Ligue 1 à 18 clubs : gadget élitiste ou mesure miraculeuse, la question divise le football français

Appliqué entre 1997 et 2002, régulièrement débattu, un resserrement de la Ligue 1 à 18 clubs semble de plus en plus plausible. Ce serait même un souhait de Canal+, diffuseur exclusif du championnat en cette fin de saison 2020-2021. Le projet pourrait voir le jour à l'horizon 2024, encouragé par l'UEFA avec la réforme de la Ligue des Champions. Pour autant, un tel changement de format est loin de faire l'unanimité et ne représenterait pas une solution miracle pour sortir le football français du marasme économique.
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Vers une Ligue 1 à 18 voire 16 clubs ? (SYLVAIN THOMAS / AFP)

Une Ligue 1 à 18 voire 16 clubs ? Dans son édition du 12 février, le journal L’Equipe rapporte que le patron de Canal+, Maxime Saada serait en faveur d’un resserrement de l’élite et que des discussions seraient en cours avec la Ligue de football professionnel (LFP). La chaîne cryptée aurait tout à y gagner : "C’est une volonté de Canal+ pour que la chaîne puisse continuer à diffuser tous les championnats dont elle a acquis les droits, sans créer d’embouteillages sur ses antennes. Et elle espère sûrement faire baisser le montant des droits TV avec moins de matches à payer", explique Pierre Rondeau, économiste du sport.

La convention passée entre la Fédération française de football (FFF) et la LFP stipule que "le championnat de Ligue 1 se compose d’un groupe unique de dix-huit clubs au moins et vingt clubs au plus". L’article 3 de cette convention ajoute que "le championnat de Ligue 2 se compose d’un groupe unique de seize clubs au moins et de vingt-deux clubs au plus". Pour être adopté, un changement de format des compétitions doit être voté en assemblée générale, à la majorité simple des 40 clubs de L1 et L2.

Pour Pierre Ferracci, le président du Paris FC (L2), cette réforme pourrait aboutir à condition que les modalités de promotions et de relégations soient clairement énoncées : "Je serais en désaccord si cette réforme avait pour but de faire de la Ligue 1 une ligue fermée. Mais si elle ne ferme pas l’accès à l’élite, je pense qu’il pourrait y avoir un consensus". Selon lui, il faudrait repenser les formats de l'ensemble du football professionnel :  "Il ne faut pas seulement regarder les intérêts des clubs de Ligue 1, mais avoir une vision sur l’ensemble du monde professionnel, le National 1 y compris, avec pourquoi pas trois ligues de 18 formations, en réfléchissant bien aux échéances de mise en place".

Une rumeur qui n’est pas nouvelle

Entre 1997 et 2002, la D1 avait déjà tenté le pari d’un championnat à 18 équipes, connaissant alors cinq champions différents : le RC Lens, les Girondins de Bordeaux, l’AS Monaco, le FC Nantes et l’Olympique Lyonnais. "Pour autant, les clubs français n’ont pas réalisé de grandes performances sur la scène européenne à cette époque là", temporise Pierre Rondeau. Et depuis, rien ne semble pouvoir empêcher le PSG version QSI de truster les titres nationaux.

Dans un entretien accordé au JDD en novembre dernier, Vincent Labrune, le président de la LFP, relançait le débat sur un retour à 18 équipes : "Il n’est pas question d’une ligue fermée. Il s’agit simplement d’ouvrir un débat sur le nombre de clubs participant à la Ligue 1 et à la Ligue 2. […] Nous devons redessiner le format de nos compétitions. C’est obligatoire, sinon nous mourrons d’ennui en matière de spectacle et d’épuisement en matière d’investissements". Il avait été soutenu quelques jours plus tard par Didier Deschamps : "Vincent Labrune ne va pas se faire que des amis, et moi non plus ! Mais je reste convaincu que plus l’élite est resserrée, mieux c’est. […] Avoir quatre matches de moins en championnat, cela va dans le sens de l’élite. Une dizaine de clubs pourraient se sentir impactés, après il faut savoir où on veut se placer, entre l’intérêt général ou celui de l’élite."

Alléger le calendrier des clubs européens

Un resserrement de la Ligue 1 à 18 équipes raccourcirait le championnat de 38 à 34 journées, une aubaine pour les clubs régulièrement qualifiés en coupes d’Europe et dont les calendriers sont chargés. Interrogé par RMC, le président de l’Olympique Lyonnais, Jean-Michel Aulas, s’est montré en faveur d’un changement de format : "Je suis favorable évidemment à dégager plus de place pour un certain nombre de compétitions européennes".

Selon Pierre Rondeau, ce resserrement pourrait voir le jour à l’horizon 2024, avec la réforme de la Ligue des Champions qui prévoit plus de matches, avec davantage d’équipes concernées : "Le président de la FIFA souhaite aussi une Coupe du monde des clubs élargie. Il y a une sorte de convergence des instances internationales, européennes et françaises vers cette solution, pour alléger les calendriers nationaux".

Mais du côté des clubs qui ne sont pas concernés par les coupes d’Europe, on s’inquiète de potentiels trous dans le calendrier. "Aujourd’hui, à 20, notre calendrier est rempli correctement avec les 38 matches de Ligue 1 et la Coupe de France. On nous a déjà suspendu la Coupe de la Ligue. Un club comme le nôtre, qui ne dispute pas les coupes d’Europe, pourrait se retrouver avec un calendrier gruyère", observe Pascal Robert, le directeur général du Stade Brestois.

Avec une Ligue 1 resserrée, la Ligue 2 pourrait-elle être élargie ? C’est l’une des solutions proposées par Vincent Chaudel, fondateur de l’Observatoire sport business : "Les Anglais ont une deuxième division à 24 clubs. Ce n’est pas problématique pour le calendrier puisqu’ils n’ont pas de coupe d’Europe à jouer".

D’un point de vue économique, pas une solution miracle

Les défenseurs du projet de resserrement de la Ligue 1 affirment qu’il permettrait aux clubs de toucher davantage de droits TV. "Pas nécessairement, répond Pierre Rondeau. Le gâteau des droits TV sera divisé en moins de parts, donc les clubs espèrent toucher une plus grosse part. Mais si le diffuseur a moins de matches à diffuser, il payera peut-être les droits TV moins chers, et le gâteau sera donc moins gros". Pour contrer cela, l’économiste apporte une solution : "On pourrait imaginer un système de play-off d’accession à la coupe d’Europe. Cela permettrait d’ajouter des rencontres aux 34 journées, donc des matches à enjeux à diffuser, et le total des droits TV ne baisserait pas, tout en étant partagé par 18 clubs au lieu de 20".

Mais l’enjeu économique de ce changement de format ne s’arrête pas aux droits TV. Pascal Robert s’interroge sur les effets d’une telle mesure sur le chiffre d’affaires : "Si on venait à réduire le nombre de matches, nos partenaires seraient peut-être tentés de réduire leur participation. Et il y aurait moins de recettes au niveau de la billetterie". Une fausse problématique selon Vincent Chaudel. Selon lui, "les matches contre des clubs mal classés ou des petites équipes sont plus difficiles à vendre, et leurs coûts d’organisation sont parfois plus importants que les recettes générées par la billetterie. Supprimer certains de ces matches pourrait permettre aux clubs de faire des économies".

Pour autant, d’après Pierre Rondeau, ce n’est pas un éventuel resserrement de la Ligue 1 qui permettra aux clubs français de sortir la tête de l’eau économiquement : "C’est un changement gadget, un détail, ce n’est pas ça qui va sauver le football français. Il faudrait des réformes structurelles, en profondeur, comme l’imposition de ratios salaires/budgets à ne pas dépasser, des quotas de joueurs formés localement, des quotas de joueurs sous contrat pour éviter les explosions de masse salariale, une limitation du nombre de prêts, etc.".

Un meilleur spectacle ?

Si les intérêts économiques d’une telle réforme ne sont pas prouvés, un autre argument est brandi par les défenseurs d’une Ligue 1 à 18 : celui de l’attractivité. "Depuis que le rugby a resserré son élite, les joueurs talentueux sont rassemblés dans quatorze clubs au lieu de 20, ce qui donne des matches plus attrayants et des équipes plus compétitives", observe Vincent Chaudel. Mais selon Pascal Robert, un resserrement du championnat ne promet pas forcément un meilleur spectacle : "Aujourd’hui, on peut voir de très bons matches avec des équipes de milieu ou de bas de tableau, c’est ce qui fait le charme de notre Ligue 1".

A l’étranger, parmi les grands championnats européens, seule la Bundesliga compte 18 clubs. Mais le projet d’un resserrement de l’élite est aussi discuté en Premier League, porté par Manchester United et Liverpool.

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