Ligue 1 : moins discret et plus décisif, comment Martin Terrier est devenu deuxième meilleur buteur du championnat derrière Kylian Mbappé

Après des débuts timorés, le joueur de Rennes s'est affirmé en L1 cette saison, au point de rivaliser avec Kylian Mbappé au classement des buteurs.

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Le Rennais Martin Terrier célèbre un but inscrit face à l'AS Monaco au stade Louis-II, le 22 décembre 2021. (VALERY HACHE / AFP)

Le match aller avait fait office de déclic. Martin Terrier a donc hâte de retrouver Saint-Étienne, samedi 30 avril, dans le cadre de la 35e journée de Ligue 1. Le 5 décembre dernier, il avait écrasé à lui seul l’ASSE en inscrivant un triplé, au cours d’un match à sens unique (5-0). Depuis, le Stade rennais (3e) s'est immiscé dans la lutte pour une qualification en Ligue des champions. Métamorphosé cette année, Terrier s'est affirmé comme l’un des hommes-clés de l’équipe bretonne.

Depuis ces trois buts, l’attaquant de 25 ans marche sur l’eau : Martin Terrier est actuellement le deuxième meilleur buteur de Ligue 1 (21 buts) derrière Kylian Mbappé (24 buts). Lui qui n'en avait inscrit que 23 en championnat en quatre ans et demi jusque-là... Surtout, il a marqué lors de chacun de ses sept derniers matchs et n'est plus qu'à deux unités d'égaler le record de buts sur une saison dans l'élite pour un joueur de Rennes. Une éclosion que plus grande monde n'attendait.

Pourtant, ceux qui l'ont vu évoluer dans les catégories de jeunes du LOSC, son club formateur, l'imaginaient un jour occuper ce rang : "Il a toujours eu un temps d’avance et la capacité à faire toujours les bons choix. Il était au-dessus", souligne Mickaël Foor, son entraîneur pendant quatre ans quand il a débuté à Lille en 2004.

Une "carence mentale" qui l'a desservi

"À 17-18 ans, c’était l’un des meilleurs joueurs sur le front de l’attaque. Sur le plan de la gestuelle, de la finition, il était chirurgical. Il est très intelligent. Il pue le foot en fait", confirme Stéphane Dumont, actuel entraîneur de Guingamp et coach de Martin Terrier chez les U19 lillois pendant trois saisons. "Il avait un très gros potentiel. Ce qu’il réalise aujourd’hui, c’est la suite logique", lance de son côté Sébastien Pennacchio, qui avait joué aux côtés de Terrier pendant une saison dans l’équipe réserve du LOSC.

Considéré comme un grand espoir à ses débuts en Ligue 1 avec Lille en 2016, à 19 ans, il est recruté par l’Olympique lyonnais, qui flaire le bon coup. Mais au-delà de ce talent brut, c’est une discrétion sur le terrain et une certaine "carence mentale" qui sont observées, comme le décrit Foor. "Il pouvait faire un grand match et être totalement absent sur celui d’après", explique celui qui est resté proche du joueur après ses débuts en professionnels.

"Il avait vraiment du mal à se faire violence. Il était comme ça dans la vie de tous les jours, et ça se ressentait sur le terrain", souligne Dumont. Naturellement doué, Terrier n’était pas assez "tueur", pas assez "méchant" sur le terrain, se souvient l’entraîneur de Guingamp. L’attaquant est discret, introverti dans la vie de tous les jours, et a du mal à gérer la médiatisation soudaine dont il fait l’objet. 

Rennes, l'environnement idoine

À Lyon, ça ne colle pas. "Terrier marche à l’affectif. L’OL, c’est une équipe nombriliste et il n’y a pas de place pour l’affectif", explique Gaël Danic, qui a connu les difficultés de l’intégration au sein du vestiaire lyonnais lors de son passage dans le Rhône (2013-2015). L’ex-professionnel, qui commente désormais les matchs du Stade rennais pour France Bleu Armorique, a constaté le "déclic" vécu par Terrier à Rennes entre sa première saison l’an dernier et l’exercice 2021-2022.

"Rennes est un club avec une pression saine, explique Foor. Le club a envie d’aller chercher des résultats mais les joueurs ont du temps. Donc c’est un contexte parfait pour lui". Gaël Danic abonde : "Rennes est un club familial avec un grand niveau d’exigence, c’est ce qu’il faut à Terrier".

Martin Terrier après son but inscrit lors du match entre Rennes et Lorient, le 24 avril (DAMIEN MEYER / AFP)

Bien entouré dans le vestiaire, très proche de Nayef Aguerd, Terrier a également la confiance de son entraîneur Bruno Génésio, son premier coach à Lyon et surtout de Florian Maurice. Ce dernier, qui l’avait fait venir à l’OL, avant de le recruter lors de son arrivée à Rennes, est un relai privilégié. Outre ce contexte favorable, l’attaquant est aussi "devenu un vrai professionnel au quotidien", selon Dumont. 

"Il a pris conscience de son potentiel"

Grand amateur de jeu vidéo - il avait affirmé à Ouest-France avoir été numéro 1 mondial de FIFA -, Terrier a expliqué avoir réduit son nombre d’heures de jeu. "J’ai changé un peu ma manière de faire : il m’arrivait avant de jouer un peu tard le soir devant les écrans, ce n’est pas ce qu’il y a de mieux. (…) Maintenant, je préfère faire une petite session dans l’après-midi pour jouer calmement, et le soir me reposer et dormir plus tôt", avait-il expliqué à France Bleu en février.

Arrivé à maturité, Terrier s’épanouit donc sur le terrain. "Une fois qu’il a acquis de la confiance, ça va très vite avec ses qualités", assure Pennacchio. Aux côtés de Gaëtan Laborde, le n°7 rennais occupe toujours le poste d’ailier gauche, mais joue les électrons libres, au point d’être souvent présent dans la surface adverse. "Il s’est prouvé à lui-même qu’il pouvait être un grand buteur", souligne Danic.

"Il a pris conscience de son potentiel, qu’il exprime désormais pleinement et il a gagné en maturité", assurait Génésio le week-end dernier, après la victoire de Rennes contre Lorient (5-0) où il a marqué un but de vrai numéro 9. Avec ses 21 buts en Ligue 1, l’attaquant s’est affirmé comme l’une des valeurs sûres du championnat. Un nouveau statut à confirmer la saison prochaine.

De quoi ambtionner de voir plus haut ? "Pour le moment il est bien à Rennes. Il sait profiter de là où il est quand ça fonctionne. Je ne suis pas sûr qu’il ait envie d’aller voir ailleurs dès maintenant", explique Mickaël Foor. Ancien international Espoirs (13 sélections, 7 buts), peut-il rêver d’équipe de France ? Génésio y croit : "S’il continue, il a les qualités pour avoir un avenir international." Martin Terrier peut déjà se targuer d’avoir passé un cap, sportif et mental, cette saison.

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