Twitter la confond avec André Villas-Boas, l'entraîneur de l'OM : on vous raconte l'histoire d'Ashley Van Buren, l'autre "AVB"

Article rédigé par
Marianne Chenou - franceinfo
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 5 min.
Ashley Van Buren, lors d'un entretien sur Zoom, le 23 décembre 2020. (MARIANNE CHENOU / FRANCEINFO)

En raison de ses initiales identiques à celles de l'entraîneur portugais de l'Olympique de Marseille, Ashley Van Buren est régulièrement sollicitée sur Twitter par des supporters qui pensent demander des comptes à leur club. Elle a su en jouer et en tirer une certaine notoriété.

"Mince ! Pourquoi des gens continuent d'embaucher l'autre AVB ? Il laisse tout le monde tomber !" Dans ce tweet du 28 octobre dernier, Ashley Van Buren partage un avis bien tranché sur l'entraîneur portugais de l'Olympique de Marseille, André Villas-Boas. Pourtant, cette scénariste et autrice américaine vivant à New York avoue ne rien connaître au football. Alors comment en est-elle venue à juger les performances du club olympien, sans jamais avoir regardé un seul match ? 

A l'origine de ce soutien incongru, il y a un pseudonyme sur Twitter. Quand Ashley Van Buren débarque sur ce réseau en 2008, à une époque où il n'est pas encore la caisse de résonance d'aujourd'hui, elle prend pour nom d'utilisatrice ses initiales, AVB. Rien d'exceptionnel, jusqu'à la nomination d'un nouvel entraîneur à la tête du club londonien de football de Chelsea, en 2011 : André Villas-Boas, et un même trio de lettres en abrégé pour des milliers de supporters. La méprise est immédiate. Les mentions d'Ashley Van Buren sur Twitter explosent, les fans de football pensant s'adresser directement à l'entraîneur portugais. "J'ai découvert que je faisais un boulot catastrophique !" plaisante-t-elle auprès de franceinfo.

Un an plus tard, le coach prend les rênes d'un autre club londonien, Tottenham, mais les résultats ne sont pas au rendez-vous. Malgré elle, la scénariste de 39 ans devient la cible de multiples messages de haine et d'insultes, pas toujours simples à gérer. "Des gens ont menacé la famille [d'André Villas-Boas] via les tweets qu'ils m'adressaient. J'ai prévenu Chelsea, mais je n'ai jamais eu de réponse."

L'entraîneur de l'Olympique de Marseille, André Villas-Boas, lors d'un match contre Reims, au stade Vélodrome, le 19 décembre 2020. (NICOLAS TUCAT / AFP)

A l'arrivée à Marseille de Villas-Boas, rebelote

Depuis 2013 et le départ de Villas-Boas du club anglais, Ashley Van Buren avait rangé ces souvenirs au fond de sa mémoire. Mais l'arrivée de l'entraîneur au club phocéen à l'été 2019 a relancé la machine des notifications erronées. Les résultats fluctuants de l'OM déchaînent les internautes qui pensent se plaindre auprès du premier concerné. Chaque semaine, chaque nouvelle rencontre est l'occasion d'un flux continu de messages de récriminations. "Ça se compte en centaines, voire en milliers", assène-t-elle. Alors, plutôt que d'ignorer le problème, de s'insurger ou de signaler la méprise à la plateforme, Ashley Van Buren a choisi de répondre avec humour. Et de jouer de ses lacunes en matière footballistique.

Elle n'est pas capable de dire "combien de joueurs composent une équipe" ? Pas grave. Elle ne parle pas un mot de français ? Qu'importe. Armée de Google Traduction et d'un peu d'esprit, elle réagit aux questions des supporters qui exigent des explications sur les tactiques et les choix du technicien marseillais : "J'ai beaucoup réfléchi à ce sujet et regardé des cassettes vidéo du match et je crois que j'ai compris comment on a perdu." Ou encore : "Je n'ai absolument jamais affirmé que je savais ce que je faisais."

Par ailleurs, elle n'hésite pas à se réjouir lorsque les mentions sont un peu plus sobres : "Ouiiii ! Pas de menaces de mort aujourd'hui ! Que d'amabilités. Merci d'avoir enfin bien fait ton travail, autre AVB." Les supporters marseillais, "tout aussi passionnés", sont d'ailleurs beaucoup moins virulents que leurs homologues anglais, à ses yeux. "En général, ils comprennent que je n'y connais rien et que j'essaie d'en rire. Il y a parfois des insultes. Mais Google est approximatif, alors je ne sais jamais bien ce que ça veut dire."

Certains fans de foot ont même conscience de s'adresser à la mauvaise personne. Les réponses humoristiques de la scénariste lui ont permis de clarifier son identité. Et d'acquérir une certaine notoriété. Désormais, certains supporters anglophones n'hésitent pas à défendre directement Ashley Van Buren quand elle est attaquée : "Souvent, ils répondent aux messages qui me mentionnent et expliquent aux auteurs qu'ils insultent une femme à New York. Ils ne se moquent pas de moi, ils rigolent avec moi."

Un maillot personnalisé offert par le club

Avec l'Olympique de Marseille, c'est désormais une histoire d'amour actée. Le club a envoyé à la jeune femme un kit de supportrice avec un maillot orné de ses initiales. Un cadeau auquel Ashley Van Buren ne s'attendait pas : "C'est si gentil ! Beaucoup de supporters ont trouvé ça un peu injuste qu'une femme sortie de nulle part récupère cela. Mais Hugues Ouvrard [le directeur général délégué de l'OM] leur a répondu qu'avec tout ce que j'endurais, c'était bien mérité !"

Avec des amis, elle a commencé à préparer un "voyage post-pandémie", direction l'Italie. Mais désormais, un passage par la Canebière et le stade Vélodrome s'impose : "Mes amis adorent le football, ils veulent m'emmener voir un match !" 

Y croisera-t-elle l'AVB portugais ? Jusqu'à présent, les deux "homonymes" n'ont jamais échangé. "J'ai découvert qu'il avait un compte Instagram, donc je le suis ! Je trouve qu'il fait de très belles photos de paysages. S'il cherche un nouveau travail, je crois qu'il tient quelque chose", sourit la scénariste. Pour le moment, André Villas-Boas ne semble pas remis en cause à la tête de l'OM, actuellement cinquième de Ligue 1 (avec deux matchs en moins). La confusion risque donc de durer encore quelque temps pour l'Américaine. Mais sur Twitter, Ashley Van Buren restera à jamais la première AVB.

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