Foot : "Guignol", "faux cul", "petit président"... La guerre Aulas-Labrune en quatre actes

Après l'électrique Marseille-Lyon, les présidents des deux Olympiques se sont écharpés par médias interposés. Une vieille habitude.

Le joueur lyonnais Mathieu Valbuena s\'apprête à frapper un corner dans un stade Vélodrome électrique, le 20 septembre 2015 à Marseille (Rhône).
Le joueur lyonnais Mathieu Valbuena s'apprête à frapper un corner dans un stade Vélodrome électrique, le 20 septembre 2015 à Marseille (Rhône). (FRANCK PENNANT / AFP)

"Pour moi, c'est un guignol et je pense qu'il ne fera pas de vieux os dans le football." Au terme d'un Marseille-Lyon interrompu pour des jets de projectiles, le président de l'Olympique lyonnais, Jean-Michel Aulas, s'en est pris dimanche 20 septembre à son homologue marseillais. Vincent Labrune venait d'estimer au micro de Canal+ que les joueurs de son rival du soir étaient avantagés par l'arbitrage. "Il y a des équipes qui ont plus souvent des penalties que les autres. C’est le cas de l’Olympique lyonnais", a-t-il lancé.

Cet échange n'est que l'énième épisode de la guerre médiatique – un exercice de communication bien rôdé selon certains de leurs homologues – que se livrent les deux hommes depuis des mois. 

Acte 1 : en 2014, une première escarmouche

Mai 2014. Les deux Olympiques cherchent un entraîneur pour la saison suivante. Marseille est sur le point de faire signer l'Argentin Marcelo Bielsa. Lyon cherche encore, mais ne se prive pas de critiquer. "On ne va pas prendre un entraîneur qui ne parle pas français, ou avec un staff pléthorique, mais un entraîneur qui a la mentalité de ce qui a été fait à l’'OL", lance Jean-Michel Aulas, rapporte Sport24.

Dans les colonnes de La Provence, Vincent Labrune réplique. "En termes d'attente, de ferveur, d'environnement populaire et médiatique, d'exigence de résultats, l'OM n'est pas l'OL... Il n'y a qu'à lire l'ensemble des médias pour s'en convaincre : si l'OL termine cinquième, c'est l'exploit de la saison ; si l'OM termine cinquième, c'est l'échec du siècle...", estime-t-il. Quelques mois plus tard, quand Bielsa désavoue son président devant la presse, Aulas savoure.

Acte 2 : en mars, le but refusé au Vélodrome

Il y a six mois, le précédent OM-OL ne s'était pas non plus terminé dans la sérénité. Dominateurs, les Marseillais avaient concédé le nul contre leurs rivaux dans la course à la Ligue des champions. Une action leur était restée en travers de la gorge : sur corner, Lucas Ocampos propulse le ballon vers le but et pense avoir marqué. Mais l'arbitre ne valide pas le but.

Les supporters lyonnais auront beau répéter que le joueur argentin fait une faute avant de marquer, les Marseillais crient à l'injustice. "On a été victime d'erreurs d'arbitrage", estime Vincent Labrune, quand l'un de ses joueurs lâche un sonore "On s'est fait niquer, enculés !" devant le vestiaire des arbitres. Sur Twitter, le président lyonnais estime que son homologue a "perdu une occasion de se taire".

Acte 3 : en avril, l'affaire du dossier "de faux cul"

L'affrontement prend un tour un peu plus personnel en avril. Alors que le président lyonnais est convoqué par le Conseil national de l'éthique (CNE) pour une tout autre affaire, l'Olympique de Marseille tente d'enfoncer le clou en envoyant à la FFF un dossier à charge contre lui, révèle Le Parisien.

"Il est désormais grand temps que ces agissements soient stoppés et sévèrement sanctionnés (...) afin de réussir enfin à dissuader durablement Jean-Michel Aulas de cesser ses agissements néfastes", estime l'OM, qui retrace seize années de déclarations du président lyonnais dans un réquisitoire d'une dizaine de pages.

Sur Twitter, l'intéressé se déchaîne contre celui qu'il qualifie de "petit président". "Je ne fais que remettre à sa place ce faux cul !" écrit-il pour justifier sa réaction.

Acte 4 : cet été, la concurrence sur le marché des transferts

La rivalité entre les deux clubs revient au sportif à l'occasion du mercato d'été. L'Olympique lyonnais profite des incertitudes autour de l'avenir de Marcelo Bielsa – qui finira par démissionner en août – pour recruter le Marseillais Jérémy Morel et draguer Nicolas N'Koulou, le pilier de l'arrière-garde phocéenne.

Obligé de recruter un remplaçant pour Morel, Karim Rekik, Vincent Labrune ironise devant des journalistes de La Provence : "Je tiens à remercier l'Olympique lyonnais et son président de nous avoir permis de faire venir à Marseille un joueur de son niveau."

La rivalité repart de plus belle avec l'arrivée à Lyon de Claudio Beauvue, un temps convoité par l'OM, et de Mathieu Valbuena, qui a porté pendant huit saisons le maillot blanc et bleu. "Ce n'est pas parce qu'on a joué à l'OM qu'on ne peut plus jouer ailleurs", justifie l'intéressé. A ses côtés, Jean-Michel Aulas, tout sourire, glisse : "Il faut bien progresser."