L'ancien arbitre de football Tony Chapron a l'impression d'avoir "été pendant très longtemps un mouton"

Avec la parution de son livre "Enfin libre ! Itinéraire d'un arbitre intraitable", Tony Chapron règle ses comptes avec le monde de l'arbitrage et du football français.

Tony Chapron, lors d\'un match entre le Paris-Saint-Germain et Nice, en 2017.
Tony Chapron, lors d'un match entre le Paris-Saint-Germain et Nice, en 2017. (FRANCK FIFE / AFP)

"J'ai été pendant très longtemps un mouton", tenu "à un devoir de réserve", à la "docilité", raconte l'arbitre Tony Chapron mardi 6 novembre sur franceinfo, à la veille de la parution de son livre Enfin libre ! Itinéraire d'un arbitre intraitable aux éditions Arthaud, dans lequel il règle ses comptes avec le monde de l'arbitrage et du football. Tony Chapron a été suspendu pendant six mois pour avoir taclé un joueur de football nantais en janvier.

franceinfo : Dans votre ouvrage, vous racontez un univers méconnu en disant que vous êtes "enfin libre". Vous ne l'étiez pas avant ?

Tony Chapron : Non, on est tenus d'abord à un devoir de réserve, donc on ne parle jamais. Et puis c'est un monde très normé, on ne parle jamais et à l'intérieur, on ne parle pas beaucoup non plus parce qu'on nous interdit presque de le faire. Entre arbitres français, on parle. Mais dès lors qu'il faut s'adresser aux instances, la parole est plutôt sage. L'objectif de tout arbitre, c'est d'arbitrer en Ligue 1, être ensuite arbitre international donc il faut finir dans les dix premiers. C'est un système de notes. Pour avoir les bonnes notes, puisqu'il n'y a rien de plus arbitraire que de noter un arbitre, qu'est-ce qu'on juge ? On juge des prestations arbitrales mais pas que. On juge aussi un degré de docilité. Plus on est docile avec l'institution, plus on a de chance d'être valorisé, et c'est ça qui est dramatique parce qu'en termes de personnalité, on ne construit pas des gens très forts.

Mais vous avez conscience d'avoir participé à ce système, avant de finir par être suspendu ?

J'ai été pendant très longtemps un mouton peut-être, ou j'ai fini par l'être, parce que j'étais pointé du doigt, parce que j'ai apporté un autre discours qui n'était pas celui de la bien-pensance, parce que j'ai apporté une volonté de révolution de l'arbitrage. Le jour où j'ai créé le syndicat, ça a été le début de mes ennuis. C'est le paradoxe de la fonction de l'arbitre. L'arbitre représente l'institution et dès lors que l'un des membres de cette institution aurait besoin d'aide, il est seul. C'était l'autre titre du livre. "Seul". On a hésité longuement entre "Enfin libre" et "Seul" et finalement ça résume assez bien la carrière d'un arbitre.

Vous n'avez pas expérimenté l'arbitrage vidéo vous-même, mais pensez-vous que ce soit une bonne aide pour les arbitres ?

Bien sûr que ça doit être une aide, ça doit être beaucoup plus confortable d'arbitrer avec une aide vidéo, parce qu'on se dit qu'on a une bouée de secours. Mais il faut qu'on s'interroge au-delà de la vidé. Je pense qu'on devrait réfléchir surtout à la notion de l'arbitre, parce que la vidéo concerne qui ? Les 20 arbitres qui arbitrent en Ligue 1. Et les autres ? Je pense à tous les arbitres amateurs qui tous les week-end s'exposent à des récriminations quand ce ne sont pas des violences. Je pense à ceux-là pour qui c'est difficile et eux n'auront jamais la vidéo. C'est là où c'est problématique. Je pense que, plutôt que de se dire "on a trouvé une solution, c'est la vidéo", on devrait plutôt réfléchir à ce qu'on peut faire pour les arbitres en général. Et je ne parle même pas des autres sports.

Avez-vous reçu des coups de téléphones d'arbitres avant la parution de votre livre, mercredi 7 novembre ?

Oui, pour l'instant ils ne l'ont pas lu mais il y a eu quelques extraits qui sont sortis. J'ai des mercis en fait. Étonnamment, j'ai des mercis d'arbitres d'autres disciplines.