Football : "Je n'ai pas souvenir, depuis la saison 2009-2010, d'une répétition d'autant d'incidents sur un laps de temps aussi court", pointe un sociologue

Selon Nicolas Hourcade, enseignant à l’École centrale de Lyon et spécialiste des supporters de football, il faut combiner plusieurs solutions pour lutter contre les violences dans les stades : répression, responsabilisation des clubs et dialogue entre acteurs pour désamorcer les tensions.

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Radio France
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Un supporter de Rennes, fusée de détresse en mains, à Montpellier, le 19 mai 2018. (DAMIEN MEYER / AFP)

"Nous sommes extrêmement préoccupés de la répétition des événements", a déclaré jeudi 23 septembre sur franceinfo Nicolas Hourcade, sociologue, enseignant à l’École centrale de Lyon et spécialiste des supporters de football, après les différents incidents qui ont émaillé les matchs des dernières semaines. Le dernier fait s'est déroulé mercredi soir à Montpellier. Des échauffourées ont éclaté entre les passagers d’un bus de supporters bordelais et des supporters de Montpellier, "armés de barres de fer", faisant seize blessés. 

franceinfo : La répétition de ces événements vous inquiète-t-elle ?

Nicolas Hourcade : Nous sommes extrêmement préoccupés de la répétition des événements. Cela s'accumule et ce sont des phénomènes différents. Ce n'est pas exactement la même chose de jeter un projectile sur un joueur ou de se battre entre supporters. Il faut être capable de distinguer les phénomènes qui n'ont pas tous les mêmes causes mais, fondamentalement, il est difficile de savoir si c'est un phénomène conjoncturel ou structurel. Est-on, conjoncturellement, sur beaucoup d'excitation, de frustration, après des mois de huis-clos qui expliqueraient que le stade devienne un défouloir ? Dans ce cas-là, la situation va se calmer une fois que la vie aura repris son cours normal. Ou alors, on est sur un phénomène plus structurel d'une radicalisation de certaines franges de supporters. Pour l'instant, il est trop tôt pour le dire.

Y a-t-il un effet tache d'huile après les débordements lors de la rencontre Nice-Marseille ?

Face à la médiatisation de ces premiers incidents, on aurait plutôt pensé que les choses allaient se calmer. On est surpris, en tant qu'observateur habitué, de voir la répétition de ces incidents. Habituellement quand il y a un gros incident cela calme un peu le jeu. Je n'ai pas souvenir, depuis la saison 2009-2010, d'une répétition d'autant d'incidents sur un laps de temps aussi court.

Que peut-on faire ? Les sanctions actuelles sont-elles efficaces ?

Il n'y a pas de solution miracle pour lutter contre les violences des supporters. En revanche, il peut y avoir une démarche globale. Il faut une répression sur les comportements graves, une responsabilisation des clubs et des supporters, une organisation renforcée et un dialogue entre tous les acteurs pour désamorcer les tensions. Il faut être capable de cibler les individus violents avec l'aide des caméras de vidéos surveillances et les sanctionner à la mesure des actes commis. En deuxième intention, il faut aussi s'interroger sur l'organisation. On a l'impression qu'avec les périodes de huis clos, on a un peu perdu l'habitude d'organiser ces matchs un peu chauds.

Le huis clos, total ou partiel, en guise de sanction collective est-il une bonne solution ?

Cela dépend. La sanction collective vise un club, elle peut être légitime quand il y a un défaut d'organisation, d'ailleurs l'OGC Nice n'a pas contesté le huis clos. Le problème de la sanction collective c'est que cela devient la seule sanction. On sanctionne des supporters qui n'ont rien fait et qui sont majoritaires. On risque de ne pas sanctionner ceux qui ont commis des fautes graves et de manquer la cible.

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