Grâce à la nouvelle mode des pelouses hybrides, l'herbe n'est plus forcément plus verte ailleurs

Depuis plusieurs années, les pelouses de l'élite du football français ne sont plus la risée de nos voisins européens. Grâce à des gazons naturels renforcés, plus communément appelés pelouses hybrides, technologique appliquée dans les plus grands stades du monde, les pelouses françaises sont aujourd'hui exemplaires. Ainsi, investir dans un terrain digne de ce nom, à l'image de Lens promu en Ligue 1 cet été, est presque une nécessité. Mieux, même les clubs de rugby, communément associés aux mottes de terre, s'y mettent.
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France Télévisions
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Le ballon de la Ligue 1 à l'arrêt sur la nouvelle pelouse hybride du stade Bollaert-Delelis de Lens (JEAN CATUFFE / JEAN CATUFFE)

Cet été, alors que les supporters Sang et Or criaient leur amour au Racing Club de Lens, qui retrouvait l’élite après 5 années de purgatoire, en coulisse, le club se dotait d’un nouvel outil. À l’heure de retrouver la Ligue 1, le club artésien passait à l’hybride. Pour venir habiller le stade Bollaert-Delelis, emblématique antre du club, un gazon naturel renforcé, communément appelé pelouse hybride, était posé. "La grande différence avec les terrains naturels de l’ancienne génération, c’est qu’il n’y a pas de terre végétale, décrit Armel Bever, directeur de l’agence IDverde, entreprise chargée de réaliser les travaux de Bollaert-Delelis. "On appelait les terrains de l’ancienne génération des terres/sables, car ils étaient composés de 30 % de terre végétale et de 70 % de sable, explique-t-il. Désormais, on peut incorporer des fibres pour renforcer le gazon. C’est pourquoi il porte le nom de gazon naturel renforcé."

Vive le vent d'hiver

Et, à l’heure où le club fait face à une saison perturbée par la Covid-19 et où les matches pourraient s’accumuler en peu de temps, le choix d’une pelouse hybride est parfaitement rationnel. "Le fait d’ajouter des fibres permet un nombre d’heures de jeu beaucoup plus important. Les terrains se régénèrent très vite car les substrats sont très fertiles. Donc le gazon arraché, sur un tacle par exemple, est vite remplacé", poursuit Armel Bever. La question de la possibilité d’accumuler les matches ne se pose donc plus. D’ailleurs, la période estivale venue, la pelouse du stade du Hameau de Pau est, elle aussi, passée à l’hybride. En effet, la Section paloise, historique club de rugby de la ville, doit désormais cohabiter avec le Pau FC, fraîchement promu en Ligue 2. L’an passé, le gazon avait notamment souffert lors du match de Coupe de France du Pau FC face au Paris Saint-Germain, il fallait donc agir. Le choix du gazon naturel renforcé est le fruit d’une décision "collective" qu’explique Christophe Gestain, chargé de la performance des équipements sportifs pour l'agglomération Pau Béarn Pyrénées. "La pelouse du stade du Hameau était en fin de vie, elle souffrait notamment durant l’hiver. On observait une nette baisse de performances à cette période. En concertation avec les deux clubs, nous avons fait le choix d’une pelouse hybride."

Justement, pour affronter l’hiver et ses conditions difficiles, les rectangles verts subissent un traitement particulier. Ainsi, à Lens, l’entreprise IDverde choie la pelouse de Bollaert-Delelis. "Généralement, sur les terrains de haut niveau, on installe un chauffage dans le sol et un système de luminothérapie. Ainsi, le terrain continue de pousser en hiver comme en été, explique Armel Bever, si on n’apporte pas cet entretien, même sur une pelouse hybride, on observe un repos végétatif." Si cet investissement propose un grand nombre d’avantages, il est notamment moins cher à la construction qu’une pelouse synthétique. En effet, pour se doter d'une pelouse hybride, il faut généralement compter entre 1,2 et 1,5 millions d'euros, c'est ce qu'a déboursé Lens cet été, un investissement certain mais qui est vite amorti dans la mesure où, avec un bon entretien, un terrain de la sorte peut être conservé plus de 20 ans.

A la différence des pelouses hybrides, les pelouses synthétiques, utilisées à Nancy et Lorient il y a quelques années, n’ont plus la cote dans l’hexagone. Il faut dire qu’une enquête du magazine So Foot, publiée il y a près de 3 ans, et du magazine Envoyé Spécial incriminant les billes noires des pelouses synthétiques, les accusant d’être polluantes pour l'environnement et menaçante pour la santé selon plusieurs scientifiques, a sans doute changé la donne. Justement, sur la question environnementale, si le recyclage n’est pas en vigueur, le risque est maîtrisé. "On maîtrise tout ce que l’on fait. Notamment dans l’utilisation des engrais, tout est réglé au gramme près. Ce n’était pas le cas sur les terrains en terre/sable, analyse Armel Bever, aussi, il faut savoir que les pelouses hybrides consomment beaucoup d’eau. Toutefois, à la demande des municipalités, il est parfois possible d’installer un système de récupération d’eau de pluie."

Qui dit belle pelouse, dit plus de droits TV

Souvent confrontée aux moqueries de certains spectateurs, la Ligue de football professionnel a instauré, depuis 2013, un championnat des pelouses. "Aujourd’hui, on dit que 90 % des terrains de l’élite sont passés à l’hybride. D’ailleurs, ça se voit sur la qualité de l’image, explicite Armel Bever, la fédération et la ligue ont beaucoup insisté sur la qualité des terrains en créant un système de licence club." Et justement, ce système permet une sorte de championnat parallèle utile pour évaluer le soin apporté par les clubs à leur pelouse. Un classement pris au sérieux par tous les clubs et qui s’avère être l’une des raisons invoquées par le RC Lens pour changer de surface de jeu. "Plus vous avez de points sur votre licence club, plus vous touchez de droits TV. Les clubs accordent donc une attention particulière", poursuit-il.

À l’image du Paris Saint-Germain, et du désormais célèbre Jonathan Calderwood, maître des pelouses du club de la capitale, de plus en plus de clubs souhaitent s’installer dans le haut du tableau. Ainsi, en plus de Lens, l’entreprise IDverde gère l’entretien de la pelouse du Stade de Reims. "Nos clubs nous imposent des objectifs de performance assez élevés pour les pelouses. Par exemple, pour Lens, l’objectif serait d’être sur le podium. Pour le moment, sur le début du championnat, nous y figurons", confie Armel Bever. Aussi, pour l’entreprise, le championnat des pelouses représente un sacré défi. "Quand on travaille dans ce domaine, que l’on refait des terrains de sport, c’est que l’on est aussi un peu fan de sport. Donc, automatiquement, nous aussi nous avons l’esprit de compétition."

En plus d’offrir une récompense financière certaine, l’amélioration des conditions de jeu représente une autre motivation du changement instauré par les instances du football français. "Les terrains sont beaucoup moins gras, il n’y a donc plus de faux rebonds. Désormais, les pelouses sont de véritables billards", conclut Armel Bever.

Même le rugby s’y met ...

Réputées pour leurs mottes de terre apparentes, les pelouses de rugby se modernisent peu à peu. Comme la Section paloise cet été, 5 clubs de Top 14 évoluent, à domicile, sur une pelouse hybride. Christophe Gestain, qui est également expert terrain pour la Ligue nationale de rugby, explique cette tendance. "Il y a une vraie volonté de s’orienter vers des terrains hybrides, notamment pour garantir la sécurité des joueurs sur des phases de combat comme en mêlée fermée. La plupart des stades du monde utilisent cette tactique là, surtout les anglo-saxons. On veut favoriser le jeu et, en ce sens, le terrain est devenu un véritable faire valoir de ce sport."

La question sécuritaire est donc un point central de cette nouveauté. "On voulait garantir la sécurité des acteurs de ce jeu. En moyenne, les joueurs font 110 kg et ce sont des colosses. Qui dit colosse dit généralement danger et particulièrement sur les mêlées, poursuit-il, c’est une phase à risque où les garçons se tordent. Avec des terrains de meilleures qualités, il y a moins de mêlées effondrées et donc moins de danger. Les pelouses hybrides permettent également de prévenir, à nos yeux, les blessures ligamentaires."

"Cette situation était accidentogène"

Comme pour le football, la Ligue nationale de rugby joue un rôle clé dans cette évolution. "Depuis 2012, la Ligue a mis en place un système d’évaluation des pelouses qui repose sur différents critères (agronomique, esthétique et biomécanique)." Un barème qui fait suite à un état des lieux précis des terrains de l’hexagone. "Nous avons fait le constat d’une situation très hétérogène. Clairement, cette situation était accidentogène, un sportif pouvait se retrouver sur un billard puis sur un terrain moins bien entretenu la semaine suivante", poursuivait Christophe Gestain. Toutefois, ce dernier assure que la Ligue ne désire pas imposer l’hybride à ses clubs. "Nous avons simplement défini des seuils qualitatifs. On demande à tout le monde de s’en approcher. Certains clubs, Bordeaux et Castres par exemple, y parviennent avec des pelouses naturelles. Mais, il est évident que les surfaces artificielles s’en sortent mieux."

Aussi, la Ligue entend entrer dans une nouvelle logique écologique. "Le but est de proposer aux clubs de Top 14 et de Pro D2, une nouvelle logique neutre pour l’homme et pour l’environnement. On voudrait que Pau face figure de modèle, poursuit Christophe Gestain, notre volonté est d’encourager la transition écologique et de s’opposer à l’image d’hyper intensivité. Pour nous, la transition écologique ne va pas en contradiction avec performance écologique. Nous avons donc travaillé en concertation avec les ministères, de la transition écologique et des sports."

Si depuis plusieurs années, les pelouses françaises étaient souvent la risée de nos voisins anglo-saxons, aujourd'hui, grâce à la nouvelle mode des pelouses hybrides, l'herbe n'est plus forcément plus verte ailleurs.

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