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Foot : est-ce bien raisonnable de retirer le numéro du maillot d'un joueur mythique après son départ ?

L'OM a retiré le maillot n°28 de Mathieu Valbuena en 2014... avant de le réattribuer à un jeunot, dimanche. Et il n'est pas le premier club à effectuer un rétropédalage sur le sujet. 

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France Télévisions
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Mathieu Valbuena, alors joueur de l'OM, le 2 février 2014 lors d'un match au Vélodrome contre Toulouse.  (ANGELIQUE SUREL / MAXPPP)

Il a pleuré toutes les larmes de son corps, dans son marcel noir. Quand Mathieu Valbuena est parti de l'OM, en août 2014, après huit ans de bons et loyaux services, le président du club a promis de retirer son numéro, le 28 et de ne plus l'attribuer à aucun joueur. Promesse tenue... pendant dix-huit mois. A la 70e minute du (sinistre) match OM-Guingamp (0-0), dimanche 10 janvier, le jeune Antoine Rabillard a fait son entrée en jeu avec le 28 sur le dos. Entre les deux dates, Mathieu Valbuena a écorné son statut d'icône olympienne en signant chez l'ennemi lyonnais. Mais ça fait tache pour un club qui se targue d'honorer la mémoire de ses légendes. Heureusement pour l'OM, il n'est pas le premier à agir ainsi.

Le casse-tête du 10 de Maradona

Retirer un numéro est une pratique institutionnalisée en NBA. Près de 90% des équipes du prestigieux championnat de basket nord-américain l'ont déjà fait. Une logique parfois poussée jusqu'à l'absurde. Le Miami Heat a ainsi retiré le n°23 parce que c'était le numéro de Michael Jordan chez les Chicago Bulls, et alors même que le joueur n'a jamais joué à Miami ! 

Dans le football, ce phénomène est encore récent. Il faut attendre le milieu des années 1990, et la fin de l'obligation pour les équipes d'attribuer les numéros de 1 à 11 pour les titulaires. Naples est l'une des premières équipes à rendre hommage à sa légende, Diego Maradona, en retirant le numéro 10, en 2000, neuf ans après le départ du Pibe de Oro. L'équipe d'Argentine a voulu faire de même à l'occasion de la Coupe du monde 2002, en retirant le numéro 10 et en attribuant le 24 au meneur de jeu, Ariel Ortega. Veto de la Fifa, qui propose d'attribuer le 10 au seul joueur qui, de fait, ne jouera jamais : le troisième gardien. Petite blague de Sepp Blatter, alors président de la Fifa, en référence au but de la main de Maradona contre l'Angleterre, en 1986, connu mondialement comme "la main de Dieu" : "Et en plus, le n°10 argentin aura cette fois le droit d'utiliser ses mains !"

Un hommage à géométrie variable

N'allez pas croire que retirer le maillot d'une légende tombe sous le sens. Le n°10 de Pelé a été retiré aux New York Cosmos (Etats-Unis), où il était en préretraite pendant deux ans, mais pas à Santos (Brésil), où il a marqué plus de 1 000 buts en quinze ans. Dans le club mexicain de Guadalajara, il faut obtenir la bénédiction de l'attaquant totémique du club, Ramon Morales, pour avoir le n°11. La candidature de l'actuel détenteur du poste, Aldo de Nigris, a été validée par la légende dans une interview"Ça me plaît que ce soit un joueur de ta qualité qui le porte." C'est d'ailleurs au Mexique que se trouve le club qui a retiré le plus de numéros, Pachuca, avec cinq flocages indisponibles (dont le 1, le 8, le 17, le 20 et le 110), note Kaiser Magazine (en espagnol). 

Le plus beau geste est venu du club hongrois de Ferencvaros, qui a fait des pieds et des mains pour recruter le gardien de l'équipe nationale, Gyula Grosics, en 1962. Un transfert interdit par le parti communiste, rancunier après la tentative avortée de Grosics de passer à l'Ouest, dix ans plus tôt. En 2008, le club de la capitale le fait signer, alors qu'il a... 83 ans. Il entre sur le terrain pour un match amical contre Sheffield United, touche un ballon, et laisse sa place sous les vivats du public au titulaire habituel. Depuis, Ferencvaros a retiré le n°1, raconte le Guardian (en anglais).

Une façon simple de se mettre le public dans la poche

La pratique la plus consensuelle consiste à retirer le n°12 en hommage aux supporters, le fameux douzième homme. Lens (qui évolue en Ligue 2) est le seul club en France à l'avoir fait, mais la pratique est répandue partout dans le monde, au Feyenoord Rotterdam, au Zenith Saint-Petersbourg, au Bayern Munich, au Malmö FF... Au Japon, seuls deux clubs professionnels n'ont pas retiré le 12 pour leur public – et encore, l'un des réfractaires, le Sagan Tosu, a préféré attribuer le 17 à ses fans. 

Autre pratique courante, retirer le numéro de joueurs morts au beau milieu de leur carrière. C'est l'unique cas où la fédération espagnole accepte le retrait d'un numéro. Le cas le plus connu demeure celui du milieu camerounais Marc-Vivien Foé, foudroyé par une attaque cardiaque en finale de la Coupe des confédérations 2003. Manchester City, son club de l'époque, a retiré son numéro, le 21, tout comme Lens et Lyon, ses anciens clubs dans l'Hexagone. Lyon a réattribué son numéro en 2008, alors qu'à Lens, aucun joueur ne l'a porté depuis. 

Gaffes, bévues et boulettes

L'OM n'a pas le monopole de l'impair, d'autres clubs ont réattribué un numéro préalablement retiré. Celui de Cologne a ainsi profondément vexé le héros local, Lukas Podolski, en attribuant son numéro 10 deux ans après avoir annoncé son retrait. Son agent, Nassim Touhiri, avait lâché au quotidien Express (en allemand) : "Le moins qu'on puisse dire, c'est que nous sommes surpris que cette promesse soit rompue, et d'une manière aussi inélégante. Lukas l'a appris juste avant son quart de finale de Coupe du monde."

L'attaquant de Cologne (Allemagne) Lukas Podolski pose lors de sa cérémonie d'adieux à son club, le 5 mai 2012.  (CHRISTOF STACHE / AFP)

Retirer un maillot est un symbole très fort. Le petit club anglais de Rushden & Diamonds s'en est rendu compte en août dernier. Descendu dans les profondeurs des divisions amateurs, il a d'abord dû se conformer au règlement, et attribuer les numéros allant de 1 à 16 à ses joueurs. Or,  le n°1 avait été retiré en 2010 après le suicide de son gardien, tombé en dépression après une histoire d'adultère où trempe le frère de l'international anglais John Terry. Quelque 3 000 signatures de fans sur une pétition plus tard, la dérogation a été maintenue, rapporte la BBC

On trouve aussi des cas qui échappent à toute logique. Outre la décision de Vincent Labrune de retirer le 21 du défenseur Souleymane Diawara, très bon joueur resté cinq saisons à l'OM, mais d'un calibre inférieur à Basile Boli ou Jean-Pierre Papin, passés avant lui, la palme de l'incongruité revient à l'actuel président de Leeds United, Massimo Cellino. Il a fait retirer le numéro 17 pour des raisons de superstition personnelle, raconte le Guardian (en anglais). Une phobie qui va très loin : tous les sièges n°17 du stade d'Elland Road ont été changés en n°16B, et le gardien de but Paddy Kenny a été remercié. Son seul tort ? Etre né... le 17 mai. 

La pratique du retrait du numéro est tellement entrée dans les mœurs que Paolo Maldini, 23 saisons dans la défense du Milan AC, "attendait ce geste du club", qui a retiré son numéro 3. En revanche, Alessandro Del Piero, légendaire milieu de la Juventus, ne le souhaitait pas : "Mon numéro 10 de la Juve doit être porté, pas retiré. Il faut que les enfants rêvent de jouer avec ce numéro qui a été porté par tant de grands joueurs [Platini, entre autres] pendant des années." Une autre façon de faire vivre la mémoire des grands joueurs. 

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