arrêté "anti-maillots du PSG" à Marseille a été abrogé en trois actes

La préfecture des Bouches-du-Rhône voulait éviter des incidents entre supporters parisiens et fans marseillais, dimanche soir, pour la finale opposant le club de la capitale au Bayern Munich. Mais son arrêté a créé la polémique.

Les supporters du Paris Saint-Germain font la fête devant l\'hôtel de leur équipe à Lisbonne après la qualification en finale de la Ligue des champions, le 18 août 2020.
Les supporters du Paris Saint-Germain font la fête devant l'hôtel de leur équipe à Lisbonne après la qualification en finale de la Ligue des champions, le 18 août 2020. (FRANCK FIFE / AFP)

Finalement, les signes ostentatoires de soutien au Paris Saint-Germain ne seront pas bannis dimanche soir du centre-ville de Marseille. La préfecture de police des Bouches-du-Rhône est en effet revenue, vendredi 21 août, sur sa décision d'interdire le port du maillot du PSG dans le quartier du Vieux-Port, pour la finale de la Ligue des champions opposant le club de la capitale au Bayern Munich, dimanche 23 août. L'arrêté en ce sens a été abrogé face à "l'incompréhension suscitée". Retour sur cette valse-hésitation en trois temps.

1La préfecture veut éviter les "incidents"

"Marseille : le port du maillot du PSG interdit dans le centre le soir de la finale", titre Le Parisien, jeudi 20 août. L'information est confirmée par la préfecture de police des Bouches-du-Rhône : les supporters du club parisien, avec maillots, écharpes ou autres insignes du PSG, ne pourront pas se promener dans le quartier du Vieux-Port. France Bleu Provence donne la teneur de l'arrêté de la préfecture de police de Marseille, qui tient en deux interdictions :

"Article 1er : du dimanche 23 août 2020 à 15 heures au lundi 24 août 2020 à 3 heures, il est interdit à toute personne se prévalant de la qualité de supporter du PSG, ou se comportant comme tel, de circuler ou de stationner sur la voie publique sur le Vieux-Port et sa périphérie dans les 1er, 2e, 6e et 7e arrondissements de la commune de Marseille.

Article 2 : sont interdits dans le périmètre et pour la durée définis à l'article 1er, la possession, le transport et l'utilisation de tous pétards et engins pyrotechniques, drapeaux et banderoles dont les inscriptions appellent à la provocation, à la violence ou à la haine et tout objet pouvant être utilisé comme projectile."

"Le non-respect de cette interdiction est puni de 30 000 euros d'amende, de six mois de prison et d'une interdiction de stade", précise Emmanuel Barbe, le préfet de police des Bouches-du-Rhône, sur franceinfoPour justifier sa décision, il met en avant des raisons de sécurité. "Lors de la qualification du PSG en finale, cela s'est mal passé, il y a eu des incidents dans le centre, un supporter du PSG a été coursé dans les rues de Marseille et cela a failli mal se finir", justifie-t-il. Ce soir-là, "un individu avait été interpellé pour des faits de violences sur un homme qui portait un maillot du PSG", selon le quotidien régional La Provence.

2L'interdiction provoque un tollé

Immédiatement, la décision indigne les supporters. "C'est dégueulasse, vraiment dégueulasse. C'est juste par jalousie en fait", réagissent Yasmine, Mohamed et leurs enfants, qui viennent d'arriver à Marseille de Paris pour les vacances. Ils comptaient tous porter le maillot du Paris Saint-Germain dimanche, expliquent-ils au micro de Radio France.

En dehors du cercle des supporters, d'autres voix s'élèvent pour dénoncer cette décision, comme celle de  Sébastien Jibrayel, l'adjoint aux sports de la ville de Marseille "Je ne pense pas que ça soit utile, que ça règlera les problemes", affirme-t-il sur franceinfo jeudi 20 août. Des personnalités diverses, de l'ex-présidente du Medef Laurence Parisot à l'éditorialiste Jean-Michel Apathie, s'élèvent en chœur contre une "atteinte aux libertés publiques".

L'affaire prend rapidement une dimension politique. Elle est dénoncée au sein de la majorité gouvernementale. Sur Twitter encore, jeudi 20 août, le député parisien de La République en marche et vice-président de l'Assemblée nationale Hugues Renson "condamne fermement cette décision", en estimant qu'"interdire le port d'un vêtement au motif qu'il susciterait chez certains la haine n'est pas admissible". 

3Sous pression, le préfet abroge l'arrêté

Face à la pression, et à la demande de Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, selon les informations du service politique de France Télévisions, la préfecture de police des Bouches-du-Rhône annonce par communiqué, vendredi 21 août, l'abrogation de l'arrêté contesté. "Face à l'incompréhension suscitée par cet arrêté, le préfet de police a décidé ce jour de l'abroger", explique le communiqué.

S'il n'y aura donc pas d'interdiction, la préfecture de police "invite instamment" les fans du PSG "à ne pas porter de signes ostentatoires dans l'espace public et à faire preuve de modération dans leurs éventuelles célébrations afin de ne pas être pris à parti". Les forces de l'ordre, qui seront déployées dans le secteur du Vieux-Port, "seront particulièrement vigilantes afin d'empêcher l'action de tout fauteur de troubles, sans exception".